|
Pour
comprendre le présent drame israélo-palestinien, il faut se référer
aux sources mêmes de l'origine du peuple Juif. Autrement c'est
l'incompréhension, la dérive totale avec les conséquences qu'on connaît
présentement au Proche-Orient. Remontons le temps ensemble, et essayons
de comprendre.
L'origine
du peuple Juif est inscrite dans la Bible, ce livre unique dont les
sources remontent au Xe siècle avant J.C., et qui désigne les
patriarches Abraham, Isaac et Jacob comme les ancêtres du peuple Juif.
Ces derniers vécurent aux environs du 19e siècle avant J.C. et
appartenaient à un clan de bergers nomades originaires de Mésopotamie,
une région de l'Asie entre le Tigre et l'Euphrate.
Il
est écrit dans la Bible qu'ils croyaient en un dieu unique, et que Dieu
contracta une alliance avec les patriarches et promit la terre d'Israël
en héritage à son peuple. Dieu dit à Jacob : « on ne t'appellera
plus Jacob mais Israël car tu as été fort contre Dieu et contre les
hommes tu l'emporteras ». Plus tard, le nom d'Israël fut donné au
pays.
Les
douze tribus d'Israël
Selon
la Bible, les douze fils de Jacob seraient les ancêtres des douze
tribus ou enfants d'Israël. Poussés par la famine qui sévissait en
Terre d'Israël, Jacob et ses enfants se rendirent en Égypte. Certains
chercheurs soutiennent que les familles des fils de Jacob, surnommées
Israël par Dieu dans la Bible, résidèrent dans le Pays de Goshen en
Égypte pendant les 18e et 17e siècle avant notre ère.
L'historiographie
biblique a chargé le récit de la sortie d'Égypte et la traversée du
désert par les Hébreux d'un aspect national : l'exode, l'errance sous
la conduite d'un chef national et la conquête de Canaan sont décrits
comme les actions d'un peuple homogène. Cette description est en
contradiction avec de nombreux récits bibliques d'incidents isolés et
avec la description de l'organisation tribale des Hébreux à cette époque.
Cependant,
on peut logiquement supposer que la longue période d'errance contribua
à cristalliser l'ossature tribale et que les conditions qui régnaient
durant le parcours des Hébreux déterminèrent la taille des unités
tribales et leurs structures.
Dans
la conscience collective du peuple Juif, la constitution des tribus
d'Israël en une nation il y a 3 200 ans fut le commencement de
l'histoire nationale juive, liée à l'Exode d'Égypte, qui mettait fin
à l'exil et au retour du peuple libéré de l'oppression étrangère
dans la Terre Promise où il conquit l'indépendance nationale.
C'est
à cette époque que la première partie de la bible fut écrite, la
Thorah (Loi) qui comporte cinq livres : la Genèse, l'Exode, le Lévitique,
les Nombres et le Deutéronome (le Pentateuque). Selon la croyance
juive, la Torah fut donnée à Moïse sur le mont Sinaï. La Torah
constitue la Loi écrite, par opposition à la Loi orale.
Au
12e siècle avant notre ère, les tribus d'Israël s'installèrent sur
les deux rives du Jourdain. Commença alors la période des juges qui
dura deux siècles. La fonction du gouvernement était fondée sur le
principe de l'autonomie tribale qui accordait aux chefs, au niveau
tribal et même national, le rôle essentiel de l'exercice du pouvoir
judiciaire. Déborah, Gédéon et Samson sont parmi les juges les plus célèbres.
C'est
ainsi qu'on serait en droit de considérer la prise en possession de
Canaan par les tribus hébraïques, éveillées à la conscience spontanée
de leur unité et de leur destinée commune, comme la première
immigration du Peuple Juif en Terre d'Israël, menant à la création
d'un État Juif.
Au
11e siècle avant notre ère, le premier roi d'Israël fut Saul
(1020-1004 avant J. C.), suivi de David, qui fonda la dynastie royale
d'Israël qui devait régner quatre siècles, jusqu'à la conquête
babylonienne. David consolida les bases du royaume d'Israël et fit de Jérusalem
sa capitale, 1 000 ans avant J.C. La construction du premier Temple de Jérusalem
est entreprise par Salomon en 960 avant J.C.
Conquête
par Babylone
En
597, Nabuchodonosor, roi de Babylone, fait la conquête du royaume de
Juda. Il amène captif à Babylone le jeune roi Joachim (598-597 avant
J.C.), le 19e roi de Judée. Il proclame l'oncle du jeune roi, Matanias,
sous le nom de Sédécias, roi de Judée (597-586 avant J.C.).
En
589 avant notre ère, Judée se rebelle encore une fois contre Babylone.
Nabuchodonosor envahit le pays, l'aide égyptienne arrive trop tard et,
en 586, Jérusalem est conquise ; ses fortifications et ses riches
demeures détruites, le Temple est brûlé et la majorité du peuple
juif déportée. Le royaume de Judée est mis à bas.
Conquête
par les Perses
Après
la défaite de l'empire babylonien par les Perses en 539 avant J.C., la
Terre d'Israël tomba sous domination perse. Cyrus II, roi de Perse
(558-528 avant J.C.) accorde aux Juifs en 538 le droit de retourner en
Terre d'Israël et d'y reconstruire le deuxième Temple de Jérusalem.
Durant quatre siècles, le peuple Juif vécu de manière autonome sur la
Terre d'Israël, sous tutelle perse d'abord et, à partir de 332 avant
J.C., sous tutelle hellène, après la victoire d'Alexandre le Grand sur
l'armée perse.
En
168 avant J.C., le souverain hellène de Syrie, Antiochus Épiphane IV,
fit quelques tentatives en vue de limiter l'autonomie juive et
substituer l'idolâtrie à la foi monothéiste. Les Juifs levèrent l'étendard
de la révolte, menée par la famille des Asmonéens, et recouvrèrent
une indépendance totale pour Israël.
Conquête
romaine
En
168 avant J.C., le royaume d'Israël fut gouverné par les dynasties
asmonéenne et hérodienne, jusqu'à la conquête romaine en 63 avant
J.C., avec une brève période asmonéenne de 40 à 37 avant J.C. ; Hérode
I le Grand fut roi des Juifs de 40 à 5 avant J.C, suivi d'Hérode
Antipas de 4 avant J.C. à 39 après J.C., d'Hérode Agrippa I de 41 à
44 après J. C., et d'Hérode Agrippa II de 50 à 93 après J. C. Ce
dernier assista les romains à la prise de Jérusalem par Titus en 70
après J. C..
Destruction
du second temple de Jérusalem
C'est
en l'an 70 de notre ère que l'historien juif Flavius Josèphe, né à Jérusalem
(37 à 100 après J. C.), auteur des « Antiquités judaïques et des
guerres des Juifs », livre VI : 10 :1, situe la chute de Jérusalem et
la destruction du second Temple par Titus, fils de l'empereur Vespasien.
Le second Temple est brûlé, tous les objets du culte sont amenés à
Rome, accompagnés du peuple Juif captif, portant la menorah et les
objets du Temple, comme on peut encore le voir aujourd'hui à Rome sur
l'Arc de Triomphe de Titus.
Rome
décida d'exiler en Hispanie (Espagne) les captifs Juifs amenés à Rome
par Titus, le lieu le plus éloigné à l'ouest de l'empire romain. Ils
agirent comme l'avaient fait avant eux les autres conquérants d'Israël,
dans le but d'empêcher les Juifs de revenir dans leur pays se réorganiser
militairement et politiquement, et pour briser leur courage et diminuer
leur sentiment d'identité nationale.
Lorsque
les captifs juifs arrivèrent de Rome en Hispanie, ils furent accueillis
par leurs frères déjà installés dans le pays depuis la destruction
du premier Temple, qui s'empressèrent de les libérer du joug de
l'esclavage romain auquel ils étaient soumis.
Tarshish
(Hispanie) mille ans avant J.C.
Les
Juifs déjà installés dans la péninsule Ibérique depuis mille ans
avant Jésus Christ étaient sans doute venus dans le pays avec les Phéniciens
bien avant la destruction du premier Temple. D'ailleurs, encore
aujourd'hui, les noms de quelques villes d'Espagne indiquent clairement
une origine juive. Il s'agit de Toledo, Maqueda, Escalona, Joppes et
Aceca. Tous ces noms sont à consonances hébraïques. Toledo vient de
Toledoth, c'est-à-dire la ville des générations. Le guide officiel
actuel de la ville de Tolède mentionne toujours cette origine hébraïque
de la ville.
On
pense que les membres des tribus d'Israël s'étaient établis dans
l'actuelle province de Tolède bien avant l'époque de la destruction du
Premier Temple. Aceca dérive de Azeca (1) en Israël ; Escalona dérive
d'Ascalon en Israël, la tribu de Siméon ; Maqueda provient de Maceda,
la tribu de Juda ; Joppes de Joppe (Jaffa), la tribu de Dan. Une série
d'autres noms de villes, tels que Layos et Noves, sont aussi
probablement d'origine juive. Ils furent sans doute donnés en souvenir
des anciennes cités d'Israël. Toutes ces villes de l'Espagne actuelle,
ont été fondées par les membres des tribus d'Israël.
(1)
En 1935, on a trouvé dans les ruines de la ville biblique de Lakihs,
en Palestine, une collection de lettres écrites sur des tablettes
d'argile, dont l'écriture remonte autour de 588 avant J.C., rédigées
par le commandant militaire de la ville forteresse de Lakihs en Judée.
Ces lettres confirment des évènements qui se sont déroulés durant
le court règne du roi Joachim I, 18e roi de Judée. Ces écritures
nomment plusieurs personnages bibliques, entre autres le prophète Jérémie.
Dans la quatrième lettre, on raconte que les villes de Lakihs et
Azeca, deux villes fortifiées de Judée, étaient assiégées par les
troupes de Nabuchodonosor, et que la ville de Azeca était déjà tombée
dans ses mains. Ces faits historiques confirment le récit biblique du
prophète Jérémie 34 : 6-7.
Salomon,
fils et successeur de David, roi d'Israël de 970 à 931 avant J.C.,
avait fait construire une flotte de navires avec lesquels il faisait le
commerce avec tous les pays connus dans l'antiquité, y compris Tarshish
(Hispanie) où des membres des tribus d'Israël étaient déjà installés,
et où le roi Salomon envoyait ses représentants collecter les impôts.
Ces
faits sont confirmés au tout début du Judéo-chrisianisme par les
juifs d'Hispanie qui se rendaient encore régulièrement à Jérusalem
en pèlerinage.
À
l'époque de l'apôtre Paul, entre 5 et 15-67 de notre ère, lorsqu'il
allait de synagogue en synagogue pour prêcher la nouvelle religion de Jésus,
il souligna dans ses écrits la nécessité d'aller évangéliser les
Juifs d'Hispanie, nommés Sefardim. Ce nom vient de Sefarad, mot par
lequel la Bible désigne le pays à l'Ouest de la Méditerranée :
aujourd'hui l'Espagne. Le prophète Obadia parle lui aussi de
cette partie de l'Empire romain sous ce nom d'Hispanie.
Pendant
les persécutions au Moyen Âge, les Juifs espagnols firent valoir auprès
des souverains espagnols, pour leur défense, qu'ils vivaient déjà en
Espagne avant la destruction du premier Temple et qu'ils appartenaient
à la tribu de Juda.
Les
Wisigoths, des vandales et beaucoup d'autres peuples arrivèrent en
Espagne bien après les Juifs et les romains. Les Israélites survécurent
à tous les envahisseurs de l'Espagne car ces derniers se mélangèrent
bientôt à la population locale et se fondirent en elle.
Les
Juifs souffrirent, furent persécutés, composèrent avec les conquérants
et, à l'époque des premiers documents officiels, ils sont là. Ils
vivent parmi les Maures musulmans et les Espagnols catholiques, divisés
en plusieurs royaumes. Des historiens arabes du 9e siècle appellent
Grenade et Tarragone des « villes juives ». L'Espagne musulmane avait
alors la plus forte population juive d'Europe.
Ce
furent les Juifs qui infirmèrent le principe selon lequel chaque
immigrant devrait se fondre peu à peu dans son nouveau milieu et, de ce
fait, perdre son identité. L'histoire des émigrations et des
immigrations est plus ou moins celle de l'humanité. Lorsqu'on étudie
l'histoire des peuples, on voit que normalement les immigrants
s'assimilent à leur entourage, qu'ils abandonnent progressivement ce
qu'ils avaient emporté avec eux. Ils font cela pour des raisons de sécurité,
d'opportunité, et pour éviter de nouvelles difficultés. Ils se délestent
de leur passé.
Pas
les Juifs. Eux, ils gardèrent une grande partie de leur héritage
culturel. À ce point de vue, ils constituent donc une exception dans
l'histoire de l'humanité. C'est d'ailleurs cela qui, avec le temps,
leur valut d'être constamment tracassés, persécutés.
Malgré
la persécution des Juifs espagnols commencée en 612 sous le roi
wisigoth Sisebut, l'Espagne abrita jusqu'en 1492 la plus importante
population juive d'Europe. Même de nos jours, il demeure que l'Espagne
est un pays pour lequel il est difficile de parler du caractère
autochtone, de «l'aborigénéité » de groupes ethniques, car tout dépend
de la date que l'on prend comme point de départ. Quelle que soit
celle que l'on choisit, ce sont les Juifs qui sont autochtones en
Espagne.
Comme
on vient de le voir, ce qualificatif d'autochtone, que les antisémites
des temps modernes se décernent si volontiers afin de pouvoir étiqueter
les juifs comme des étrangers, ne s'applique pas aux Espagnols.
Révolte
de Bar Kokhba;
Israël rebaptisée Palaestina par les romains
Mais
les Juifs d'Israël n'avaient pas tous été exilés en 70 de notre ère.
Ceux qui restaient tentèrent une ultime révolte contre l'agresseur
romain afin de retrouver la liberté. C'est la révolte de Bar Kokhba
(132-135), qui fut étouffée cruellement sous Hadrien. Les Juifs furent
obligés de se soumettre de nouveau à Rome. Mais cette fois les romains
voulurent mettre fin à jamais à toute velléité de renaissance juive
en Terre d'Israël. Ils rebaptisèrent la Terre d'Israël d'un nom
nouveau : Palaestina ou Falastina (Palestine), et détruisirent complètement
les murailles de Jérusalem ainsi que toute la ville. En place et lieu,
ils construisirent un petit bourg carré qu'ils appelèrent Aelia
Capitolina. Puis Hadrien compléta son œuvre en faisant construire un
temple à Jupiter sur l'emplacement du second Temple.
À
la suite de cette révolte, la Judée est cette fois-ci pratiquement vidée
de ses habitants, et la province de Judée sera connue sous le nom de «
Syrie-Palestine ». À la suite de ces changements, les Juifs se
concentrent en Galilée, autour de rabbins et de savants établis à
Safed, Tibériade et Zippori, où ils poursuivent la rédaction du
Talmud et de la Mishna.
Ce
fut le creux de la vague pour Jérusalem durant les deux siècles qui
allaient suivre. Le nom de Jérusalem demeura effacé jusqu'en l'an 326
de notre ère, lorsque l'empereur Constantin et sa mère Hélène se
convertirent au Christianisme et vinrent en pèlerinage en Terre Sainte.
Ils redonnèrent le nom biblique à la ville de Jérusalem et érigèrent
des autels commémorant des événements de la vie de Jésus. On
construisit de nombreuses églises à Jérusalem, et Jérusalem devint
le centre de pèlerinage des chrétiens. La ville de David devient la
ville de Jésus.
En
351 de notre ère, les Juifs font une nouvelle tentative de révolte
pour retrouver leur liberté.
Domination
de Byzance sur la Terre d'Israël (395-636)
Durant
cette période d'occupation de la Terre d'Israël, les Juifs étaient présents
à Jérusalem et sur tout l'ensemble du territoire de la Palestine. La
population juive était redevenue particulièrement dense en Galilée,
dans certaines partie de la plaine côtière et en Judée.
Selon
le Talmud, rédigé à cette époque, plus de quatre cents localités
juives, des villages pour la plupart, sont dénombrés sut la Terre
d'Israël. La communauté juive vivait surtout d'agriculture alors que
ses chefs élaboraient et consolidaient le mode de vie juive par l'éducation,
l'enseignements général et universitaire.
Les
œuvres majeures de cette époque furent la rédaction de la Michna
(l'enseignement) achevée au 2e siècle, ainsi que le Talmud (ensemble
de leçons incluant les commentaires et les discussions des amoraïms
(1) sur la Michna) de Jérusalem, achevé entre le 4e et le 5e siècle
de notre ère.
(1)
Amoraïm : du mot araméen omer, celui qui explique, qui parle en
public. À l'origine, le terme désignait celui qui présentait ou
traduisait pour le public les paroles d'un Sage.
En
614 de notre ère, les Juifs tentèrent encore une fois de se révolter
contre Byzance. Pour ce faire, les Juifs d'Israël s'allient aux Perses.
Ils réussissent même à s'emparer de ce qui reste de Jérusalem. Mais
la conquête arabe, qui commence en 634, met fin à tout espoir de
renaissance nationale.
Domination
arabe de 636-1071 (435 ans)
En
638 après J.C., les troupes du calife Omar occupèrent la ville de Jérusalem,
après un long siège. La victoire assurée, ils partagèrent la Terre
d'Israël en deux districts militaires séparés par le Jourdain :
Filastin (Palestine) et Urdun (Jordanie).
Puis,
les conquérants arabes musulmans autorisent les populations juive et
chrétienne à rester. C'était là un acte de tolérance mais
qui, en fait, reflétait le dogme fondamental de l'Islam, dogme toujours
en vigueur, selon lequel Juifs et Chrétiens sont des individus de
classe inférieure ayant un statut spécial de dhimmi (protégés).
Cet acte apportait aux populations Juive et chrétienne la sécurité
physique ainsi que les libertés économique et religieuse, mais aussi
une source de dégradation avilissante.
Ce
statut de dhimmi obligeait les Chrétiens comme les Juifs à payer un
impôt spécial par tête, à être bannis de l'administration publique,
à se voir interdire de construire de nouvelles synagogues et églises,
et d'employer des travailleurs musulmans.
La
domination arabe sur Jérusalem et sur tout le pays d'Israël se caractérisa
par l'insécurité et l'agitation. Ce sont les califes Omayyades (660 à
750 de notre ère) qui, de Damas, gouvernèrent les premiers la Terre
d'Israël, qui était devenue une province du vaste empire musulman. Jérusalem
n'a jamais fait office pour eux ni de capitale ni de centre culturel.
Les
Arabes bâtirent une seule ville sur la Terre d'Israël, la ville de
Ramla (Ramleth). Au 8e siècle, cette ville est désignée comme centre
provincial du pays, et le transfert de la capitale impériale de Damas
à Bagdad éloigna encore Jérusalem des centres du pouvoir et de
l'activité culturelle.
Abd
al-Malik construisit le Dôme du Rocher à Jérusalem entre 691 et 692.
C'était davantage un monument qu'une mosquée ; son fils Al Walid fit
construire la mosquée d'El-Aksa entre 705 et 715 de notre ère.
Sous
le calife Al-Aziz (976 à 996), Chrétiens et Juifs jouirent à Jérusalem
d'une liberté considérable. Mais sous son successeur, Al-Hakim (996 à
1021 de notre ère) dit le « Calife fou », les pèlerinages à Jérusalem
furent interdits, tandis que synagogues et églises furent détruites, y
compris le Saint-Sépulcre.
En
raison de la faiblesse du gouvernement fatimide aux 10e et 11e siècles,
diverses tribus, dont des Bédouins et des Seldjousks (tribu turque)
contrôlent une partie de la Palestine et attaquent ses habitants. La
population juive de Jérusalem décline ; les pèlerinages sont
suspendus et l'afflux des contributions cesse. À la fin de la
domination arabe, il n'y a plus que quelque milliers de Juifs en
Palestine.
Conquête
de Jérusalem par les Turcs seldjouks en 1071
Les
Turcs seldjouks s'emparent de Jérusalem, pillent la ville et persécutent
Chrétiens et Juifs.
Conquête et domination de Jérusalem
par les Croisés de 1099 à 1291
L'interdiction
des pèlerinages et la destruction des synagogues et des églises à Jérusalem
en l'an 1009, sous le règne du calife arabe Al-Hakim, dit le fou
(996-1021), provoqua en Occident une telle indignation, qu'elle fut à
l'origine des Croisades.
Jérusalem
est alors conquise en 1099 par 15 000 Croisés. Ils pillèrent Jérusalem
et massacrèrent indistinctement Juifs et Musulmans. Les Croisés
vendirent Juifs et Musulmans comme esclaves en Europe.
Une
ordonnance des Croisés interdit tout établissement juif ou musulman à
Jérusalem. En vue de renforcer le peuplement chrétien de la ville de Jérusalem,
l'ancien quartier juif fut remis à des tribus de Chrétiens de
Transjordanie.
En
1149, les Croisés reconstruisent l'église du Saint-Sépulcre suivant
le plan de la Croix, et de nombreuses traditions chrétiennes liées à
la vie de Jésus furent établies, notamment celle de la Via dolorosa. De
nombreux temples musulmans furent aussi transformés en églises, comme
le Dôme du Rocher, appelé par les Croisés le Temple du Seigneur.
À
partir de 1110, les Croisés changent de politique envers la population
locale et, avec le temps, les Juifs sont autorisés à s'installer dans
toutes les villes de ce royaume chrétien, à l'exception de Jérusalem,
qu'ils peuvent visiter seulement.
Plus
tard, le roi chrétien de Jérusalem accorde aux Juifs le monopole de la
teinture des tissus. Quelques Juifs peuvent même résider à Jérusalem.
Mais la plupart des communautés juives qui se trouvent dans le royaume
franc de Jérusalem sont concentrées dans les villes de la côte : Tyr,
Acre, Césarée et Ascalon, centre commercial important. Les villes de
l'intérieur ne comptent que peu de Juifs.
Les
Croisés, dont le nombre n'a jamais dépassé 30 000, n'ont pas contribué
à changer le caractère de la population. Les deux siècles de lutte
entre Chrétiens et Musulmans pour la conquête de la Palestine n'ont eu
qu'une conséquence : l'appauvrirent de la population juive qui y
habitait.
À
l'époque des Croisés, il n'existe pas de nom pour désigner la Terre
d'Israël. Le pays était divisé en trois districts administratifs :
Safed, Gaza et Damas.
En
1260, une invasion mongole provoque la fuite des habitants de Jérusalem.
Lorsque les Mamelouks, une dynastie qui régnait sur l'Égypte et la
Syrie entre 1250 et 1517, parvinrent à battre les Mongols à Ein-Harod
en 1291, Jérusalem et tout le pays passent sous leur contrôle jusqu'à
la conquête ottomane en 1516.
La
conquête ottomane de 1516 à 1917
Les
Ottomans, comme tous les conquérants étrangers, n'eurent pas non plus
de nom pour désigner la Terre d'Israël. Ils divisèrent le territoire
en cinq districts administratifs, qu'ils relièrent à la province de
Damas. Soliman II le Magnifique, sultan ottoman entre 1537 et 1541, fait
réparer et reconstruire les remparts et les portes de Jérusalem et
restaure la citadelle de David. Puis, il fait construire des fontaines
publiques pour assurer l'approvisionnement en eau de la ville.
À
ce moment là, l'empire ottoman comptait 24 provinces (Vilayets). Les
Juifs et les Chrétiens étaient soumis à de lourde taxes (capitation); cependant ils étaient libres de gérer les affaires de leur communauté.
1492
: expulsion des Juifs d'Espagne
En
1492, les Juifs exilés d'Espagne, et un peu plus tard les Juifs du
Portugal, transitent par Livourne, en Italie, pour ensuite se disperser
à travers l'Empire ottoman : à Tunis aussi bien qu'à Smyrne (Izmir),
à Salonique et à Alep, où ils sont connus sous le nom de « Frankos
», ou « Juifs Francs » (même signification pour le patronyme Franco
en Espagne).
Après
un long et périlleux voyage, de nombreux Juifs exilés d'Espagne
parviennent à atteindre la Palestine, renforçant ainsi les communautés
déjà existantes de Jérusalem, Tibériade, Gaza, Hébron et particulièrement
Safed. Au 16e siècle, Safed devient un centre économique et culturel
Juif important en Palestine ; sa communauté juive est estimée à l'époque
à 15 000 membres. La proximité de Damas et de Beyrouth permet aux
habitants de Safed d'échanger avec les habitants de ces deux villes du
grain, des vêtements et des ustensiles pour la maison, alors que la
soie et la laine qu'ils exportent passent par le port de Salonique.
Vers
1563, les Juifs fondent la première imprimerie du Proche-Orient et
prennent l'hébreu pour langue nationale.
L'arrivée
de ces Juifs d'Espagne en Palestine n'est pas sans provoquer des
frictions intercommunautaires. C'est que leur arrivée influe sur les
anciennes communautés juives romaniotes restées en Israël depuis
l'occupation romaine et byzantine. Les Sépharades amènent avec eux
leurs coutumes, leur langue (le judéo-espagnol ou ladino), un
habillement différent, des prières et des règles communautaires (takkanot).
À
cette époque, la population juive de Palestine comprenait des Juifs
connus sous le nom de romaniotes, qui étaient les descendants des Juifs
resté en Terre d'Israël depuis l'époque de Byzance, des exilés juifs
espagnols, et des immigrants Ashkénazes, Juifs venus d'Europe centrale.
La population Juive en Israël a pu prospérer jusqu'à la fin du 16e siècle.
Après la mort de Soliman le Magnifique en 1566, la Palestine est
laissée à l'abandon durant plus des trois siècles.
Les
successeurs de Soliman le Magnifique font régner en Palestine la
corruption à tous les niveaux de l'administration et de l'armée. Vers
la fin du 16e siècle, Safed et la Galilée périclitent et les Juifs
restés sur place se regroupent à Jérusalem, Hébron et Gaza.
À
cette situation, suit un profond déclin de la population en Palestine dû
à l'absence de droits et d'une politique socio-économique, ainsi qu'à
la décentralisation de la perception des impôts. Les collecteurs
locaux d'impôts ont intérêt à extorquer les taux les plus élevés
afin d'en tirer de larges profits ; dès lors, de nombreux villageois
abandonnent la terre aux nomades, les besoins des villes en marchandises
agricoles ne sont plus satisfaits, le commerce décline et la population
des centres urbains finit par décroître rapidement. C'est l'époque où
la plupart des Juifs en Israël doivent être aidés par la « halouka
», argent envoyé par la Diaspora. Malgré ces difficultés, le retour
des Juifs en Terre d'Israël (Palestine) ne s'arrête pas.
En
1700, Rabbi Judah he-Hassid conduit un groupe de 1 500 juifs de Pologne
à Jérusalem. En 1777, le Hassid Rabbi Menahen Mendel, de Vitebsk en Biélorussie,
s'établit à Jérusalem avec 300 de ses disciples venant d'Ukraine, de
Lithuanie et de Roumanie.
Incapables
de payer les lourds impôts exigés par les Turcs, les Ashkennazim se
voient interdire de séjourner à Jérusalem. La plupart vont
s'installer dans les trois autres villes saintes d'Israël : Safed, Tibériade
et Hébron. Mais certains d'entre eux parviennent à demeurer à Jérusalem,
déguisés en Sefardim, vêtus à l'orientale. Ce n'est qu'un siècle
plus tard, dans les années 1820, que la communauté ashkenaze réussit
à se réinstaller à Jérusalem.
C'est
à partir du 18e et du 19e siècle, sous le régime ottoman, que
s'instaure dans toutes les régions de la Palestine un régime fondé
sur l'insécurité et l'oppression. Cette époque est caractérisée par
des infiltrations de tribus arabes qui se livrent au pillage, et par des
luttes intestines au niveau des alliances locales.
Par
conséquent, le nombre de villages est réduit environ de moitié. La
population de la Palestine connaît un certain déclin au début du 19e
siècle ; elle ne compte probablement pas plus de 250 000 personnes.
Elle est formée de communautés et nationalités différentes, dont
moins de 200 000 Arabes, pour la plupart nomades et sans aucune idée de
patrie.
Les
conditions générales de vie en Palestine allant en s'aggravant au début
du 19e siècle, la population totale avait diminué à 54 000, dont 10
000 Juifs.
Pour
comprendre les causes de cette baisse de la population juive en
Palestine au début du 19e siècle, on peut se rapporter à une série
de constats qu'un jeune Juif roumain du nom de Israël Joseph Benjamin
(Benjamin II) fit d'un voyage en Palestine à cette époque:
Source
: Cinq années de voyage en Orient, Paris,1856.
1
- L'autorité de l'État ottoman, autorité non juive, ne comporte pas
de droit de décision pour les Juifs, mais uniquement des obligations
d'exécution.
2
- Les Juifs ne jouissent d'aucune garantie légale. La Loi est remplacée
par les ordres des Pachas et des Cheiks. Seul avantage pour les Juifs de
Jérusalem : la présence des Consuls européens, à partir de 1838
seulement.
3
- Le taux des impôts n'est jamais fixé publiquement, mais établi
arbitrairement par les Cheiks ; la perception des impôts se fait avec
une rapacité inouïe.
4
- Aucune protection de la propriété ; les Juifs ne peuvent pas se
plaindre d'avoir été victimes d'un vol ou d'un pillage ni en indiquer
l'auteur qui se vengerait cruellement.
5
- Leur vie est aussi à la merci du caprice du premier venu.
6
- Une misère extrême et générale ronge la population juive de
Palestine, comme le faisait autrefois la lèpre. Privés des ressources
qu'offrent l'agriculture et le commerce, ces infortunés ne vivent que
des offrandes de leurs confrères de la Diaspora.
Amélioration du statut légal et politique
des Juifs dans l'Empire ottoman
C'est
seulement en 1839 qu'a commencé à s'améliorer dans l'Empire ottoman
le statut légal et politique des Juifs, avec la publication d'un firman
(décret royal) annulant la capitation. Avec l'engagement grandissant
des puissances occidentales dans l'Empire ottoman, les Juifs parviennent
à obtenir, au milieu du 19e siècle, un statut d'égalité civile et légale
avec le reste de la population. Il en résulte de meilleures conditions
de vie qui font, en 1840, augmenter la population de la Palestine à 70
000, dont 10 000 juifs.
Grâce
aux activités politiques de personnalités telles que Sir Moïse
Montefiore d'Angleterre qui, en 1840, alla plaider à Istanbul devant le
Sultan pour mettre un terme à une accusation de meurtre rituel à
Damas, et Adolphe Crémieux, en France ; grâce aussi à la contribution
d'organismes comme l'Alliance israélite universelle française et l'Agoudat
Ahim anglaise, les Juifs obtiennent un statut d'égalité dans l'Empire
ottman.
C'est
seulement en 1838 que s'établi le consulat de Grande-Bretagne à Jérusalem,
suivi cinq ans plus tard par les consulats de France et de Prusse, puis
par ceux d'Autriche et d'Espagne.
En
1845, la population de Jérusalem comptait 15 510 habitants, dont 7 120
Juifs, 5 000 Arabes musulmans et 3 390 Chrétiens.
En
1865, le Consulat britannique à Jérusalem indiquait que la population
de Jérusalem était de 18 000 habitants, dont 9 000 Juifs.
De
1865 à 1914, la population de Jérusalem passe à 80 000 habitants,
dont 50 000 Juifs, soit près des deux tiers de la population de la
ville.
Dès
la fin du 19e siècle, Jérusalem comptait déjà 60 quartiers juifs
dont les habitants arrivaient d'Irak, du Yémen, de Perse, de Bukhara,
du Kurdistan, de Georgie, de Daghestan, d'Alep, de Damas, d'Égypte,
d'Europe orientale, d'Angleterre et des États Unis.
Témoignages
de Palestine
En
1867, l'écrivain Mark Twain visita la Palestine. Il décrit une région
désolée dont le sol est suffisamment riche mais abandonné aux
mauvaises herbes - une morne et silencieuse étendue. La désolation présente
est telle que l'imagination la plus fertile ne pourrait gratifier ce
paysage d'un semblant de vie ou de mouvement. Nous n'avons pas vu un
seul être humain sur notre trajet. À peine ça et là un arbre ou un
caroubier. Même l'olivier et le cactus, derniers amis des sols pauvres,
semblent avoir déserté ce pays. Aucun peuple ne l'a considérée comme
sa terre, son pays. Elle n'est plus qu'une province lointaine, pauvre et
perdue, livrée à des nomades. Les forêts ont disparues, les villes
tombent en ruine et pendant des siècles pas une ville nouvelle n'y sera
construite. Par qui et pour qui le serait-elle ?
Source
: Les innocents à l'étranger.
En
1913, le rapport de la Commission Royale sur la Palestine du
gouvernement britannique indique :
«
La route menant de Gaza aux régions du Nord n'est qu'une piste tout
juste bonne pour les transports à dos de chameau ou d'âne. Aucun
oranger n'y pousse et l'on n'y voit aucun vignoble ou verger avant le
village de Yabna (Yavné). Les maisons ne sont que des cases sans fenêtre.
Les charrues sont en bois. Les conditions sanitaires des villages sont
affreuses. Il n'y a pas d'écoles. La côte Ouest est presque désertique.
Il y a peu de villages dans cette région. »
Des
siècles d'occupations étrangères avait fait de la Terre d'Israël
(Palestine) une terre faiblement peuplée, peu cultivée et négligée,
parsemée de collines rongées par les sables de déserts hostiles et de
marais où sévissait la malaria. Son système séculaire d'irrigation désagrégé,
ses forêts disparues.
En
1931, Lewis French, nommé directeur du développement de la Palestine
par le gouvernement britannique écrit :
«
Le pays est peuplé de fellahin vivant dans des bâtisses de boue séchée
et souffrant d'une malaria endémique. De grandes parties du pays ne
sont pas du tout cultivées. Les fellahin sont sans cesse soumis au
pillage de leurs voisins nomades, les bédouins. »
Vers
1870, 70 000 immigrants Juifs viennent en Palestine pendant la première
alyah, mais seulement la moitié supporte
les conditions extrêmement difficiles qui les attend et y reste. La
majorité de ces derniers se dirige vers les villes de Jaffa, Haïfa et
les nouveaux faubourgs de Jérusalem. Seule une minorité, comprenant
les membres du mouvement Bilou, symbole de la première alyah, associé
à l'idée du retour en Palestine et du retour à l'activité agricole,
fonde de nouvelles colonies.
C'est
le baron Edmond de Rotschild (1845-1934) qui va leur apporter secours.
Il envoie des experts en agriculture qui introduisent de nouvelles
cultures (thé, coton et tabac), qui les aide à améliorer leurs méthodes
de travail et de gestion et à établir une base d'exploitation agricole
sur les plantations d'agrumes dans les moshavot.
1891
: première opposition des Arabes de Palestine
Cent
dignitaires arabes représentant la minorité arabe de Jérusalem
envoient une pétition aux autorités turques pour leur demander
d'interdire l'immigration juive et la vente de terres aux Juifs.
1904-1914,
deuxième alyah en Israël
Cette
nouvelle vague d'immigrants est composée de Khazars, race de Mongols
asiatiques à prétentions juives ayant quitté la Russie après les
pogroms de 1903 et 1905. Tout comme leurs prédécesseurs, la plupart se
dirigent vers les villes, mais une minorité cherche à créer en
Palestine une société idéale qui intégrerait les idées de
renaissance nationale et de révolution sociale selon les principes
sionistes et socialistes selon lesquels Israël n'est plus le peuple
de Dieu mais le peuple Dieu.
Le
nationalisme arabe au Proche-Orient
L'impact
des mouvements nationalistes européens au début du 20e siècle s'étend
jusqu'aux intellectuels arabes du Moyen-Orient, de sorte qu'au moment où
un nouveau nationalisme Juif se manifeste en Europe, en Orient se développe
un nationalisme arabe.
En
prenant pieds en Palestine, le sionisme vise à restaurer la patrie que
l'on avait retirée aux Juifs, alors que les nationalistes arabes voient
dans l'établissement sioniste un corps étranger faisant obstacle à
l'unité arabe.
Avant
la Première guerre mondiale, deux différents groupes prennaient place
dans le mouvement nationaliste arabe. Un courant était favorable à
l'autodétermination à l'intérieur de l'Empire ottoman, tandis que
l'autre voyait une nation arabe indépendante. Règle générale, les
Arabes demeurant en Palestine qui montraient un intérêt pour le
nationalisme arabe étaient dans le courant pro-ottoman.
1897,
appel lancé aux Juifs par Théodor Herzl
Le
premier Congrès Sioniste réuni à Bâle approuve la création de
l'Organisation Sioniste Mondiale, Sion désigne selon la tradition, Jérusalem
et la Terre d'Israël. C'est l'époque de la parution des célèbres
Protocoles des Sages de Sion, complot Sioniste des Illuminatis pour la
domination du monde.
La
propriété des terres en Palestine, 1914-1918
Les
terres de Palestine ruinées par des siècles de négligence étaient
faiblement exploitées par des paysans misérables au service de grands
propriétaires turcs. Ces derniers possédaient environ 30 % du
territoire de la Palestine, 70 % du territoire restant appartenait au
Sultan de Turquie (terres domaniales).
Conquête
de la Palestine par les Anglais en septembre 1918
Le
général Allenby chasse les Turcs de Jérusalem et de la Galilée ; la
Palestine se trouve dans les mains de l'Angleterre. La défunte Société
des Nations confie le manda aux vainqueurs pour gouverner le pays.
La
Première guerre mondiale change les données. L'effondrement de
l'Empire ottoman et la promesse britannique d'accorder la Syrie au hachémite
Fayçal favorise les partisans de la Grande Syrie, principe d'une nation
arabe indépendante. Les Arabes de Palestine tiennent, en 1919, un
premier congrès où ils définissent la Palestine comme la Syrie du
sud.
En
1920, l'alyah des juifs des pays musulmans
À
travers les générations, les Juifs des pays musulmans ont toujours
exprimé leur attachement à la Terre d'Israël, dans leurs prières et
coutumes, dans la poésie et la chanson, dans les pèlerinages (la
Zi'ara), dans le paiement d'une taxe telle que la donation de Jérusalem,
et même par l'alya d'environ 50 000 d'entre eux.
Pour
les premiers pionniers du retour en Israël
Les
premiers pionniers juifs d'Israël n'avaient aucune intention de chasser
les descendants des Musulmans arabes qui avaient envahi la Palestine en
638, sans autre droit que celui de leurs armes. Ils pensaient seulement
y trouver, eux aussi, leur patrie. Car, s'il est une terre au
monde où les Juifs peuvent se considérer chez eux, c'est bien la Judée,
qui porte leur nom.
Création
de l'État de Jordanie, 25 mai 1923
En
décembre 1920, le nouveau roi d'Irak, Abdallah, se dirige vers la
frontière de Transjordanie: son intention affichée est de rassembler
des forces pour combattre les Français qui viennent d'envahir la Syrie.
Les Anglais le persuadent de renoncer à son projet et de céder le trône
d'Irak à son frère Fayçal, chassé de Syrie: ils lui proposent l'émirat
de Transjordanie.
C'est
ainsi, sans consulter ni les Juifs ni les Arabes de Palestine, que la
Grande-Bretagne a amputé 95 000 kilomètre carrés - sur les 120 000 du
territoire palestinien placé sous Mandat, soit toute la région à
l'est du Jourdain. Ce territoire à été administré par la
Grande-Bretagne comme territoire sous mandat jusqu'en 1946.
En
1949, l'émirat de Transjordanie devient le royaume Hachémite de
Jordanie, un État véritablement reconnu comme partie intégrante du
Proche-Orient.
Par
la création de ce royaume de Jordanie, la Palestine historique est
amputée d'environ 80 % de son territoire original à l'est du Jourdain.
C'est ainsi que ce territoire se trouve exclu arbitrairement du Foyer
national juif par l'Angleterre.
Distribution
illégale des terres
Contrairement
aux termes du mandat, l'Angleterre distribua des terres fertiles à des
nomades bédouins arabes qui ne les cultivèrent même pas et se bornèrent
à les vendre à des immigrants juifs à des prix exorbitants. Devant
cet état de chose, les Juifs allèrent de déception en déception,
perdirent confiance, mais se réjouirent quand même d'avoir pris pieds
sur la terre de leurs ancêtres.
La
violence en Palestine, février 1920
Après
la chute du régime de Faycal à Damas sous les attaques des troupes
françaises, l'idée de la Palestine comme région de la Syrie du sud
est abandonnée. Les Arabes locaux commencent à se définir comme
Palestiniens, tournant leurs efforts vers le rejet du Foyer national
juif et vers l'instauration d'un gouvernement arabe palestinien représentatif.
Les
notables, les grands féodaux arabes de Jérusalem, réveillent et
attisent dans la masse le ferment nationaliste. Apparaît alors le plus
acharné, un démagogue arabe de Jérusalem, Hadj-Amin-el-Husseini. Il
est le principal responsable de l'agitation qui, dès février 1920,
saisi la foule arabe.
Les
colonies juives de Haute-Galilée, Tel-Haï, Kfar Guiladi, Metoulla,
sont attaquées par des arabes armés de couteaux. Il a dix morts. À Jérusalem,
à l'occasion de la Pâque, les Arabes attaquent les Juifs à coups de
pierres, de matraques, de couteaux, pillent maisons et magasins.
Cent
quatre-vingt Juifs sont blessés, plusieurs à mort. Jabotinski est
trouvé coupable d'avoir organisé la défense des Juifs sauvagement
attaqués.
Dans
un but d'apaisement, le gouvernement britannique nomme Haut-commissaire,
Sir Herbert Samuel, un israélite anglais. Arrivé le 1er juillet 1920,
il proclame une amnistie générale, Jabotinski est libéré, mais aussi
Had-Amin-el-Husseini qui devient, en 1921, Grand Mufti de Jérusalem,
chef suprême des Arabes de Palestine.
Les
Britanniques proposent à plusieurs reprises de créer une Agence arabe
ou encore un Conseil législatif où les Arabes auraient eu la majorité
; loin de saisir ces occasions, le Grand Mufti et son entourage les
repoussent avec fureur. Ils n'acceptaient pas de composer avec les
Juifs. Leur objectif est clairement exprimé dès ce moment là :
la liquidation de la présence juive en Palestine à la fin du Mandat
britannique, et la création immédiate d'un État palestinien
purement arabe.
Devant
le refus britannique d'accéder aux demandes arabes, le défilé juif du
1er mai 1921 à Jaffa est attaqué par des contre-manifestants arabes,
et à Tel-Aviv, on tue des Juifs sans défenses, tel le poète Haïm
Brenner et sa famille.
Tandis
qu'on laisse armes et munitions aux Arabes, tout Juif porteur d'un
revolver est arrêté. La police palestinienne, en majorité arabe et
anglaise, ferme les yeux sur les méfaits organisés par des chefs
religieux musulmans arabes.
Les
Britanniques finissent par se rendre aux demandes arabes, ils limitent
l'immigration juive en Palestine. Les Arabes, qui croyaient pouvoir
atteindre par la violence leur principal objectif: l'abolition du Foyer
national juif, sont déçus. Leurs leaders, perplexes quant à l'utilité
de la violence, se tournent pour une courte période vers la lutte
politique.
Soulèvement
sanglant contre les Juifs en 1929
De
Jérusalem, un soulèvement sanglant déferle sur tout le pays avec une
ampleur et une violence sans précédent. Il met fin à la mixité dans
les quartiers judéo-arabes et les Juifs de Naplouse (Sheshem), Jénine
et Gaza abandonnent ces villes. À Hébron, le 23 août 1929, selon le témoignage
de Sir John Chancellor, on déplore « des meurtres sauvages perpétrés
sur des membres sans défense de la communauté juive, sans égard pour
l'âge ou le sexe et accompagnés d'actes de férocité indicibles,
incendies des fermes et des maisons, dans les villes et les campagnes,
pillage et destruction des biens ».
Publication
d'un Livre blanc, octobre 1930
La
réponse de l'administration britannique à tous ces crimes fut la
publication d'un Livre blanc qui limitait l'immigration juive en
Palestine et, d'autre part, décidait de mesure draconiennes qui
devaient empêcher les Juifs de s'armer pour leur défense.
Création
de mouvements clandestins de résistance juive
Pour
les juifs, il ne leur restait qu'à organiser clandestinement leur résistance.
C'est à quoi répond la création de la Hagana de Jabotinsky, à quoi
s'ajouteront les organisations parallèles de l'Irgoun et du groupe
Stern.
Les
Juifs d'Europe essaient de se réfugier en Palestine
Jusqu'ici,
malgré une situation explosive, les communautés juive et arabe
collaboraient tant bien que mal. Sous le mandat britannique, elles
avaient quand même un certain nombre de points et de problèmes
communs. Cependant, à partir de 1935, les pays arabes voisins manifestèrent
une violente opposition à l'immigration clandestine des Juifs,
immigration qui était surtout provoquée par les persécutions nazies.
Dès ce moment, un antagonisme commence à naître entre les deux
communautés.
En
1936, les Arabes se constituent en groupe de guérilla, avec le soutien
des pays arabes voisins, et s'en prennent aussi bien aux colonies juives
qu'aux Britanniques présents en Palestine.
L'Angleterre
propose une solution de règlement
La
Grande-Bretagne tentait à présent de résoudre le conflit qui allait
en s'aggravant. Elle chargea une commission d'étude du problème qui
recommanda, de 1936 à 1938, de partager ce qui restait du territoire de
la Palestine (c'est à dire à peine 30 % du territoire de la Palestine
historique) en un État arabe et un État Juif avec une enclave
britannique. Les dirigeant de la communauté juive en acceptèrent le
principe comme base de discussion.
Les
Arabes accueillirent la proposition par un refus net et la repoussèrent.
Les Arabes, ne trouvant pas d'issue pour faire annuler en entier les
promesses de l'Angleterre aux Juifs, se tournèrent vers l'Allemagne et
furent par la suite soutenus par le gouvernement nazi dans l'exécution
de leurs crimes contre les Juifs.
Le
dirigeant incontesté de la communauté arabe palestinienne était le
Mufti de Jérusalem, Haj Amin el-Husseini, qui s'empressa de se joindre
aux nazis et vécut à Berlin auprès d'Hitler durant toute la deuxième
Guerre mondiale.
Tandis
que David Shaltiel, parti chercher des armes en Europe, se fait coffrer
par la Gestapo et envoyer à Dachau et Buchenwald jusqu'au 18 mars 1939,
le Grand Mufti de Jérusalem se fait ravitailler en armes par Hitler.
Exilé par les Anglais, en juillet 1937, il continue son action à
Bagdad où l'accueille Nouri-Saïd.
En
1941, le Grand Mufti de Jérusalem épouse la cause des nazis et se réfugie
à Berlin auprès d'Hitler auquel il offre la collaboration d'une
brigade de Waffen SS arabes. Accompagné d'Eichmann, il visite les
chambres à gaz d'Auschwitz et encourage la solution finale à la
question juive.
Alors
que la persécution des Juifs fait rage en Allemagne, en Autriche et en
Tchécoslovaquie, les Arabes de Palestine continuent de se livrer à de
sauvages agressions contre les Juifs. Le 4 octobre 1938, 19 Juifs sont
brûlés ou poignardés à Tibériade. La synagogue est incendiée.
À
cela, l'Administration britannique répond par un nouveau Livre blanc,
le 17 mai 1939, qui limite pour cinq ans l'immigration juive.
Source
: Michel Riquet, L'équivoque palestinienne)
Population
palestinienne entre 1922 et 1945
Elle
avait plus que quintuplé. La majorité des terres marécageuses et
sablonneuses qui appartenaient aux Arabes avaient été achetées par
les immigrants juifs à des prix très élevés.
Après
la défaite des nazis en Europe en 1945
Le
retour en Palestine de certains chef arabes qui avaient résidé durant
la guerre en Allemagne fut néfaste aux Juifs. Ces nationaliste nazifiés
continuèrent d'attiser la haine antisémite.
Influence de la communauté juive
sur la population arabe de Palestine
Si
de 1919 à 1948 la population juive de Palestine s'est accrue de 483 000
personnes, la population arabe a elle aussi augmenté de 558 085
personnes. Mais la natalité n'est pas le seul facteur de cet
accroissement, alors que la mortalité infantile est de 150 pour mille
naissances.
Avant
1922, la population arabe était en baisse
C'est
seulement après 1922 que les Arabes commencèrent à affluer de Syrie,
d'Irak, du Liban, de Transjordanie et d'Égypte. On trouve encore
aujourd'hui, sur la rive Ouest, la preuve de ces immigrations. Ainsi
deux des familles les plus importantes de la région sont les clans
Djaabari et Masri. Or le nom de Djaabari est le nom d'un village d'Irak,
et Masri est le nom arabe d'Égypte.
En 1943, la population non juive de Palestine
avait augmenté de 75 %
Comme
le fait remarquer un rapport de l'UNRWA : après 1931, les emplois et,
d'une façon générale, le développement de l'industrie plus rapide en
Palestine que dans les pays arabes voisins, ont attiré de nombreux
ressortissants de ces pays, bien souvent sans que les autorités
britanniques aient enregistré leur entrée sur le territoire. C'est
ainsi qu'en 1922, la population de la Palestine sous mandat britannique
qui était de 752 048 personnes, passe au 31 décembre 1943 à : 502 912
Juifs, 131 281 Chrétiens et 394 522 Arabes, pour une population totale
de 1 676 571 personnes.
Pendant
cette même période, les Arabes bénéficient d'un libre accès en
Palestine mais l'immigration juive est limitée, puis interdite par les
Arabes et les Britanniques Les Juifs auraient pu constituer une majorité
en Palestine si on leur avait permis d'entrer, comme le prévoyait le
mandat accordé aux Britanniques par la défunte Société des Nations.
Il en fut autrement, et des millions de Juifs ne purent immigrer dans
leur patrie, la Palestine, et furent exterminés par les nazis. L'Holocauste
nazi empêcha qu'une majorité juive soit constituée en Palestine.
Les
conséquences bénéfiques de l'augmentation de la population juive en
Palestine
L'augmentation
de la population juive en Palestine est loin d'avoir d'entraîné un
appauvrissement du pays. Elle y apporta une richesse et une augmentation
de l'emploi telles que les Arabes des pays voisins y sont venus
travailler et s'y fixer.
C'est
ce que tenait à souligner, dans une déclaration à la BBC le 23 mai
1939, Lloyd George : « l'immigration juive a élevé le niveau de vie
des Arabes en Palestine. Leurs salaires ont triplés. Leur hygiène
s'est améliorée grâce aux institutions médicales et aux aménagements
sanitaires réalisés par les Juifs ».
En
de nombreuses régions, l'eau est abondamment fournie pour l'irrigation,
l'énergie électrique et les besoins domestiques. La malaria disparaît
grâce à l'assèchement des marais. Grâce à l'exemple juif également,
les méthodes primitives de culture se transforment petit à petit. Aucun
Arabe n'est exproprié de sa terre contre son gré. Les Juifs
achètent des marais infestés par la malaria, ainsi que des collines
pierreuses, en les payant à leurs propriétaires arabes à des prix
exorbitants. Ensuite, ils drainent ces marécages, irriguent les déserts,
les fertilisent et les ensemencent jusqu'à ce que la terre de Canaan, où
coulait jadis le lait et le miel, apparaisse à nouveau.
Résolution
181 de l'ONU, 31 août 1947
Le
31 août 1947, le Comité spécial de l'ONU pour la Palestine (UNSCOP)
recommanda la fin du mandat britannique et « le partage de la Palestine
en deux États indépendants, l'un arabe et l'autre juif, destinés à
être liés par une union économique avec un statut international pour
Jérusalem ». Les Juifs acceptent les recommandations de la résolution
181. Les Arabes de Palestine et les gouvernements de tous les États
arabes, refusent d'accepter les recommandations de la résolution 181,
et font savoir qu'ils s'opposeront par la force à l'application de ces
recommandations.
Position
de la Grande-Bretagne sur la résolution 181 de l'ONU
La
Grande-Bretagne déclare qu'elle n'appuierait pas l'application de la résolution
181 des Nations Unies et refuse l'entrée en Palestine à une autre
commission de l'ONU. Elle borne sa responsabilité au maintien
de la loi et de l'ordre jusqu'à la fin de son mandat. Les Britanniques
sont neutres en principe, mais en fait Bevin et le Foreign Office
soutiennent l'annexion par Amman de la partie arabe du plan de partage.
En
septembre 1947, rien n'est joué lorsque se réunit l'Assemblée générale
de l'ONU
Les
dix pays arabes et musulmans membres de l'ONU n'ont qu'à rallier neuf
autres pays pour éviter qu'une majorité des deux tiers n'entérine le
partage de la Palestine. Les délégués du Yshouv (terme qui désigne
l'ensemble des Juifs installés en Palestine entre 1882 et 1948) font
porter tous leurs efforts diplomatiques sur les pays d'Amérique du Sud.
En cela, ils sont puissamment aidés par les personnalités marquantes
suivantes:
.
Jorge Garcia Branados, guatémaltèque membre de l'UNSCOP,
. Ossvaldo Aranha, brésilien, président de l'Assemblée générale de
l'ONU,
. Harry S.Truman, président des États-Unis, qui joua un rôle décisif.
Le
29 novembre 1947, l'ONU adopte le plan de partage de la Palestine (Résolution
181)
Le
plan de partage est adopté par 33 voix pour, 13 contres et 10
abstentions.
On
voté pour : Australie, Belgique, Bolivie, Brésil, Biélorussie,
Canada, Costa Rica, Tchécoslovaquie, Danemark, République Dominicaine,
Équateur, France, Guatemala, Haïti, Islande, Liberia, Luxembourg |