ETAM : Ces lacs étaient autrefois reliées à la Mer Rouge. Ligne de remontée vers la Palestine. Peu-être certaines tribus l'ont-elles empruntées au sortir d'Egypte.

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Le Canon des Écritures

Pourquoi 66 Livres?

Pierre BLOND

(avec notes explicatives de BibleTexte en italiques et en caractères bleu)

 

I. GÉNÉRALITÉS

II. LE CANON DE L’ANCIEN TESTAMENT (ou de la Torah)

A. LE COURANT JUIF

B. LE COURANT CATHOLIQUE

C. LE COURANT PROTESTANT

III. LE CANON DU NOUVEAU TESTAMENT

A. LES LIVRES CANONIQUES

B. LES LIVRES APOCRYPHES

C. CONCLUSION

 


 

I. GÉNÉRALITÉS

Le mot français canon est dérivé du grec kanôn, traduction du terme sémite qanu et de l’hébreu qaneh signifiant à l'origine « roseau » ou « canne » (Ez 40.3) puis, par extension, « norme » ou « règle » (Gal 6.16). Plus tard, on parlera de « décret », de « mesure officielle », puis de « liste officielle ». Le canon des Écritures Saintes constitue donc la liste des livres reconnus dignes d’être incorporés à un recueil d’écrits inspirés de Dieu: la Bible.

 

Plusieurs facteurs ont guidé le choix des livres canoniques:

 

a) L’inspiration directe, pleine et entière de Dieu : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire… » (2 Tim 3.16). Ce verset prouve l’inerrance (état de ce qui est sans erreur) des écrits divinement inspirés: une quarantaine d’auteurs différents ont transmis une même et unique pensée divine pendant une période de rédaction particulièrement longue, plus de 15 siècles ! (A remarquer que le verbe «être» dans 2 Tim. 3.16 est au présent et non au passé. Observez aussi que l'apôtre Paul parle des écrits de l'Ancien Testament et que ceux-ci furent des copies car les autographes n'existaient plus depuis très longtemps.)

 

b) La prophétie inhérente et la conviction interne à l’Écriture elle-même: « Aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même; car la prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint. » (2 Pi 1.20-21). Remarquons, à cet égard, que le N.T. cite pratiquement chacun des 39 livres de l'A.T. (Remarquez aussi que les passages de 2 Pi. 1.20-21 ne parlent pas d'une inspiration des rédacteurs des autographes mais d'une attraction irrésistible du Saint Esprit pour accomplir le travail de rédaction.)

 

c) La puissance spirituelle propre au texte: elle octroie à ce dernier une autorité spontanée: « La parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles; et elle discerne les pensées et les intentions du cœur » (Héb 4.12). (Puisque la Parole de Dieu est vivante, elle le demeure encore de nos jours dans les versions actuelles de la Bible que nous avons entre nos mains, autrement elle n'aurait aucune puissance pour accomplir le miracle de la régénération ou nouvelle naissance en nous donnant aussi une foi vivante et non stagnante.)

 

d) La cohérence doctrinale et l’exactitude historique: ce qui est faux (comme les erreurs historiques du livre de Judith) et incohérent avec l’ensemble de la révélation divine (comme la prière des morts dans le livre de Baruch 3.4 et en 2 Maccabées 12.45) est irrémédiablement rejeté. (Ceci implique aussi de rejeter toutes spéculations ou conjectures sur la Bible, car elle est entièrement suffisante par elle-même pour nous donner tout de la révélation de Dieu par l'Esprit qui l'habite.)

 

e) L’authenticité d’un texte naturellement reconnue vis-à-vis de son auteur et/ou de son objet, tels les chrétiens de Bérée qui « reçurent la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les écritures (pour voir) si elles étaient ainsi» (Act 17.11). (Il importe donc de faire de même et de ne point mettre notre confiance en l'homme même s'il est un des plus grands serviteurs de Dieu. La Bible seule est l'autorité finale en toutes choses, et l'Esprit est le seul qui puisse nous révéler son authenticité et nous enseigner dans son contenu sacré.)

 

II. LE CANON DE L’ANCIEN TESTAMENT (ou de la Torah1)

 

A. LE COURANT JUIF

1. Le canon juif

Le canon juif a été établi progressivement, au fur et à mesure de la rédaction des livres inspirés. Lorsqu'un prophète écrivait un ouvrage, celui-ci était tout naturellement incorporé parmi les textes sacrés. Par exemple, le prophète Daniel considérait les écrits de Jérémie, son aîné de quelques décennies, comme faisant partie du canon biblique (Dan 9.2).

 

En l'an 70 ap. J.C., l'anéantissement de la révolte juive par le général romain Titus a été un désastre, tant sur le plan national (par la dispersion des Juifs dans l’Empire romain) que religieux (par la destruction du temple de l’Éternel à Jérusalem). Peu après, en 98, quelques rabbins, tous issus des milieux pharisiens, se retrouvèrent à Jamnia, bourgade proche de Jaffa, pour restructurer la religion juive et répondre à certaines questions relatives au canon. Ils fixèrent de manière définitive le canon des livres saints d'après le canon de Néhémie.

 

Cette publication officielle ne fit que confirmer un état de fait, puisque Flavius Josèphe (historien juif, 37-100) signalait déjà dans un de ses ouvrages (Contre Appion, 1.8) l’existence d’un ensemble de 22 rouleaux qui faisaient référence dans la religion juive. Jésus et les apôtres se sont d'ailleurs toujours référé à cet ensemble de 22 livres lorsqu'ils parlaient de l'Écriture (appelée parfois "loi" ou "loi et prophètes" ou encore "loi, prophètes et psaumes").

 

Pour les responsables religieux juifs de Jamnia, la période d’inspiration des textes sacrés a duré de Moïse (considéré comme le rédacteur des 5 premiers livres, la Torah) jusqu’à Artaxerxès (465-423). En effet, ils ont estimé que l’ère prophétique est révolue depuis Malachie (vers 420 avant J.-C.). Cette limite dans le temps permet d’éliminer systématiquement tous les écrits postérieurs à cette date, notamment le foisonnement des productions apocalyptiques qui risquaient de remplacer, par un illuminisme individualiste, le solide attachement aux écrits reconnus. (Ce fut dans cette période que fut rédigé la grande majorité des manuscrits de la mer morte par la secte des Esséniens, même que les spécialistes en la matière date la rédaction de la Septante mythique en ce même temps - voir section 4- B. 1.)

 

2. Livres retenus

Les 22 rouleaux « officialisés » (correspondant exactement aux 39 livres répertoriés dans les versions protestantes de la Bible mais dans un ordre différent) sont répartis en trois grandes divisions dont parle Jésus lui-même en Luc 24.44: « Il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes (ou autres écritures), fussent accomplies »

 

a) la Loi (la Torah) : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome
b)
les Prophètes (les Nebiim):

1. Premiers Prophètes : Josué, Juges, Samuel (1 et 2), Rois (1 et 2)
2. Prophètes Seconds : Esaïe, Jérémie, Ezéchiel + les Douze (petits prophètes)

c) les Écrits (les Ketoubim): Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique des Cantiques, Ecclésiaste, Lamentations, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie, Chroniques (1 et 2).

 

3. Livres refusés

Une quinzaine de livres, de chapitres et de fragments de textes ont été écartés.

a) Les sept livres figurant dans le canon catholique :

Tobie ou Tobit : curieuse épopée d’un père aveugle (Tobit) et de son fils (Tobie) conduits par un ange du territoire de Nephtali jusqu’à Ecbatane (en Médie), écrite vers 200 av. J.-C.
1 et 2 Maccabées: récits historiques ou légendaires exaltant les révoltes juives dirigées par les Maccabées contre les rois de Syrie (en premier lieu Antiochus Épiphane) entre 175 et 135 av. J.-C.
Judith: histoire d’une héroïne nationale juive s’introduisant dans le camp d’un général assyrien pour lui trancher la tête et assurer une délivrance inespérée au peuple juif, vers 150 av. J.-C.
Baruch: court livre de cinq chapitres attribués au secrétaire du prophète Jérémie poursuivant son message en 3 grands thèmes (confession des péchés d’Israël, éloge de la sagesse, chants sur la captivité et le retour).
Le Siracide (ou Ecclésiastique): enseignement d’un maître de sagesse dispensé à Jérusalem au IVème siècle av. J.-C. et ressemblant aux Proverbes de Salomon. Ce livre apocryphe est la source légendaire de la Septante mythique.
Le Livre de la Sagesse: traité de morale attribué à un certain Salomon vivant à Alexandrie au Ier siècle av. J.-C., qui désapprouve le scepticisme, le matérialisme et l’apostasie.

 

b) Divers ajouts également intégrés dans l'A.T. des Bibles catholiques :

Le Cantique des trois enfants saints (ou des trois jeunes gens, c’est-à-dire Schadrac, Meschac et Abed-Nego), généralement incorporé au chapitre 3 de Daniel.
L’histoire de Suzanne: chapitre 13 ajouté au livre de Daniel.
L’histoire de Bel et du Dragon: chapitre 14 ajouté au livre de Daniel.
Compléments à Esther  ajoutés pour introduire la mention officielle de Dieu dans ce livre.

 

c) D'autres livres ou fragments écartés également du canon catholique:

La prière de Manassé*2: œuvre lyrique de 15 versets, inspirée par 2 Chroniques 33.12-16, ajoutée généralement à 1 Esdras (cf. infra).
La lettre de Jérémie: message destiné aux captifs de Babylone et abusivement attribué à Jérémie.
1 Esdras : complément historique douteux des récits de captivité et du retour d’exil (adaptation de 2 Chroniques 35-36 ; Esdras 8 et Néhémie 8).
2 Esdras (ou Apocalypse d’Esdras)* : probablement un pseudépigraphe, écrit juif rédigé entre 150 av. J.-C. et 100 ap. .J.-C., abusivement attribué au scribe Esdras.
3 et 4 Maccabées: récits fantaisistes sur la période antérieure à celle des Macchabées.

 

4. Les raisons de leur refus

Une simple lecture et une étude rapide de ces écrits nous permettent de comprendre aisément pourquoi les autorités juives (et à leur suite, les responsables des églises protestantes, anglicane et même grecque orthodoxe, pour les mêmes raisons) ne leur ont jamais accordé le statut de livres canoniques:

 

a) le caractère réellement prophétique fait défaut;
b) la véritable autorité divine est passée sous silence;
c) aucune nouvelle révélation messianique n’est affirmée;
d) plusieurs erreurs doctrinales ou historiques sont présentées;
e) les destinataires présumés les ont eux-mêmes déconsidérés.

 

B. LE COURANT CATHOLIQUE

Pourquoi des livres présentant si peu d’intérêt ont-ils été introduits, puis maintenus dans les versions catholiques de la Bible? Qui est responsable d’une telle confusion et comment s’est-elle développée?

 

1. La Version des Septante

Entre le IIIème et le IIème siècle av. J.-C., selon une légende basée sur des textes frauduleux, les textes sacrés juifs ont été traduits pour la première fois en une langue étrangère, en grec en l’occurrence: il s’agit de la célèbre version des Septante. Selon la légende, le roi Ptolémée II (285-246) aurait réuni à Alexandrie (ville du nord de l’Égypte), 72 traducteurs (6 par tribu d’Israël) qui auraient réalisé leur travail en 72 jours (!). Certains spécialistes estiment que cette œuvre magistrale a probablement été réalisée sur un siècle. Elle était destinée aux Juifs de la dispersion qui éprouvaient quelques difficultés à utiliser leur littérature religieuse dans la langue originelle (l’hébreu). Mais la réalité des faits est toute autre. Il n'a jamais existé un Ancien Testament au complet de la Septante avant Jésus-Christ. Quoique des fouilles archéologiques ont mise à jour quelque fragments de la loi traduit en Grec, aucun manuscrit d'une Septante préchrétienne ne fut jamais découvert. Aucun érudit n'a jamais vu un seul verset en Grec de l'Ancien Testament écrit avant l'an 150 ad. En vue de ce fait, le concept généralement accepté par les réprouvés que la Septante fut l'Écriture utilisé par Christ et les premiers disciples n'a aucune fondation solide et ne peut se comparer avec la fidélité du Texte Massorétique Hébreu. La lettre d'Aristéas qui est la source de la légende sur la Septante est reconnue officiellement comme étant une forgerie. Les évidences indiquent que la Septante originale est une oeuvre qui date environ deux siècles après Jésus-Christ. La question devient donc: Qui l'a rédigé et pourquoi? Nous savons maintenant que la Septante date vers l'an 250 ad et qu'elle est l'oeuvre d'Origène d'Alexandrie, et qu'elle se trouve dans la cinquième colonne de son Hexaple ou Bible à six colonnes. Elle est l'origine du Codex Vaticanus et du Codex Sinaïticus qui firent partie des 50 Bibles oecuméniques rédigées par Eusèbe de Césarée sous l'ordre de l'empereur Constantin. Au niveau des spécialistes de la Critique Textuelle, le but d'une Septante préchrétienne est de renverser l'autorité du Texte Massorétique Hébreu afin de falsifier la Parole de Dieu.

 

Les textes qui ont été plus tard refusés par les rabbins juifs à Jamnia, ont ainsi été progressivement incorporés à cette version grecque et ont acquis peu à peu une certaine notoriété de par leur utilisation.

 

2. La Vulgate

A la fin du IVème siècle de notre ère, la nécessité d’une traduction latine de la Bible complète (A.T. + N.T.) s’est imposée pour les besoins de l’évangélisation du catholicisme de l’immense Empire romain. Jérôme (Père de l’Église latine, propagateur de l’idéal monastique, 347-419) réalisa cette tâche grandiose entre 390 et 405 à partir des originaux hébreux et grecs et de la version des Septante d'Origène d'Alexandrie sous l'ordre du pape Damasse I. Jérôme falsifia le texte de l'ancienne Vestus Itala traduite des textes originaux d'Antioche vers l'an 160, dans le but de la rende conforme avec les lectures du Codex Vaticanus, mais sa tentative d'altérer le texte au complet de l'ancienne version latine ne fut pas couronnée de succès. Ceci est la raison pour laquelle la Vulgate de Jérôme a maintenue plusieurs lectures des originaux comme le passage contesté des trois témoins célestes dans 1 Jean 5:7. C’est ainsi que l’A.T. de la version latine de la Bible s’est augmenté, par rapport à la Torah, de plusieurs écrits contestés par Jérôme lui-même. En effet, le célèbre traducteur, tout en les incluant dans son travail, les a présentés aux lecteurs comme suspects, tant par leur origine incertaine que par leur prétendue valeur doctrinale. Jérôme qualifiait ces écrits de « contes profanes » par rapport aux 39 « livres inspirés ».

 

Grâce au poids de l'église catholique romaine, cette version latine de la Bible a connu au cours des siècles une telle diffusion qu’on l’appellera la Vulgate (du terme latin vulgata, signifiant « répandue »). Mais cette définition est fausse car le terme Vulgata signifie simplement «vulgaire et commun», désignation qui fut dérobée à la Vestus Itala. Dès l'époque de Jérôme, Augustin (Père de l’Église latine, évêque d’Hippone, 354-430) s’opposa ouvertement aux conceptions du traducteur et reconnut aux livres « ajoutés » une grande valeur due, selon lui, à «l’inspiration de la version des Septante». Augustin fit d’ailleurs prévaloir son opinion au concile de Carthage en 397. Affirmation gratuite car Augustin, quoiqu'il aurait pu supporter les livres ajoutés, n'a jamais reconnu l'inspiration de la Septante et en plus il déclara lui-même que la Vestus Itala, traduite vers l'an 160 fut la plus fidèle et la meilleure des traductions.

 

3. La confusion

Le doute est désormais semé et la confusion ira en s’amplifiant au cours du Moyen Age. D’une part, la Vulgate se répand très largement; d’autre part, la mise en garde de Jérôme tombe en désuétude au profit de la pensée augustinienne.

 

A la suite de la réforme protestante du XVIème siècle, l’Église catholique profita du concile de Trente (1546-1563) pour organiser sa contre-réforme et consacrer la Vulgate comme version officielle de l’Église. Ainsi, les livres « ajoutés » dans l’A.T. devinrent « deutérocanoniques », ce qui leur confère une certaine autorité dans le canon catholique.

 

Toutefois, cette décision était guidée par le contexte théologique de l'époque: les autorités catholiques puisaient dans ces livres deutérocanoniques des arguments légitimant les indulgences, les œuvres, le purgatoire, les prières pour les morts, l’invocation des saints, le sacerdoce et le célibat des prêtres, etc. — tous ces points étant vigoureusement combattus par les protestants, au premier rang desquels Luther.

 

C. LE COURANT PROTESTANT

1. Le constat

La position de tous les Réformateurs sur le canon de l'A.T. (et à leur suite, de tous les mouvements religieux issus de la Réforme) a été unanime, claire et précise: une confiance absolue au canon connu et approuvé par Jésus et les apôtres, canon confirmé ultérieurement par les spécialistes juifs qui avaient statué en la matière à la fin du Ier siècle de notre ère - (d’autant plus qu’il s’agissait d’écrits touchant à leur propre histoire, leur législation, leur culture et leur religion).

 

Les églises protestantes ont donc repris purement et simplement le canon de l’A.T. déjà constitué, sans rien y ajouter et sans rien en retrancher, selon la recommandation d’Exode 12.32 : « Toutes les paroles que je vous commande, vous prendrez garde de les pratiquer. Tu n’y ajouteras rien, tu n’en retrancheras rien ». Cette exhortation est d’ailleurs répétée en Apocalypse 22.18-19, accompagnée de sentences punitives.

 

En agissant de la sorte, les Réformateurs ne faisaient qu’appliquer une de leurs revendications essentielles: «Sola Scriptura !» Seule, en effet, l’Écriture Sainte, divinement inspirée et unanimement acceptée comme telle, détient toute autorité utile et nécessaire dans le domaine de la foi.

 

2. La classification

La seule modification apportée par les protestants concerne le classement des 39 livres selon leur genre littéraire:

 

a) Livres législatifs: Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome.
b) Livres historiques: Josué, Juges, Ruth, Samuel (1 et 2), Rois (1 et 2), Chroniques (1 et 2), Esdras, Néhémie, Esther.
c) Livres sapientiaux: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste, Cantique des Cantiques.
d) Livres prophétiques: Ésaïe, Jérémie, Lamentations, Ézéchiel, Daniel, 12 petits prophètes.

 

3. Conclusion

La raison principale du rejet des apocryphes par les protestants vient de leur absence visible de toute inspiration divine, comme le confesse d’ailleurs l’auteur inconnu de 2 Macchabées: « Si la composition (de cet ouvrage) est bonne et réussie, c’est aussi ce que j’ai voulu; si elle a peu de valeur et ne dépasse guère la médiocrité, c’est tout ce que j’ai pu faire » (2 Macc 15.38).

 

III. LE CANON DU NOUVEAU TESTAMENT

 

A. LES LIVRES CANONIQUES

1. Le choix

Le foisonnement des écrits religieux entre les années 50 et 150 de l’ère chrétienne a obligé les Pères de l’Église (pères de quelle Église?) à établir un choix rigoureux. Un des critères essentiels pris en considération a été leur caractère « apostolique ». En effet, l’apôtre a, dans l’histoire de l’Église, une fonction unique qui ne se répète pas: il est témoin oculaire et auditif de l’événement « Jésus ». Par conséquent, seuls les écrits ayant pour auteur un apôtre - ou un de ses disciples directs (Marc interprète de Pierre et Luc interprète de Paul) ou un frère du Seigneur (Jacques et Jude) sont censés garantir la pureté du témoignage chrétien. Le canon du N.T. s'est donc formé par élimination.

 

2. L’évolution

a) Liste de Marcion

Le plus ancien recueil d’écrits néo-testamentaires connu aujourd'hui est l’œuvre d’un certain Marcion, vers 150, qui a été condamné comme hérétique, car il rejetait d’office tout ce qui était en relation étroite avec l’A.T. Selon sa théorie, les seuls auteurs légitimes étaient Paul (apôtre des nations) et Luc (disciple de Paul). Son canon ne renferme donc que le seul évangile selon Luc et dix épîtres de Paul.

 

b) Canon de Muratori

La seconde liste bien établie que nous possédons, date de la seconde moitié du IIème siècle. Elle a été mise à jour par le bibliothécaire Muratori († 1750) à la Bibliothèque ambrosienne de Milan. Cette liste (probablement établie en réaction contre celle de Marcion) reconnaît comme canoniques les 4 évangiles, les Actes, 13 épîtres pauliniennes, Jude, 1 et 2 Jean, l’Apocalypse de Jean et celle de Pierre (avec une certaine réserve, il est vrai). Par après l'Apocalypse de Pierre disparu du Canon et fut mit au rang des apocryphes du Nouveau Testament avec l'épître de Barnabas et plusieurs autres.

 

c) Table d’Origène

Vers 230, Origène (Père de l’Église grecque, exégète et théologien, 185-254) publia en Égypte une liste complète des livres canoniques qui fit petit à petit autorité dans le monde chrétien.

 

3. La décision

Finalement, 27 ouvrages ont été déclarés canoniques. Deux critères les recommandent:

 

– ils ont tous été reconnus écrits au cours de la 2nde moitié du Ier siècle (critère d’ancienneté);
– ils émanent des apôtres eux-mêmes ou de leurs disciples directs (critère d’authenticité).

 

Toutefois, il a fallu patienter jusqu’à la fin du IVème siècle pour que ce canon soit accepté par toutes les composantes du monde chrétien: en Orient, Athanase, évêque d’Alexandrie, inclut les 27 livres dans sa lettre pastorale de Pâques de l’an 367 et en Occident, c’est vers l’an 400 que Jérôme et Augustin officialisèrent ces mêmes 27 livres. La décision finale fut prise à la suite de plusieurs rencontres ecclésiastiques importantes: synode de Rome (382), concile d’Hippone (393) et les deux conciles de Carthage (397 et 419). (L'auteur de ce texte suit la pensée générale sur la décision officielle du Canon, mais cette pensée est fautive, jamais aucun Concile n'a établit officiellement le Canon du Nouveau Testament, sa reconnaissance se fit graduellement sous la tutelle du Saint Esprit. Les conciles ne purent que reconnaître un Canon déjà pré-établis par son usage commun parmi les fidèles de l'époque.)

 

4. Les réticences

Sept livres apostoliques ont été discutés, voire même contestés par certains, avant de voir leur « canonicité » reconnue unanimement:

 

Hébreux: à cause de l’anonymat de son auteur dans certains manuscrits adultérés. La famille des manuscrits Byzantin attribue Hébreux à Timothée qui l'a rédigé en Italie du Nord;
Jacques: à cause de son insistance sur les œuvres (Luther la qualifiera d’ « épître de paille »);
2 Pierre: à cause d’une différence de style trop marquée par rapport à la 1ère épître de Pierre;
2 et 3 Jean: à cause de l’ambiguïté des termes « l’ancien », « la dame élue », « la sœur élue » (2 Jean 1,13), et des termes « l’ancien » et « Gaïus » de 3 Jean 1;
Jude: à cause de certaines références à des livres apocryphes comme le livre d'Énoch et l'Assomption de Moïse;
Apocalypse: à cause de son caractère visionnaire3.

 

B. LES LIVRES APOCRYPHES

Les livres apocryphes du N.T. n'occasionnent pas les mêmes débats que ceux de l’A.T. car tous les chrétiens (catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans) se sont conformés au choix historique de leurs prédécesseurs à la fin du IVème siècle. Au cours des siècles, les Églises chrétiennes (toutes tendances confondues) n’ont jamais essayé d’adjoindre de la littérature apocryphe au canon constitué, estimant que, par les 27 livres désignés, la révélation de Dieu au monde par Jésus-Christ est suffisante, complète et parfaite.

 

Même si les livres apocryphes, tous postérieurs au 1er siècle, ont été refusés par manque d'inspiration divine et de profondeur spirituelle, ils n'en constituent pas moins une source de renseignements intéressants concernant le développement de la doctrine, d'hérésies et de la liturgie de l'Église primitive.

 

Comme pour les livres canoniques, tous les genres littéraires sont représentés4:

 

a) évangiles: l’évangile selon les Hébreux et l’évangile de Thomas; ils sont censés fournir des détails sur deux périodes de la vie de Jésus occultées dans le N.T.: l’enfance et l’adolescence de Jésus et les 40 jours du Ressuscité avant l’Ascension;
b) actes: les actes de Paul et de Thécla (vers 170);
c) épîtres: les sept épîtres d’Ignace (vers 110); l’épître de Polycarpe aux Philippiens (vers 115); l’épître de Clément aux Corinthiens (vers 100); l’épître de Barnabas (entre 70 et 135); l’ancienne homélie aussi nommée seconde épître de Clément (entre 120 et 140); la Didachè des douze apôtres (enseignement des 12 apôtres, entre 100 et 120); le Berger d’Hermas (allégorie écrite entre 115 et 145); l’épître aux Laodicéens (IVème s.)
d) apocalypse: l’apocalypse de Pierre (vers 150).

 

C. CONCLUSION

N’est-il pas merveilleux de considérer que tous les chrétiens ont à leur entière disposition exactement les mêmes textes néo-testamentaires qui, faveur supplémentaire, sont placés dans le même ordre ?

 

a) Livres historiques: Evangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, Actes des Apôtres
b) Livres doctrinaux: Epîtres de Paul aux Romains, Corinthiens (1 et 2), Galates, Éphésiens Philippiens, Colossiens, Thessaloniciens (1 et 2), Timothée (1 et 2), Tite et Philémon, Epître aux Hébreux, Epîtres de Jacques, Pierre (1 et 2), Jean (1,2 et 3) et Jude
c) Livre prophétique: Apocalypse de Jean

 

Au fil du temps, ces 27 livres, qui constituent finalement le canon du N.T., se sont imposés d’eux-mêmes grâce à une triple action:

 

1) leur inspiration divine intrinsèque,
2) le caractère unique et concordant de leur contenu
3) la personnalité de leurs auteurs, tous proches de Jésus-Christ.

 

En soi, nous pouvons y discerner un véritable miracle de Dieu: c’est Sa Parole qui est intemporelle et universelle et qui se maintient « incorruptible, vivante et permanente » (1 Pierre 1.23). En fait, « la Parole de notre Dieu demeure à toujours. » (Esaïe 40.8). « Or c’est cette parole qui vous a été annoncée » (1 Pierre 1.25).

 


 

1 En regroupant certains petits livres (par exemple les 12 "petits prophètes" réunis dans un seul volume), le canon des écritures juives (appelé par extension "Torah") comporte, par analogie au nombre de lettres de l'alphabet hébreu, 22 rouleaux pour un total effectif de 39 livres.
2 Les livres marqués par une astérisque son également absents de la version des Septante.
3 Ce livre a été l'un des premiers dont l'autorité divine ait été attestée; paradoxalement, il sera le dernier à être incorporé au Canon après diverses hésitations.
4 Il est possible de se procurer chacun de ces ouvrages dans des librairies spécialisées.

SOURCE: http://www.promesses.org/arts/143p12-19f.html

 

 

 

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