Le mot français canon est dérivé du grec
kanôn, traduction du terme sémite qanu et de l’hébreu qaneh signifiant
à l'origine « roseau » ou « canne » (Ez 40.3) puis, par extension, «
norme » ou « règle » (Gal 6.16). Plus tard, on parlera de « décret »,
de « mesure officielle », puis de « liste officielle ». Le canon des
Écritures Saintes constitue donc la liste des livres reconnus dignes
d’être incorporés à un recueil d’écrits inspirés de Dieu: la Bible.
Plusieurs facteurs ont guidé le choix des
livres canoniques:
a) L’inspiration directe,
pleine et entière de Dieu : « Toute
écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour
convaincre, pour corriger, pour instruire… » (2 Tim 3.16). Ce verset
prouve l’inerrance (état de ce qui est sans erreur) des écrits
divinement inspirés: une quarantaine d’auteurs différents ont
transmis une même et unique pensée divine pendant une période de
rédaction particulièrement longue, plus de 15 siècles !
(A remarquer que le verbe «être» dans 2 Tim. 3.16 est au présent et
non au passé. Observez aussi que l'apôtre Paul parle des écrits de
l'Ancien Testament et que ceux-ci furent des copies car les
autographes n'existaient plus depuis très longtemps.)
b) La prophétie inhérente et
la conviction interne à l’Écriture elle-même:
« Aucune prophétie de l’écriture ne s’interprète elle-même; car la
prophétie n’est jamais venue par la volonté de l’homme, mais de saints
hommes de Dieu ont parlé, étant poussés par l’Esprit Saint. » (2 Pi
1.20-21). Remarquons, à cet égard, que le N.T. cite pratiquement
chacun des 39 livres de l'A.T. (Remarquez
aussi que les passages de 2 Pi. 1.20-21 ne parlent pas d'une
inspiration des rédacteurs des autographes mais d'une attraction
irrésistible du Saint Esprit pour accomplir le travail de rédaction.)
c) La puissance spirituelle
propre au texte: elle octroie à ce dernier une autorité spontanée:
« La parole de Dieu est vivante et opérante, et plus pénétrante
qu’aucune épée à deux tranchants, et atteignant jusqu’à la division de
l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles; et elle discerne
les pensées et les intentions du cœur » (Héb 4.12).
(Puisque la Parole de Dieu est vivante, elle le demeure encore de nos
jours dans les versions actuelles de la Bible que nous avons entre nos
mains, autrement elle n'aurait aucune puissance pour accomplir le
miracle de la régénération ou nouvelle naissance en nous donnant aussi
une foi vivante et non stagnante.)
d) La cohérence doctrinale
et l’exactitude historique: ce qui est
faux (comme les erreurs historiques du livre de Judith) et incohérent
avec l’ensemble de la révélation divine (comme la prière des morts
dans le livre de Baruch 3.4 et en 2 Maccabées 12.45) est
irrémédiablement rejeté. (Ceci implique aussi
de rejeter toutes spéculations ou conjectures sur la Bible, car elle
est entièrement suffisante par elle-même pour nous donner tout de la
révélation de Dieu par l'Esprit qui l'habite.)
e) L’authenticité d’un texte
naturellement reconnue vis-à-vis de son
auteur et/ou de son objet, tels les chrétiens de Bérée qui « reçurent
la parole avec toute bonne volonté, examinant chaque jour les
écritures (pour voir) si elles étaient ainsi» (Act 17.11).
(Il importe donc de faire de même et de ne point mettre notre
confiance en l'homme même s'il est un des plus grands serviteurs de
Dieu. La Bible seule est l'autorité finale en toutes choses, et
l'Esprit est le seul qui puisse nous révéler son authenticité et nous
enseigner dans son contenu sacré.)
Le canon juif a été établi
progressivement, au fur et à mesure de la rédaction des livres
inspirés. Lorsqu'un prophète écrivait un ouvrage, celui-ci était tout
naturellement incorporé parmi les textes sacrés. Par exemple, le
prophète Daniel considérait les écrits de Jérémie, son aîné de
quelques décennies, comme faisant partie du canon biblique (Dan 9.2).
En l'an 70 ap. J.C., l'anéantissement de
la révolte juive par le général romain Titus a été un désastre, tant
sur le plan national (par la dispersion des Juifs dans l’Empire
romain) que religieux (par la destruction du temple de
l’Éternel à Jérusalem). Peu après, en 98, quelques rabbins, tous issus
des milieux pharisiens,se retrouvèrent à Jamnia, bourgade proche de
Jaffa, pour restructurer la religion juive et répondre à certaines
questions relatives au canon. Ils fixèrent de manière définitive le
canon des livres saints d'après le canon de
Néhémie.
Cette publication officielle ne fit que
confirmer un état de fait, puisque Flavius Josèphe (historien juif,
37-100) signalait déjà dans un de ses ouvrages (Contre Appion,
1.8) l’existence d’un ensemble de 22 rouleaux qui faisaient référence
dans la religion juive. Jésus et les apôtres se sont d'ailleurs
toujours référé à cet ensemble de 22 livres lorsqu'ils parlaient de l'Écriture
(appelée parfois "loi" ou "loi et prophètes" ou encore "loi, prophètes
et psaumes").
Pour les responsables religieux juifs de
Jamnia, la période d’inspiration des textes sacrés a duré de Moïse
(considéré comme le rédacteur des 5 premiers livres, la Torah) jusqu’à
Artaxerxès (465-423). En effet, ils ont estimé que l’ère prophétique
est révolue depuis Malachie (vers 420 avant J.-C.). Cette limite
dans le temps permet d’éliminer systématiquement tous les écrits
postérieurs à cette date, notamment le foisonnement des
productions apocalyptiques qui risquaient de remplacer, par un
illuminisme individualiste, le solide attachement aux écrits reconnus.
(Ce fut dans cette période que fut rédigé la
grande majorité des manuscrits de la mer morte par la secte des
Esséniens, même que les spécialistes en la matière date la rédaction
de la Septante mythique en ce même temps - voir section 4- B. 1.)
2. Livres retenus
Les 22 rouleaux « officialisés »
(correspondant exactement aux 39 livres répertoriés dans les versions
protestantes de la Bible mais dans un ordre différent) sont répartis
en trois grandes divisions dont parle Jésus lui-même en Luc 24.44: «
Il fallait que toutes les choses qui sont écrites de moi dans la loi
de Moïse, et dans les prophètes, et dans les psaumes (ou autres
écritures), fussent accomplies »
a) la Loi (la Torah) :
Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome
b) les Prophètes (les Nebiim):
1. Premiers Prophètes : Josué, Juges,
Samuel (1 et 2), Rois (1 et 2)
2. Prophètes Seconds : Esaïe, Jérémie, Ezéchiel + les Douze (petits
prophètes)
c) les Écrits (les Ketoubim):
Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique des Cantiques, Ecclésiaste,
Lamentations, Esther, Daniel, Esdras, Néhémie, Chroniques (1 et 2).
3. Livres refusés
Une quinzaine de livres, de chapitres et
de fragments de textes ont été écartés.
a) Les sept livres figurant dans le canon
catholique :
– Tobie ou Tobit : curieuse
épopée d’un père aveugle (Tobit) et de son fils (Tobie) conduits par
un ange du territoire de Nephtali jusqu’à Ecbatane (en Médie), écrite
vers 200 av. J.-C. – 1 et 2 Maccabées: récits historiques ou légendaires
exaltant les révoltes juives dirigées par les Maccabées contre les
rois de Syrie (en premier lieu Antiochus Épiphane) entre 175 et 135
av. J.-C. – Judith: histoire d’une héroïne nationale juive
s’introduisant dans le camp d’un général assyrien pour lui trancher la
tête et assurer une délivrance inespérée au peuple juif, vers 150 av.
J.-C. – Baruch:court livre de cinq chapitres attribués au
secrétaire du prophète Jérémie poursuivant son message en 3 grands
thèmes (confession des péchés d’Israël, éloge de la sagesse, chants
sur la captivité et le retour). – Le Siracide (ou Ecclésiastique): enseignement d’un maître
de sagesse dispensé à Jérusalem au IVème siècle av. J.-C. et
ressemblant aux Proverbes de Salomon. Ce
livre apocryphe est la source légendaire de la Septante mythique. – Le Livre de la Sagesse: traité de morale attribué à un
certain Salomon vivant à Alexandrie au Ier siècle av. J.-C., qui
désapprouve le scepticisme, le matérialisme et l’apostasie.
b) Divers ajouts également intégrés dans
l'A.T. des Bibles catholiques :
– Le Cantique des trois enfants saints
(ou des trois jeunes gens, c’est-à-dire Schadrac, Meschac et Abed-Nego),
généralement incorporé au chapitre 3 de Daniel. – L’histoire de Suzanne: chapitre 13 ajouté au livre de
Daniel. – L’histoire de Bel et du Dragon: chapitre 14 ajouté au
livre de Daniel. – Compléments à Esther ajoutés pour introduire la mention
officielle de Dieu dans ce livre.
c) D'autres livres ou fragments écartés
également du canon catholique:
– La prière de Manassé*2:
œuvre lyrique de 15 versets, inspirée par 2 Chroniques 33.12-16,
ajoutée généralement à 1 Esdras (cf. infra). – La lettre de Jérémie: message destiné aux captifs de
Babylone et abusivement attribué à Jérémie.
– 1 Esdras : complément historique douteux des récits de
captivité et du retour d’exil (adaptation de 2 Chroniques 35-36 ;
Esdras 8 et Néhémie 8). – 2 Esdras (ou Apocalypse d’Esdras)* : probablement un
pseudépigraphe, écrit juif rédigé entre 150 av. J.-C. et 100 ap.
.J.-C., abusivement attribué au scribe Esdras. – 3 et 4 Maccabées: récits fantaisistes sur la période
antérieure à celle des Macchabées.
4. Les raisons de leur refus
Une simple lecture et une étude rapide de
ces écrits nous permettent de comprendre aisément pourquoi les
autorités juives (et à leur suite, les responsables des églises
protestantes, anglicane et même grecque orthodoxe, pour les mêmes
raisons) ne leur ont jamais accordé le statut de livres canoniques:
a) le caractère réellement prophétique
fait défaut;
b) la véritable autorité divine est passée sous silence;
c) aucune nouvelle révélation messianique n’est affirmée;
d) plusieurs erreurs doctrinales ou historiques sont présentées;
e) les destinataires présumés les ont eux-mêmes déconsidérés.
Pourquoi des livres présentant si peu
d’intérêt ont-ils été introduits, puis maintenus dans les versions
catholiques de la Bible? Qui est responsable d’une telle confusion et
comment s’est-elle développée?
1. La Version des Septante
Entre le IIIème et le IIème siècle av.
J.-C., selon une légende basée sur des textes
frauduleux, les textes sacrés juifs ont été traduits pour la première fois
en une langue étrangère, en grec en l’occurrence: il s’agit de la
célèbre version des Septante. Selon la légende, le roi Ptolémée II
(285-246) aurait réuni à Alexandrie (ville du nord de l’Égypte), 72
traducteurs (6 par tribu d’Israël) qui auraient réalisé leur travail
en 72 jours (!). Certains spécialistes estiment que cette
œuvre magistrale a probablement été réalisée sur un siècle. Elle était
destinée aux Juifs de la dispersion qui éprouvaient quelques
difficultés à utiliser leur littérature religieuse dans la langue
originelle (l’hébreu). Mais la réalité des
faits est toute autre. Il n'a jamais existé un Ancien Testament au
complet de la Septante avant Jésus-Christ. Quoique des fouilles
archéologiques ont mise à jour quelque fragments de la loi traduit en
Grec, aucun manuscrit d'une Septante préchrétienne ne fut jamais
découvert. Aucun érudit n'a jamais vu un seul verset en Grec de
l'Ancien Testament écrit avant l'an 150 ad. En vue de ce fait, le
concept généralement accepté par les réprouvés que la Septante fut
l'Écriture utilisé par Christ et les premiers disciples n'a aucune
fondation solide et ne peut se comparer avec la fidélité du Texte
Massorétique Hébreu. La lettre d'Aristéas qui est la source de la
légende sur la Septante est reconnue officiellement comme étant une
forgerie. Les évidences indiquent que la Septante originale est une
oeuvre qui date environ deux siècles après Jésus-Christ. La question
devient donc: Qui l'a rédigé et pourquoi? Nous savons maintenant que
la Septante date vers l'an 250 ad et qu'elle est l'oeuvre d'Origène
d'Alexandrie, et qu'elle se trouve dans la cinquième colonne de son
Hexaple ou Bible à six colonnes. Elle est l'origine du Codex Vaticanus
et du Codex Sinaïticus qui firent partie des 50 Bibles oecuméniques
rédigées par Eusèbe de Césarée sous l'ordre de l'empereur Constantin.
Au niveau des spécialistes de la Critique Textuelle, le but d'une
Septante préchrétienne est de renverser l'autorité du Texte
Massorétique Hébreu afin de falsifier la Parole de Dieu.
Les textes qui ont été plus tard refusés
par les rabbins juifs à Jamnia, ont ainsi été progressivement
incorporés à cette version grecque et ont acquis peu à peu une
certaine notoriété de par leur utilisation.
2. La Vulgate
A la fin du IVème siècle de notre ère, la
nécessité d’une traduction latine de la Bible complète (A.T. + N.T.)
s’est imposée pour les besoins de l’évangélisation
du catholicisme de l’immense Empire
romain. Jérôme (Père de l’Église latine, propagateur de l’idéal
monastique, 347-419) réalisa cette tâche grandiose entre 390 et 405 à
partir des originaux hébreux et grecs et de la version des Septante
d'Origène d'Alexandrie sous l'ordre du pape
Damasse I.
Jérôme falsifia le texte de l'ancienne Vestus Itala
traduite des textes originaux d'Antioche vers l'an 160,
dans le but de la rende conforme avec les lectures du Codex Vaticanus,
mais sa tentative d'altérer le texte au complet de l'ancienne version
latine ne fut pas couronnée de succès. Ceci est la raison pour
laquelle la Vulgate de Jérôme a maintenue plusieurs lectures des
originaux comme le passage contesté des trois témoins célestes dans 1
Jean 5:7. C’est ainsi que l’A.T. de la version latine de la Bible s’est
augmenté, par rapport à la Torah, de plusieurs écrits contestés par
Jérôme lui-même. En effet, le célèbre traducteur, tout en les incluant
dans son travail, les a présentés aux lecteurs comme suspects, tant
par leur origine incertaine que par leur prétendue valeur doctrinale.
Jérôme qualifiait ces écrits de « contes profanes » par rapport
aux 39 « livres inspirés ».
Grâce au poids de l'église catholique
romaine, cette version latine de la Bible a connu au cours des siècles
une telle diffusion qu’on l’appellera la Vulgate (du terme latin
vulgata, signifiant « répandue »). Mais
cette définition est fausse car le terme Vulgata signifie simplement
«vulgaire et commun», désignation qui fut dérobée à la Vestus Itala. Dès l'époque de Jérôme, Augustin
(Père de l’Église latine, évêque d’Hippone, 354-430) s’opposa
ouvertement aux conceptions du traducteur et reconnut aux livres «
ajoutés » une grande valeur due, selon lui, à «l’inspiration de la
version des Septante». Augustin fit d’ailleurs prévaloir son opinion
au concile de Carthage en 397. Affirmation
gratuite car Augustin, quoiqu'il aurait pu supporter les livres ajoutés, n'a jamais reconnu l'inspiration
de la Septante et en plus il déclara lui-même que la Vestus Itala,
traduite vers l'an 160 fut la plus fidèle et la meilleure des
traductions.
3. La confusion
Le doute est désormais semé et la
confusion ira en s’amplifiant au cours du Moyen Age. D’une part, la
Vulgate se répand très largement; d’autre part, la mise en garde de
Jérôme tombe en désuétude au profit de la pensée augustinienne.
A la suite de la réforme protestante du
XVIème siècle, l’Église catholique profita du concile de Trente
(1546-1563) pour organiser sa contre-réforme et consacrer la Vulgate
comme version officielle de l’Église. Ainsi, les livres « ajoutés »
dans l’A.T. devinrent « deutérocanoniques », ce qui leur confère une
certaine autorité dans le canon catholique.
Toutefois, cette décision était guidée par
le contexte théologique de l'époque: les autorités catholiques
puisaient dans ces livres deutérocanoniques des arguments légitimant
les indulgences, les œuvres, le purgatoire, les prières pour les
morts, l’invocation des saints, le sacerdoce et le célibat des
prêtres, etc. — tous ces points étant vigoureusement combattus par les
protestants, au premier rang desquels Luther.
La position de tous les Réformateurs sur
le canon de l'A.T. (et à leur suite, de tous les mouvements religieux
issus de la Réforme) a été unanime, claire et précise: une confiance
absolue au canon connu et approuvé par Jésus et les apôtres, canon
confirmé ultérieurement par les spécialistes juifs qui avaient statué
en la matière à la fin du Ier siècle de notre ère - (d’autant plus
qu’il s’agissait d’écrits touchant à leur propre histoire, leur
législation, leur culture et leur religion).
Les églises protestantes ont donc repris
purement et simplement le canon de l’A.T. déjà constitué, sans rien y
ajouter et sans rien en retrancher, selon la recommandation d’Exode
12.32 : « Toutes les paroles que je vous commande, vous prendrez garde
de les pratiquer. Tu n’y ajouteras rien, tu n’en retrancheras rien ».
Cette exhortation est d’ailleurs répétée en Apocalypse 22.18-19,
accompagnée de sentences punitives.
En agissant de la sorte, les Réformateurs
ne faisaient qu’appliquer une de leurs revendications essentielles:
«Sola Scriptura !» Seule, en effet, l’Écriture Sainte,
divinement inspirée et unanimement acceptée comme telle, détient toute
autorité utile et nécessaire dans le domaine de la foi.
2. La classification
La seule modification apportée par les
protestants concerne le classement des 39 livres selon leur genre
littéraire:
a) Livres législatifs:Genèse,
Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome. b) Livres historiques: Josué, Juges, Ruth, Samuel (1 et 2),
Rois (1 et 2), Chroniques (1 et 2), Esdras, Néhémie, Esther. c) Livres sapientiaux: Job, Psaumes, Proverbes, Ecclésiaste,
Cantique des Cantiques. d) Livres prophétiques: Ésaïe, Jérémie, Lamentations,
Ézéchiel, Daniel, 12 petits prophètes.
3. Conclusion
La raison principale du rejet des
apocryphes par les protestants vient de leur absence visible de toute
inspiration divine, comme le confesse d’ailleurs l’auteur inconnu de 2
Macchabées: « Si la composition (de cet ouvrage) est bonne et
réussie, c’est aussi ce que j’ai voulu; si elle a
peu de valeur et ne dépasse guère la médiocrité, c’est tout ce que
j’ai pu faire » (2 Macc 15.38).
Le foisonnement des écrits religieux entre
les années 50 et 150 de l’ère chrétienne a obligé les Pères de l’Église
(pères de quelle Église?) à établir un choix rigoureux. Un des critères essentiels pris en
considération a été leur caractère « apostolique ». En effet, l’apôtre
a, dans l’histoire de l’Église, une fonction unique qui ne se répète
pas: il est témoin oculaire et auditif de l’événement « Jésus ». Par
conséquent, seuls les écrits ayant pour auteur un apôtre - ou un de
ses disciples directs (Marc interprète de Pierre et Luc interprète de
Paul) ou un frère du Seigneur (Jacques et Jude) sont censés garantir
la pureté du témoignage chrétien. Le canon du N.T. s'est donc formé
par élimination.
2. L’évolution
a) Liste de Marcion
Le plus ancien recueil d’écrits
néo-testamentaires connu aujourd'hui est l’œuvre d’un certain Marcion,
vers 150, qui a été condamné comme hérétique, car il rejetait d’office
tout ce qui était en relation étroite avec l’A.T. Selon sa théorie,
les seuls auteurs légitimes étaient Paul (apôtre des nations) et Luc
(disciple de Paul). Son canon ne renferme donc que le seul évangile
selon Luc et dix épîtres de Paul.
b) Canon de Muratori
La seconde liste bien établie que nous
possédons, date de la seconde moitié du IIème siècle. Elle a été mise
à jour par le bibliothécaire Muratori († 1750) à la Bibliothèque
ambrosienne de Milan. Cette liste (probablement établie en réaction
contre celle de Marcion) reconnaît comme canoniques les 4 évangiles,
les Actes, 13 épîtres pauliniennes, Jude, 1 et 2 Jean, l’Apocalypse de
Jean et celle de Pierre (avec une certaine réserve, il est vrai).
Par après l'Apocalypse de Pierre disparu du
Canon et fut mit au rang des apocryphes du Nouveau Testament avec
l'épître de Barnabas et plusieurs autres.
c) Table d’Origène
Vers 230, Origène (Père de l’Église
grecque, exégète et théologien, 185-254) publia en Égypte une liste
complète des livres canoniques qui fit petit à petit autorité dans le
monde chrétien.
3. La décision
Finalement, 27 ouvrages ont été déclarés
canoniques. Deux critères les recommandent:
– ils ont tous été reconnus écrits au
cours de la 2nde moitié du Ier siècle (critère d’ancienneté);
– ils émanent des apôtres eux-mêmes ou de leurs disciples directs
(critère d’authenticité).
Toutefois, il a fallu patienter jusqu’à la
fin du IVème siècle pour que ce canon soit accepté par toutes les
composantes du monde chrétien: en Orient, Athanase, évêque
d’Alexandrie, inclut les 27 livres dans sa lettre pastorale de Pâques
de l’an 367 et en Occident, c’est vers l’an 400 que Jérôme et Augustin
officialisèrent ces mêmes 27 livres. La décision finale fut prise à la
suite de plusieurs rencontres ecclésiastiques importantes: synode de
Rome (382), concile d’Hippone (393) et les deux conciles de Carthage
(397 et 419). (L'auteur de ce texte suit la
pensée générale sur la décision officielle du Canon, mais cette pensée
est fautive, jamais aucun Concile n'a établit officiellement le Canon
du Nouveau Testament, sa reconnaissance se fit graduellement sous la
tutelle du Saint Esprit. Les conciles ne purent que reconnaître un
Canon déjà pré-établis par son usage commun parmi les fidèles de
l'époque.)
4. Les réticences
Sept livres apostoliques ont été discutés,
voire même contestés par certains, avant de voir leur « canonicité »
reconnue unanimement:
– Hébreux: à cause de l’anonymat
de son auteur dans certains manuscrits
adultérés. La famille des manuscrits Byzantin attribue Hébreux à
Timothée qui l'a rédigé en Italie du Nord; – Jacques: à cause de son insistance sur les œuvres (Luther
la qualifiera d’ « épître de paille »); – 2 Pierre: à cause d’une différence de style trop marquée
par rapport à la 1ère épître de Pierre; – 2 et 3 Jean: à cause de l’ambiguïté des termes « l’ancien
», « la dame élue », « la sœur élue » (2 Jean 1,13), et des termes «
l’ancien » et « Gaïus » de 3 Jean 1; – Jude: à cause de certaines références à des livres
apocryphes comme le livre d'Énoch et
l'Assomption de Moïse; – Apocalypse:à cause de son caractère visionnaire3.
Les livres apocryphes du N.T.
n'occasionnent pas les mêmes débats que ceux de l’A.T. car tous les
chrétiens (catholiques, orthodoxes, protestants, anglicans) se sont
conformés au choix historique de leurs prédécesseurs à la fin du IVème
siècle. Au cours des siècles, les Églises chrétiennes (toutes
tendances confondues) n’ont jamais essayé d’adjoindre de la
littérature apocryphe au canon constitué, estimant que, par les 27
livres désignés, la révélation de Dieu au monde par Jésus-Christ est
suffisante, complète et parfaite.
Même si les livres apocryphes, tous
postérieurs au 1er siècle, ont été refusés par manque d'inspiration
divine et de profondeur spirituelle, ils n'en constituent pas moins
une source de renseignements intéressants concernant le développement
de la doctrine, d'hérésies et de la liturgie de l'Église primitive.
Comme pour les livres canoniques, tous les
genres littéraires sont représentés4:
a) évangiles:
l’évangile selon les Hébreux et l’évangile de Thomas; ils sont
censés fournir des détails sur deux périodes de la vie de Jésus
occultées dans le N.T.: l’enfance et l’adolescence de Jésus et les 40
jours du Ressuscité avant l’Ascension;
b) actes:les actes de Paul et de Thécla
(vers 170);
c) épîtres: les sept épîtres d’Ignace (vers
110); l’épître de Polycarpe aux Philippiens (vers 115);
l’épître de Clément aux Corinthiens (vers 100); l’épître de
Barnabas (entre 70 et 135); l’ancienne homélie aussi
nommée seconde épître de Clément (entre 120 et 140); la
Didachè des douze apôtres (enseignement des 12 apôtres, entre 100
et 120); le Berger d’Hermas (allégorie écrite entre 115 et
145); l’épître aux Laodicéens (IVème s.)
d) apocalypse: l’apocalypse de Pierre (vers
150).
N’est-il pas merveilleux de considérer que
tous les chrétiens ont à leur entière disposition exactement les mêmes
textes néo-testamentaires qui, faveur supplémentaire, sont placés dans
le même ordre ?
a) Livres historiques: Evangiles
de Matthieu, Marc, Luc et Jean, Actes des Apôtres b) Livres doctrinaux: Epîtres de Paul aux Romains,
Corinthiens (1 et 2), Galates, Éphésiens Philippiens, Colossiens,
Thessaloniciens (1 et 2), Timothée (1 et 2), Tite et Philémon, Epître
aux Hébreux, Epîtres de Jacques, Pierre (1 et 2), Jean (1,2 et 3) et
Jude c) Livre prophétique:Apocalypse de Jean
Au fil du temps, ces 27 livres, qui
constituent finalement le canon du N.T., se sont imposés d’eux-mêmes
grâce à une triple action:
1) leur inspiration divine intrinsèque,
2) le caractère unique et concordant de leur contenu
3) la personnalité de leurs auteurs, tous proches de Jésus-Christ.
En soi, nous pouvons y discerner un
véritable miracle de Dieu: c’est Sa Parole qui est intemporelle et
universelle et qui se maintient « incorruptible, vivante et permanente
» (1 Pierre 1.23). En fait, « la Parole de notre Dieu demeure à
toujours. » (Esaïe 40.8). « Or c’est cette parole qui vous a été
annoncée » (1 Pierre 1.25).
1
En regroupant certains petits livres (par exemple les 12 "petits
prophètes" réunis dans un seul volume), le canon des écritures juives
(appelé par extension "Torah") comporte, par analogie au nombre de
lettres de l'alphabet hébreu, 22 rouleaux pour un total effectif de 39
livres. 2 Les livres marqués par une astérisque son également
absents de la version des Septante. 3 Ce livre a été l'un des premiers dont l'autorité divine
ait été attestée; paradoxalement, il sera le dernier à être incorporé
au Canon après diverses hésitations. 4 Il est possible de se procurer chacun de ces ouvrages
dans des librairies spécialisées.