Dans le but de fidélité au sujet et
techniques de la Critique Textuelle, le texte du document suivant est rapiécé
de différents textes retrouvés sur le web, remaniés, réajustés, et
remonté dans un
nouveau format. Malheureusement la source de ces textes fut perdue et
il a fallu en faire une compilation. La collection des textes du rédacteurs étant énorme,
après avoir fait le tri et la comparaison des textes disponibles, le
choix s'est porté sur ceux qui représentaient plus fidèlement la masse
des textes de la famille informatique sur le sujet
donné. Nous n'avons donc pas opté pour la pratique courante de la
Critique Textuelle moderne en choisissant un seul texte de base, mais
la majorité des témoins. En ce sens réel, ce document a été monté sur la base du principe
de l'Éclectisme
décrit dans le texte et est un exemple concret et actuel de la Critique Textuelle moderne
qu'il décrit. Celui qui lira comprendra.
Il y a quelques années, le monde
chrétien regardait avec horreur un artiste musicien ouvertement
satanique, Marilyn Manson, déchirer les pages de la Bible
dans un de ses concerts diaboliques et blasphématoire lardé
d'insultes visant la Bible et d'ovations en l'honneur de
Satan. Les chrétiens du monde entier étaient en état de choc
devant une telle profanation de la Parole de Dieu, et avec
raison. Plusieurs organisèrent des manifestations devant les
salles de concerts et vociférèrent leur indignation.
D'autres formèrent des groupes de pression pour demander à
leur gouvernement d'empêcher de telles aberrations
infernales de se produire contre la foi qu'ils chérissent,
et qui offensent les sentiments religieux et patriotiques.
Photo de Marilyn Manson
déchirant la Bible en pièces dans un de ses concerts
diaboliques
Étrange n'est-ce pas qu'on
entend aucune contestation, aucune démêlée, aucun désaccord,
aucune objection devant ceux qui déchiquettent la Bible en
pièces au nom de la science qui se nomme la Critique Textuel
sous prétention de rétablir pour nous, pauvres ignorants, le
Texte Original, s'élevant ainsi comme maîtres de notre foi?
C'est le silence total devant ceux qui massacre la source de
notre foi sous prétexte de nous donner une version de la
Bible qui «favorise une meilleure compréhension du texte par
un style plus fluide à la rigueur scientifique et à la
précision du vocabulaire», et les chrétiens du monde entier
«qui filtrent les moucherons, avalent le chameau» (Mat. 23:24) sans aucune difficulté. La
préoccupation de ces spécialistes est de disséquer les
manuscrits et de les rapiécer dans un nouveau format qui
convient à leurs hypothèses dans le but de produire la plus
grande illusion jamais vue auparavant, une approximation de
la Parole de Dieu dans laquelle ils ont retranché un grand
nombres de mots, de passages, et de paragraphes. Ce faisant,
ils nous présentent un autre évangile, une autre église, un
autre Dieu, un autre Jésus-Christ. En ce sens très réel,
Marilyn Manson est l'image figurative par excellence pour
représenter les spécialistes de la Critique Textuelle,
partisans du Modernisme, disciples du Culte de
l'Intelligence dont le fondateur fut Origène d'Alexandrie.
Le Modernisme est un
courant artistique développé en Catalogne entre la fin du
XIXe siècle et commencement du XX siècle, parallèlement à
d'autres courants qui se sont développés dans la plupart des
pays d'Europe et aussi en Amérique, plus ou moins
contemporainement: l'Art Nouveau français et belge,
la Sezession autrichienne, le Jugendstil
allemand, l'Ecole de Glasgow, l'École de Chicago, le
Modernismo en Espagne et dans l'Amérique hispanophone,
etc. Ces courants ont tous une série de caractéristiques
communes qui permettent de les associer, mais , en même
temps, ils présentent des traits particuliers et
différentiels. Il embrasse la plupart de formes d'expression
artistique: peinture, dessin graphique, sculpture,
littérature, joaillerie, et cohabite avec des
réminiscences des historismes et éclectismes. Au niveau de
la littérature, comme dans ses différentes branches,
il a le
désir de trouver une forme nouvelle qui corresponde à
l'époque, aux nouveaux matériaux et aux nouvelles
techniques, ainsi qu'aux nouveaux besoins sociaux,
dépassant les vieux modèles du passé, historicistes et
éclectiques. Cela ne se fait pas contre le passé mais à
partir du passé. Le Dictionnaire Larousse nous dit que le
Modernisme est «un mouvement littéraire», «un ensemble de
doctrines et de tendances qui ont pour objet commun de
renouveler l'exégèse, la doctrine sociale et le gouvernement
de l'Église pour les mettre en accord avec les données de la
critique historique moderne, et avec la nécessité de
l'époque où l'on vit.»
«Chaque époque reconstruit le
Jésus qui lui convient», disait en 1906 Albert Schweitzer, qui fut exégète
avant de devenir médecin. De fait, les recherches sur le «Jésus de l’histoire»
ne cessent de s’ouvrir à de nouvelles questions: actuellement, elles portent
principalement sur sa judaïté et sur son rejet par Israël. La quête pour le
Jésus historique est la préoccupation de l'organisation
anglaise «The Jesus Seminar», organisation dangereuse qui
vise à détruire tout ce qui est surnaturelle dans la Bible.
De quelles
sources et outils critiques disposent aujourd’hui les
chercheurs travaillant sur le Nouveau Testament ? Quels sont
les enjeux et les promesses de leurs travaux ? Puisque la
grande majorité des chrétiens ignorent cette science ou la
m/connaissent, nous
proposons ici, dans ce document, de faire le point sur les
méthodes et les résultats Critique Textuelle afin que le
peuple de Dieu soit mieux informé des menaces réelles qui en
découlent.
Les étapes et objectifs de la critique textuelle
sont:
La découverte et la documentation de vieux manuscrits,
de vieilles écritures,
La comparaison des variantes.
Si possible, la constatation du texte le plus probable
de la version originale.
La comparaison des variantes peut venir d'un critère
externe du genre:
Datation du support d'écriture (un
papyrus est généralement plus ancien qu'un
parchemin ou la composition de l'encre).
Datation du type d'écriture (un texte composé en
minuscules manuscrites est généralement plus récent qu'un
texte rédigé en majuscules).
On décide toutefois principalement après des critères
internes :
La leçon difficile est plus probablement l'originale
contre la simple, parce que le
copiste préférera simplifier un contenu connu et
facile à la plume que de surmonter une étrange
formulation.
Il arrivait que les
moines copistes ne sussent pas lire et reproduisissent
les manuscrits comme des dessins.
Avec l'édition de référence, le critique choisit pour
texte de base un manuscrit censé digne de confiance.
Souvent, le texte de base choisi est supposé le manuscrit le
plus ancien du texte, mais avant l'imprimerie, le texte de
base était souvent un manuscrit actuel.
En utilisant la méthode de l'édition de référence,
le texte à examiner est confronté au texte de base, le
critique procède à des corrections (appelées emondatio)
dans les endroits où le texte semble lui semble erroné. Ceci
peut être fait en recherchant les endroits dans le texte
comporte des leçons incompréhensibles ou en examinant la
leçon d'autres textes témoins pour trouver une leçon
supérieure. Les conflits sont habituellement résolus en
faveur du texte de référence.
La méthode est fragile: elle favorise l'intégration des
fautes du copiste, comme l'intégration de gloses (annotations)
dans les copies suivantes du texte quand l'édition de
référence est le plus récent manuscrit. Dans quelques cas,
ces parties de texte modifiées du point de vue du contenu,
exprès (comme quelques passages des Évangiles adaptés aux
passages parallèles d'autres Évangiles) ou involontairement.
La première édition imprimée du
Nouveau Testament grec a été produite par cette méthode.
Didier Érasme, le critique, a choisi un manuscrit dans
la collection du
monastère
dominicain local à
Bâle et a corrigé des erreurs évidentes en consultant
d'autres manuscrits locaux.
L'éclectisme consiste, en pratique, à examiner un grand
nombre de manuscrits et de choisir la variante qui semble
supérieure, habituellement pour les raisons internes. En
théorie, dans cette approche, aucun manuscrit n'est
favorisé, mais, dans la pratique, le critique éclectique
tend à choisir un couple des favoris, choix basé sur la des
critères externes, pour résoudre les cas douteux, et le
choix se porte généralement sur le Codex Vaticanus et le
Codex Sinaïticus.
L'éclectisme, qui n'est autre
que l'exercice du libre choix dans un contexte donné, est la méthode dominante d'édition critique
du texte grec du
Nouveau Testament, (Nestlé-Aland, 27e édition) qui ne
peut être trouvé entièrement en aucun un manuscrit mais est
une combinaison des leçons de divers manuscrits. Cette
pratique ne prend aucunement en considération la providence
de Dieu ni l'inspiration des Écritures, elle repose
entièrement sur le choix de l'individuel selon des
hypothèses préconçues. Néanmoins,
les manuscrits du texte-type Alexandrin sont toujours favorisés, et
le texte critique a décidément une teinte Alexandrine.
La stemmatique est l'une des approches les plus
rigoureuses de la critique textuelle. Elle exige la
reconstruction de l'histoire du texte en examinant les
variantes selon des modèles d'erreur. En particulier, les
critiques stemmatiques emploient le principe que « une
communauté d'erreur implique une unité d'origine » pour
décider si un groupe de manuscrits sont engendrés d'un
intermédiaire perdu, nommé un hyparchétype. On détermine
alors les relations entre les intermédiaires perdus par le
même processus, de sorte que tous les manuscrits existants
puissent être placés dans un arbre généalogique ou stemma
codicum descendus d'un seul hyparchétype.
Après cette étape, appelée la recensio, le
critique stemmatique procède alors à l'étape de la
selectio, où le texte de l'archétype est déterminé en
examinant les variantes des hyparchetypes les plus proches
de l'archétype et en choisissant les meilleurs. Dès que le
texte de l'archétype est établi, se déroule l'étape de l'examinatio
pour examiner ce texte et en rechercher les corruptions. Si
le texte archétypal semble corrompu, il est corrigé par un
processus de divinatio ou une emendatio.
Ainsi, la méthode stemmatique adopte les techniques des
autres approches après le recollement des manuscrits dans un
cadre historique rigoureux. Le processus de selectio
ressemble à la critique textuelle éclectique, mais appliquée
à un ensemble restreint d'hyparchétypes hypothétiques. Les
étapes de l'examinatio et de l'emendatio
ressemblent à la méthode du texte de référence.
En fait, les autres techniques peuvent être vues en tant
que méthodes spécifiques de la stemmatique. Mais la
faiblesse de la méthode tient au fait que les antécédents
familiaux du texte ne peuvent être déterminés
rigoureusement, seulement approchés même très approchés.
S'il semble qu'un manuscrit est le texte de loin le
meilleur, la méthode de l'édition de référence est
appropriée; s'il semble qu'un groupe de manuscrits est bon,
alors l'eclectisme sur ce groupe s'impose.
Comme nous l'avons vu l'A.T. est le dépôt
d'un long processus de transmission traditionnelle, qui a pu
être de nature orale ou écrite. Dans le premier cas, des
prêtres, des prophètes ou même des hommes ordinaires
constituaient les gardiens de cette tradition; dans le
deuxième cas, les scribes remplissaient cette fonction.
Les Saintes Écritures étant le résultat
d'un tel processus il était nécessaire de fixer avec
précision le contenu du texte, ses mots et même ses lettres,
afin de le préserver des erreurs lors de sa transmission
d'une copie à l'autre. C'était le travail des scribes (sopherim
סֹפֶרִים). Ces scribes, et
surtout les
massorètes, ont développé un grand nombre d'instruments
de travail pour protéger le texte exact.
Malgré cette œuvre protectrice,
on prétend que des erreurs se sont infiltrées.
La critique textuelle a la tache de repérer les tous
les variantes d'un texte (leçons) et de proposer ce
qu'il faut lire. Le besoin d'une critique textuelle se vit
dans le quotidien. Tous ceux qui ont confié un texte à un
dactylographe savent combien les fautes de frappe sont
courantes, ainsi que des changements introduits par le
scribe (dactylographe) pour améliorer des "fautes" dans
l'original.
En tout cas, et malgré les efforts des
scribes, on nous dit que le travail des copistes ne peut pas être sans
erreur et donc nous avons des textes présentant certains
différences (leçons variantes). En plus de cette variété
produit au sein d'une même tradition textuelle, il y a aussi
d'autres témoins textuels à l'A.T. qui ne viennent pas de la
tradition massorétique; les plus importants sont la
LXX mythique et quelques textes de
Qumran (les manuscrits dits de la Mer Morte). L'emphase est
mise de plus en plus sur ces derniers témoins pour corrompre
le Texte Massorétique avec leurs lectures. D'autres
versions (traductions anciennes) peuvent aussi être une
aide pour établir le texte. Les versions importantes mise à
part la version grecque, sont les
Targums (interprétations ou paraphrases araméens), les
versions latines (surtout la
Vulgate) et syriaque (la
Peshitto).
La science de la critique textuelle
reconnait certains types d'erreur qui se reproduisent lorsqu'on recopie un texte:
(a) La confusion des lettres
semblables, p.ex.: beth ב
et kaph כ; daleth
ד et resh ר;
hé ה, heth
ח et tau ת.
(b) La métathèse, ou
l'inversion des lettres, p.ex.: Es 32.19
TM = העיר (la cité) tandis
que
1QIsa = היער (la
forêt).
(c)
L'haplographie, quand une séquence de
caractères qui se répète dans le texte est omis une fois par
le scribe, p.ex.: Es 26.3b 4a כי בך
בטוח TM "parce qu'on a confiance en toi. Faites
confiance..." cf.: כי בך בתה
1QIsa.
(d)
La dittographie, une fausse répétition.
(Nb. c'est le revers de c, et un cas particulier peut
exemplifier c ou d, l'art de la critique textuelle est de
choisir lequel!)
(e) La fausse séparation des mots
(surtout la séparation d'un mot en deux ou la
fusion de deux mots en un seul).
(f) L'omission par
homoeoteleuton (à cause des
terminaisons semblables).
(g) La lecture d'un ‘mater
lectionis’ comme consonne pure, ou l'inverse.
Les scribes anciens ont introduit des
changements conscients dans le texte pour plusieurs raisons
p.ex.:
[a] Les noms propres qui
contenaient le mot בַּעַל
"baal": p.ex. le nom Eshbaal (I Ch 8.33; 9.39) se trouve
dans II S 2.8 ss. comme Ishbosheth (‘l'homme honteux’ au
lieu Eshbaal ‘feu du Seigneur’); car Baal était aussi le nom
d'un dieu cananéen.
[b] L'adaptation du texte aux
besoins linguistiques de l'époque du scribe.
Wurthwein mentionne l'exemple d'Es 39.1 où le mot
חזק se trouve avec le sens de se
guérir, le mot normal serait חיה
et c'est ce mot qu'1QIsa a mit ici comme
remplacement.
[c]
Les gloses sont des explications ajoutées
d'abord en marge, qui parfois entrent dans le texte. Elles
peuvent entrer même dans une fausse position comme en Gn
10.14 où la glose en marge "d'où sortirent les Philistins" a
été placé avant les mots qu'elle explique "et ceux de Kaftor"
(cf. Am 9.7).
Quand de tels emmendations sont
traditionnels chez les scribes, on les appelle "tiqqunê
soperîm" תקני ספרים (corrections
scribales cf. Qo 12.9).
[e] Les euphémismes comme
dans I R 21.10; Jb 1.5,11; 2.5,9 où bénir à remplacé
maudire.
[f] Quelquefois, quand un
livre biblique utilise un autre livre comme sa source, de
tels changements arrivent au moment de la rédaction même;
p.ex., I S 17.23,50 et II S 2.8ss. contiennent deux versions
de la mort du géant Goliath; I Ch 20.5 en est une version
synoptique. De tels cas n'intéressent pas la critique
textuelle.
Fig.73 Is 40.6ss. dans 1QIsa notez l'addition (entre les
marques rouges) entre les lignes, c'était ainsi que les
scribes corrigeaient les erreurs et ajoutaient les
explications.
Ainsi se produisaient vraisemblablement certains erreurs
textuels.
Il y a quelques principes bien établis qui
aident les critiques textuels dans leurs décisions. Ils ne
ressoudent pas toutes les questions. Le critique doit peser,
tous les critères et ne peut pas appliquer ces règles comme
un code légal.
Ces ‘règles’ sont:
(1) La leçon la plus ancienne est à
préférer.
(2) La leçon la plus difficile (lectio
difficilior) est à préférer.
(3) La leçon la plus courte (lectio brevior)
est à préférer.
(4) La leçon qui n'exprime pas la doctrine
normative juive (ou chrétienne pour le N.T.) est à préférer.
(5) On doit considérer les questions linguistiques;
p.ex. la conformité au langage et au style de l'auteur, la
forme (parallélisme, etc.).
La BHS est un texte critique du TM. Elle
en est le plus complet et le plus récent, (sauf le "Hebrew
University Bible Project" dont on ne possède qu'une partie).
Un texte critique contient un apparat critique, c.a.d. des
notes en bas de page signalant les leçons différentes des
manuscrits, et parfois des versions aussi. Elle est donc
l'instrument de base pour une critique textuelle
scientifique de l'A.T..
Un texte hébraïque souvent utilisé est
celui qui est publié par les Sociétés Bibliques, édité par
N.SNAITH; il n'est pas ‘un texte critique’, mais se vend à
un prix abordable.
La BHS indique les différents versions par
des sigles qui reçoivent leurs explications en latin. Pour
aider son utilisation en voici les plus importants en
français:
- le texte massorétique la Septante (LXX)
- textes de Qumran le Pentateuque Samaritain
- la version Syriaque la version Arabe
- les Targums fragments du geniza de Caire
- la Vulgate la vielle version Latine
- des additions en indice indiquent certains témoins
textuels particuliers.
La critique textuelle est la méthode
d'étude scientifique de l'A.T. la plus ancienne. Elle est
aussi la première étape d'un étude vraiment ‘scientifique’
de l'A.T., condition préalable des autres approches
établissant le texte à étudier. Les premiers critiques
textuels étaient des scribes juifs des siècles avant Jésus.
Après tant de siècles de travail, et aussi après les
découvertes de ce siècle (surtout des textes bibliques de
Qumran), la critique textuelle est solidement établie.
L'unité qui se fait voir entre les spécialistes en ce
domaine est remarquable (elle apparaît p.ex. en comparant
les commentaires ou en lisant les traductions modernes qui
indiquent les problèmes textuels par ci par là).
Auprès de
ceux qui affirment l’autorité de l’Écriture sainte en
matière de foi, la critique textuelle, qui consiste dans
l’étude des variantes du texte biblique trouvées dans les
différents manuscrits, n’a pas bonne presse. Déjà, le mot
«critique» a une connotation négative, alors qu’il faut lui
garder le sens positif d’«étude», d’«examen». Surtout,
l’affirmation qu’il existe des variantes dans le texte
biblique semble mettre en cause son autorité. Quel est le
texte authentique? Hésiter entre plusieurs leçons ne
risque-t-il pas de conduire au relativisme et de conforter
le laxisme doctrinal? Le doute ne va-t-il pas s’insinuer
dans l’esprit du croyant?
Personne
ne nie l’existence de ces variantes: de nombreuses éditions
modernes de la Bible en indiquent les principales en note,
mais on a tendance à les minimiser et à faire de la critique
textuelle une science plus ou moins ésotérique réservée à
quelques spécialistes.
On persiste à nous dire que ces
variantes ne touchent pas à l’essentiel de la doctrine.
Mais la réalité est toute autre. On peut remarquer qu’à part le récit de
la femme adultère de Jean 7:53 à 8:11, on trouve toujours le
même ordre dans certains péricopes. Il n’empêche que des
variantes plus ou moins importantes existent et qu’elles
peuvent entraîner de sérieuses déviations doctrinales et des hésitations quant à
l’établissement du texte.
Avant
l’invention du livre imprimé, le texte biblique nous est
parvenu par des manuscrits le contenant en totalité, mais
surtout en partie. Nous nous limiterons, ici, au Nouveau
Testament. Les manuscrits grecs les plus connus, les plus
défectueux, et les plus corrompus, rédigés en écriture majuscule (ou onciale) datent
des IVe et Ve siècles pour les
principaux. A partir du IXe siècle, on emploie
une écriture dite minuscule, plus rapide. Certains de ces
manuscrits, relativement récents, peuvent contenir des
variantes fort anciennes délaissées par les manuscrits du IVe
siècle. Une autre catégorie de documents est formée par des
papyrus dont certains datent d’avant le IVe
siècle et peuvent donc être les plus anciens témoins du
texte du Nouveau Testament. Mais ils sont très parcellaires.
Enfin, depuis peu, on s’intéresse, pour reconstituer
l’histoire du texte, aux citations que les Pères de l’Église
font de l’Écriture, et des lectionnaires, sortes de morceaux
choisis utilisés pour la liturgie des Églises.
Tous ces
documents – il y en a plus de 6000 – ont été écrits en grec.
Mais il ne faut pas oublier de nombreuses versions rédigées
en langues anciennes comme le latin, le syriaque, le copte,
voire l’arménien, le géorgien, l’éthiopien, l’arabe, etc. En
elles-mêmes, ces traductions contiennent de nombreuses
variantes dont certaines peuvent correspondre à celles
trouvées en grec.
Aucun
manuscrit ne correspond exactement à un autre, mais la
grande majorité des variantes, surtout des manuscrits
Byzantins, sont mineure. Pourquoi donc
y a-t-il des variantes? La réponse la plus rassurante est de
parler des erreurs de copiste: recopier est une tâche
ingrate et difficile. Il peut y avoir de simples fautes
d’orthographe qui peuvent cependant être le signe d’une
évolution de la prononciation d’une époque à l’autre. Il
peut y avoir des confusions de lettres. La présence d’un
même mot à quelques lignes d’intervalle peut conduire l’œil
à glisser du premier au second et faire sauter tout ce qui
se trouve entre les deux. On peut trouver aussi des mots ou
des phrases répétés deux fois. Ou encore, en recopiant un
manuscrit plus anciens où les mots ne sont pas séparés,
hésiter à mettre une séparation qui entraînera une lecture
différente selon la place qu’elle aura. Encore, dans tout
cela la direction de la providence divine n'est jamais
considérée, comme si Dieu aurait abandonné sa Parole aux
caprices des hommes, ou qu'il ne serait pas assez puissant
pour diriger les copistes. Cette science néglige constamment
la souveraineté de Dieu pour plier le genoux devant
l'érudition des hommes.
Il y a
aussi des changements tout à fait intentionnels. On prétexte
des explications, qui correspondent aujourd’hui à des notes,
qui ont été introduites dans le texte même. On prétend que ce
genre de glose est souvent indiqué, dans nos Bibles, à
propos de Jean 5:3-4. On nous dit que la correction peut viser un style plus
clair: en Marc 7:5, «des mains communes» devient des «mains
non lavées», mais cette dernière lecture est la bonne et est
supportée par la masse des manuscrits Byzantins. On affirme
qu'il peut y avoir des harmonisations, notamment
entre les évangiles, pour mieux rapprocher les textes les
uns des autres; même démarche pour les citations de l’Ancien
Testament, afin de se conformer au texte grec de la
Septante mythique dont la source réelle provient d'Origène
d'Alexandrie. Le fait que certains fragments de manuscrits
de la loi écrit en Grec furent découvert n'est aucune preuve
de l'existence d'une Septante préchrétienne. L'hypothèse
d'une telle Septante est basée sur des Apocryphes comme le
livre de l'Ecclésiastique reconnu par l'Église Catholique et
faisant parti du Canon de sa Bible. Les citations en
provenance d'anciens auteurs comme Joseph Flavius sont
reconnues comme des interpolations et n'ont aucune validité.
On persiste à nous dire que les premiers disciples
utilisaient la Septante mais jamais aucun manuscrit d'une
telle Septante ne fut découvert ni mentionné par aucun
témoins. Le Hébreu était considéré comme une langue sacrée
dans l'ancien Israël et celui qui aurait traduit qu'une
portion de la loi en Grec aurait été regardé comme un
traître et condamné à juste titre. Aucun disciple de Christ
n'aurait commis un tel blasphème, même que ces gens étaient
regardé comme des personnes non éduquées dont la majorité
étaient de simples pêcheurs, aucun d'eux n'aurait connu le
Grec. Nous savons seulement que l'apôtre Paul connaissait le
Grec mais aussi qu'il avait reçu une éducation hébraïque
stricte qui ne lui permettait pas de trahir son héritage.
Ceux qui en ont traduit des portions de la loi en Grec
furent des Juifs apostasiés qui n'habitaient pas en Israël
mais à Alexandrie en Égypte.
D’autres
cas peuvent faire question sur le plan doctrinal. Ainsi, un
manuscrit syriaque lit dans la généalogie de Jésus:
«Joseph engendra Jésus», ce qui semble mettre en cause la
conception virginale de Jésus, donc sa divinité. La solution
de facilité est de dire qu’un scribe distrait a écrit, sur
la lancée, des formules répétées: «X engendra Y». On peut
aussi bien penser que ce manuscrit unique reflète une
christologie fort ancienne qui n’employait pas l’argument de
la naissance virginale pour affirmer la divinité du Christ,
affirmation que l’on trouve ailleurs dans ce manuscrit.
Un autre
exemple de variante pouvant entraîner une discussion
théologique se trouve en Jean 1:18. On a, pour ce verset,
plusieurs lectures possibles: unique; Dieu unique, le Dieu
unique, fils unique, fils unique de Dieu; fils unique Dieu.
Le mot «unique» rend le grec monogênês qui signifie
mot à mot «unique engendré». «Unique» semble la leçon la
plus ancienne mais, par subtilité on veut nous faire croire
que très tôt, on a la précision «Dieu
unique», expression qui fut prétendument récupérée au IIe
siècle par les gnostiques valentiniens qui introduisaient,
ainsi, Jésus dans leur système complexe de description de
l’univers. Nous ayant ainsi lancé du sable dans les yeux, on
nous dit que pour préserver la spécificité de Jésus-Christ, on
a remplacé «Dieu» par «Fils». Mais cette lecture orthodoxe
devint elle-même suspecte d’hérésie au IVe siècle
où la divinité du Christ était contestée par l’arianisme. On
en revint donc à la lecture «Dieu» qui viole le contexte en
donnant un non sens «Personne n'a jamais vu Dieu; le Dieu
unique, qui est dans le sein du Père...» en précisant même «le
Fils de Dieu». Pour simplifier, on peut conclure en disant
qu’il s’agit définitivement de formules contradictoires, et
non de
précisions rendues nécessaires devant des risques de
récupération par des courants hérétiques successifs. On
apprend donc que l'orthodoxie est autant fausse que le
gnosticisme et qu'elle est simplement une autre forme
d'hérésie.
Voici la cerise sur le gâteau de
cette science immonde. On nous dit que la finale
de l’évangile de Marc
ne se trouve pas dans tous les manuscrits, et cela est vrai.
Mais on ne nous dit pas qu'elle se trouve dans la grande
majorité des manuscrits et que seulement ceux en provenance
d'Alexandrie comme le Codex Vaticanus et le Codex Sinaïticus
ne la contiennent pas, même il y a des évidences qu'elle en
faisait partie à un certain temps, car il y a un espace vide
dans ces Codex là où elle est supposé se trouver. Par de
tels sophismes ont veut nous faire croire qu'elle ne faisait pas
partie de l’évangile primitif. Cet évangile se
terminant brusquement en 16:8 dans les manuscrits défectueux
et corrompus, on nous dit qu'il lui a été adjoint cette
finale original (on trouve aussi une finale plus courte et
vastement différente dans d'autres manuscrits falsifiés
comme le Codex Washingtonianus). Cherchant une excuse pour
justifier leur aberration, ils déclarent que «dans
quelques manuscrits, on trouve l’ordre Matthieu, Jean, Luc
et Marc avec cette finale longue qui pourrait servir de
conclusion non à Marc seul, mais à l’ensemble des quatre
évangiles, ce qui expliquerait pourquoi on y trouve un
contenu qui évoque ce qu’on trouve dans Matthieu, Luc ou
Jean.» Il faut vraiment être borné pour croire à une telle
duperie.
Enfin, on
peut signaler la singularité de certains manuscrits comme
celui dit de Théodore de Bèze, qui est un bilingue
grec-latin. Il contient les quatre évangiles et les Actes
des Apôtres: on y trouve, inséré dans Jean, le récit de la
femme adultère
retenu par le canon et repris dans d’autres manuscrits, mais
à d’autres endroits des évangiles. On a encore celui de la
rencontre de Jésus avec un homme qui travaillait le jour du
sabbat (après Luc 6:4 et non retenu dans le canon). C’est
surtout les Actes qui contiennent le plus de variantes et
d’ajouts au point qu’on a pu parler de deux éditions de ce
livre intéressant.
Pour s’y
retrouver, les spécialistes ont essayé de regrouper les manuscrits par
famille, mais le résultat n’est pas toujours à la hauteur
des espérances: un manuscrit qui semble suivre une famille
montre tout à coup une variante provenant d’une autre. Pour
dénouer la complexité de ces fils, ils sont aidé par
l’existence de plusieurs recensions qui ont cherché à
simplifier pour donner un peu d’uniformité. On a ainsi
abouti, aux IVe-Ve siècles, à une
sorte de texte commun standard qu’on a appelé la recension
byzantine, Byzance étant le centre politique, intellectuel,
religieux de l’époque. Encore on néglige de mentionner que
la famille byzantine contient la grande masse de tous les
manuscrits existants, et que leurs lectures s'opposent
clairement et catégoriquement à presque tous les manuscrits
de la famille alexandrine (Vaticanus, Sinaïticus,
Alexandrinus).
On pense
aussi que la critique textuelle n’a d’autre utilité que de
restaurer le texte primitif; au fil des années se seraient
accumulées nombre de fautes qu’il suffirait de corriger.
Certes, on peut débusquer des erreurs faites par les scribes
mais, avec un peu d’attention, on s’aperçoit de la
complexité de la question. En effet, si on essaie de faire
l’histoire du texte, on ne va pas du plus simple vers le
plus complexe; c’est le contraire qu’on constate souvent.
Les témoins les plus anciens, Vaticanus et Sinaïticus, montrent des variantes qui ont
été éliminées par les recensions successives, mais on
prétend que cela a abouti
au texte byzantin lorsque le contraire est vrai. Les variantes écartées se trouvent non
seulement dans les manuscrits les plus anciens, mais aussi
dans des manuscrits relativement récents et surtout
marginaux, les plus éloignés du centre byzentin et dans des
versions coptes, latines ou syriaques qui ont suivis le
texte pollué de la famille Alexandrine.
Faut-il, alors, parler d’un
pluralisme du texte du Nouveau Testament et conclure à la
relativité des vérités qu’il annonce?
Il est impossible de dévoiler
tout sur ce sujet ici tellement il est colossal. Beaucoup
pourrait être ajouté et nous avons déjà plusieurs autres
écrits qui l'aborde, mais cela suffira pour le moment.
Nous voulons seulement faire prendre conscience
de la complexité des problèmes soulevés par la Critique
Textuelle, problèmes qui se recoupent avec ceux posés par la
comparaison des récits parallèles, par la constitution du
canon ou, encore, par la traduction dans les langues
anciennes. Raison de plus, dira-t-on, pour se méfier de ce
qui risque de troubler les esprits et, surtout, de mettre en
doute l’autorité de l’Écriture Sainte comme Parole de Dieu.
Comment faire confiance à un texte qui varie sans cesse?
Certes, on peut se rassurer en disant que ces variantes ne
touchent pas au fond même du message du Nouveau Testament,
que l’ordre des péricopes reste toujours le même. Il n’en
reste pas moins que la critique textuelle n’est pas en odeur
de sainteté.
Peut-on,
en effet, affirmer d’un côté une foi solide fondée sur la
révélation biblique et de l’autre faire du même texte
biblique un objet d’étude soumis à un examen rationnel? Être,
comme le fut Bultmann, un homme d’une très grande piété et
un universitaire poussant très loin la critique? Celui-ci
voulait dépasser la traditionnelle opposition entre le
libéralisme et l’orthodoxie. Mais est-il possible d’exclure
la foi du domaine de la recherche dite scientifique? Certes,
on peut proposer une sorte de compromis: accepter la
critique dans certaines limites; plus précisément pour la
Critique Textuelle, la mentionner avec l’idée de retrouver
le texte primitif, ce qui serait absurde. On risque, sans cesse, de tomber dans un
compromis plus ou moins mou, dans lequel la foi aussi bien
que la recherche ont tout à perdre.
Autrement
dit, peut-on être calviniste et s’intéresser à la Critique
Textuelle sans être schizophrène? Je pense que oui, à la
condition de ne pas perdre de vue le rôle du Saint-Esprit
comme révélateur à l’œuvre dans l’histoire ainsi que la
souveraineté de Dieu dans sa préservation providentielle de
sa Parole. La révélation en
Jésus-Christ est un point particulier du temps, celui de
l’incarnation. Le Saint-Esprit se situe dans la durée pour
nous rappeler la révélation en Christ.
Le Nouveau Testament nous parle de cette révélation et de ce
qui se passe après: il y a la venue du Christ et ses
conséquences dans l’histoire postérieure des hommes, ce que
nous montrent, par exemple, les Actes des Apôtres. L’œuvre
de l’Esprit ne se limite pas à un instant ni à un langage.
Néanmoins la
vérité de la Bible se limite à un état fixe du texte,
et même s’il est arrivé qu’on parle de Texte Reçu, on sait
qu’il est vain d’espérer retrouver un texte premier écrit de
la main même des prophètes et des apôtres. Échec
de la révélation? Non point, car cela n'est pas nécessaire
puisque le Texte Original nous a été transmit fidèlement
dans le Texte Reçudes Réformateurs non par
l'érudition de l'homme mais par la divine providence d'un
Dieu Tout-Puissant. Cette révélation se situe
dans une durée, dans un moment spécifique de l'histoire. L’Esprit n’est pas figé dans un temps
du commencement de la révélation; il
est à l’œuvre dans la durée. Cela ne signifie pas que la
révélation progresse et s’améliore au fil du temps; elle est
achevée, pleine, complète en Jésus-Christ. L’Esprit n’ajoute
rien: il rappelle à notre conscience sa divine providence
dans le texte perpétuellement inspirée à partir des
originaux, aux copies, traductions et versions. Il ne peut
en être autrement sans limité la puissance de Dieu et sans
mettre en doute notre salut, car si Dieu ne peut
préserver sa Parole comment pourrait-il préserver notre
salut? Et si nous ne pouvons faire confiance au
texte, nous ne pouvons également faire confiance à Christ.
Une
relecture n’est pas un perfectionnement; elle est un rappel.
C’est ce que nous montre la Bible elle-même si on compare
les livres de Samuel et des Rois avec ceux des Chroniques.
Les uns se complètent par les autres. Sur le plan de la
révélation, ils ont autant de richesse. La révélation n’est
pas dans un seul évangile contre les trois autres. Irénée de
Lyon, à la fin du IIe siècle, affirme qu’il faut
garder les quatre, car c’est l’hérésie qui privilégie un
évangile au détriment des trois autres.
Il ne
s’agit pas de cerner le Saint-Esprit dans une variante, mais
de lui faire confiance, et si besoin s'en suit, de discerner l’action de l’Esprit dans le comment et le
pourquoi d’une transmission du texte, sans négliger que
c'est l'Esprit qui donne le discernement et qui veille sur
son Texte. Certes, il y a à
distinguer ce qui reste du domaine de l’erreur humaine de ce
qui est du travail de l’Esprit, au travers de la
transmission humaine; l’Esprit peut très bien s’exprimer par
une glose ajoutée à l’intérieur du texte. Le travail humain
du scribe qui recopie ou qui traduit ne peut se faire qu’à
la lumière de l’Esprit, autrement son travail serait en vain. Toute traduction est déjà une
interprétation, pas fatalement une trahison car l'Esprit est
celui qui donne la direction. Beaucoup de
Pères syriaques trouvaient aux textes grec et syriaque une
égale inspiration. Dieu a voulu que sa Parole soit incarnée
dans ce travail complexe de transmission d’un texte.
Étudier
la Critique Textuelle, c’est donc prendre très au sérieux
l’œuvre de Dieu dans sa révélation. On ne peut le faire que
très humblement. On est replacé devant le fait que Dieu, par
son Esprit, s’y est pris ainsi pour transmettre jusqu’à nous
sa Parole. Sinon, cela voudrait dire que la révélation est
livrée au hasard et aux caprices des hommes et de
l’histoire. Elle ne peut que nous rendre humbles devant des
affirmations exégétiques aventureuses; elle nous rappelle
que, dans cette tâche de transmission de générations en
générations, nous ne sommes jamais à l’abri de l’erreur et
qu’il nous faut sans cesse relire, vérifier, et nous confier
constamment en sa divine Présence. On voudrait nous faire
croire qu'll nous met
en garde contre toute velléité de posséder un texte bien
fixé, bien limité, qui deviendrait notre chose; mais cela
est entièrement faux car ce texte appartient au Dieu
immuable et il l'a transmit pour être fixé dans le Texte
Reçu pour que nous ne soyons pas constamment à la recherche
d'un autographe, car en lui nous avons le Texte Original. Il nous faut aussi écouter la voix
de l’Esprit quand nous sommes confrontés à un problème de
variantes. Nous n’avons pas forcément à nous demander où est
le vrai, où est le faux, mais ce que veut nous dire l’Esprit
en nous plaçant devant une alternative c'est de lui faire
confiance. Une variante
difficile peut, elle aussi, nourrir notre foi, parce que
nous avons
la confiance que Dieu ne nous a pas donné une Écriture
frelatée dans le Texte Reçu, mais un texte intégral
complètement inspiré.
La critique textuelle a une
double vertu. D’une part, elle rend humble vis-à-vis d’un
intégrisme scientifique qui peut devenir une forme de
terrorisme intellectuel et le devient plus que souvent. Même
en théologie, il suffit de dire, par exemple, que la date
d’un évangile est scientifique pour que cela soit déclaré
vrai, intangible, irréfutable. Derrière ce mot de
«scientifique» se cache un monde de suppositions et
d’hypothèses dont on peut démonter, voire inverser le
raisonnement et la foi.
La
critique textuelle peut, elle aussi, devenir une science
prétentieuse, et malheureusement c'est exactement cela
qu'elle est devenue. On prétend que sa mission essentielle est de
nous apprendre l’humilité, mais cela est faux. On peut, par exemple,
légitimement chercher à reconstituer le christianisme du premier siècle et il faut le faire
sous la direction de l'Esprit et non sous la direction de
l'érudition académique, et sans jamais perdre de vue que les documents que
l’on possède et qui ont été compilé dans le Texte Reçu sont
la Parole authentique de Dieu et que nous ne devons nous
fier en aucun autre manuscrit comme base de notre foi, qu'il
date des IIIe et IVe
siècles ou autre. La Critique Textuelle n'est pas notre Dieu
et cela nous ne devons jamais l'oublier. Les spécialistes de
la Critique Textuelle se refusent que le texte soit fixe et
stable, elle le désire libre afin de mettre la main sur la
Parole de Dieu et la rationnaliser pour nous rendre esclave
de ses conjectures. Depuis prêt de deux mille ans le
catholicisme a persécuté, torturé et massacré des millions
de chrétiens réels pour tenter de dominer sur la foi, la
Critique Textuelle a réussi là ou elle a manqué et cela sans
une goutte de sang versé, sans aucune opposition pour la
grande part, sans aucun remue de conscience pour le chrétien
commun qui s'oppose à des choses insignifiantes comme des
concerts de musique, des films, des livres, des coutumes et
autres banalités par rapport à la Parole de Dieu, et demeure
indifférent devant le combat le plus important qui existe
pour sa foi. On ne peut se demander pourquoi le
christianisme est dans un si piètre état de nos jours.
Serai-ce à cause que leur foi a subie un empoisonnement de
sang spirituel qui provient de versions adultérées de la
Bible, car n'est-il pas écrit que la foi vient de ce qu'on
entend de la Parole de Dieu; et si la source est polluée
celui qui boira de son eau n'en subira-t-il pas des
séquelles?
Pour un
croyant, la Bible ne peut être un écrit comme les autres.
Elle est à sa manière une Écriture élue et vivante, celle que Dieu a
choisie pour parler aux hommes. Elle n’est pas magiquement
descendue du ciel. Elle est comme les autres littératures
humaines, soumise aux aléas de la composition et de la
transmission humaines, mais sous la providence de Dieu qui
veille jalousement sur sa Parole. Il ne faut pas la
dévaluer à cause de ses aspects humains, car elle contient
aussi un aspect divin, et si nous pouvons nous exprimer
ainsi, elle a deux natures tout comme Christ. Elle est comme la
Personne du
Christ, parfaitement divine et parfaitement humaine. Les
relectures, les variantes, voire les comparaisons entre les
passages parallèles, font partie de la divinité de la Bible;
elles sont l’œuvre du Saint-Esprit, comme signe que la
Parole s’incarne dans le mouvement même de la transmission
de l’Écriture, et cette transmission c'est concrété dans le
Texte Reçu et ses traductions fidèles.
La critique
textuelle est une question qui est bien trop souvent passée sous
silence dans les milieux évangéliques et réformés confessants.
D'une manière générale, la critique textuelle (ce que le
jargon exégétique allemand appelle la «basse critique» pour la
distinguer de la prétendue «haute critique» qui œuvre, depuis
belle lurette, à la déconstruction du texte de la Bible) est
assez bien reçue dans les milieux qui restent attachés à
l'inspiration, à l'infaillibilité et à l'autorité de la Bible,
tout simplement à cause que leurs doctrines sur ces choses sont
erronées. Pour la grande majorité des églises dites chrétiennes,
la Bible est un livre du passé et non du présent. Pour elles
l'inspiration et l'infaillibilité des Écritures se rapportent
uniquement aux autographes ou manuscrits écrits directement de
la main des prophètes et des apôtres, et ceux-ci n'existent
plus, nous en avons seulement que des copies et des traductions.
En d'autres mots, selon leur point de vue, la Bible actuelle que
nous avons entre nos mains n'est plus inspirée ni libre
d'erreurs. Tels sont les sophismes d'un christianisme moderne
apostasié.
En gros, la haute
critique avec sa recherche de sources, ses hypothèses sur la
datation des livres bibliques, sur les diverses théologies des
évangélistes, de Paul, de Jean, de Pierre, ses spéculations sur
la forme des textes, etc., est encore considérée avec une assez
grande méfiance.
Mais on veut nous faire croire que ce n'est pas le cas pour la basse critique (ou la critique
textuelle), dont les présupposés ont été adoptés pour
l'établissement du texte grec à la base de la plupart de nos
traductions de la Bible, sauf bien entendue de la Bible des
Réformateurs dans ses versions Olivetan, Épée, Genève, Martin,
et Ostervald qui ont pour base le Texte Reçu et non le Texte
Critique des versions modernes. Ainsi, bien des passages de nos Bibles
figurent entre crochets carrés, et les notes qui accompagnent
ces crochets sont truffées d'indications selon lesquelles tel ou
tel passage ne se trouverait pas dans «les plus anciens
manuscrits», ou encore qu'il ne figurerait pas dans «les
meilleurs manuscrits» (Note : C'est le cas, par
exemple, pour la Bible à la Colombe.) Faut pas se laisser
endormir la conscience par de tels propos, car nous savons que
«les plus anciens manuscrits» ou «les meilleurs manuscrits» de
la Critique Textuelle sont le Codex Vaticanus et le Codex
Sinaïticus, deux des pires corruptions qui existe dans la masse
des manuscrits.
Le lecteur qui,
frappé par de telles indications, voudrait en savoir davantage,
reste sur sa faim. Pourquoi, peut-il se demander, un manuscrit
«ancien» en majuscules grecques (IVe siècle)
serait-il nécessairement «meilleur» qu'un manuscrit «nouveau»
écrit en minuscules (IXe siècle).
Une Bible des
Témoins de Jéhovah du début du XXe siècle serait-elle
nécessairement «meilleure» qu'une Bible à la Colombe de la fin
de ce siècle ? Le critère du temps serait-il absolu ? Sur la
base de quels critères de telles remarques sont-elles faites ?
La première méthode
d'établissement du texte du Nouveau Testament a, dans sa phase
moderne, pris un essor à partir de la publication du Nouveau
Testament grec par Érasme en 1516 à Bâle et, presque
simultanément en Espagne, par une équipe de biblistes sous la
direction du Cardinal Ximenes. Les deux textes, établis à partir
de manuscrits grecs du Nouveau Testament, provenaient de ce que
nous appelons aujourd'hui la tradition «Byzantine». La
compilation de cette famille de manuscrits qu'en fit Érasme de
Rotterdam est ce que nous nommons le Texte Reçu. Mais il faut
distinguer du Texte Reçu et du nouveau Texte Byzantin car il y a
plusieurs différences entre es deux. En ce qui concerne le Texte
Reçu d'Érasme, celui-ci connu vingt huit différentes éditions
dont celle de Étienne de 1550 devint connue comme l'édition
royale. Cette dernière fut reprise par F.H.A. Scrivener en 1894
pour devenir l'édition finale et officielle.
La seconde, qu'on
appelle couramment «éclectique», a pris son envol principal à
partir de la découverte par Tischendorf, en 1859, d'un texte
très ancien du Nouveau Testament dans un monastère orthodoxe au
pied du Mont Sinaï. Cette découverte fut confortée par la mise
en lumière, à la même époque, d'un manuscrit de type semblable
"le Vaticanus" lui aussi issu de la tradition «alexandrine» des
manuscrits du Nouveau Testament.
Cette dernière tient
depuis lors le haut du pavé dans les milieux académiques; tandis
que la première y est aujourd'hui presque totalement méconnue,
même dans les milieux réformés et évangéliques qui se veulent
fidèles à l'inspiration et à l'autorité de la Bible:
"On peut même dire
que la critique textuelle moderne du Nouveau Testament est
fondée sur une conviction fondamentale et subversive que le vrai texte du
Nouveau Testament ne se trouve en tout cas pas dans la majorité
des manuscrits qui sont de la famille byzantine. Ce rejet du
Texte Traditionnel, c 'est-à-dire
du texte préservé et transmis par les Églises, n'est pas le
sujet de discussions orales ni de débats écrits, c'est un fait
accompli. Une investigation critique des raisons pour un
tel rejet du Texte Byzantin rencontre rapidement la difficulté
que ce rejet est accepté au XXe siècle comme un fait
mais n'est aucunement défendu, n'étant pas une proposition
susceptible d'être discutée." J. van Bruggen dans
son ouvrage, The Ancient Text of the New Testament
(Premier Publishing: Winnipeg, 1988 [1978]), 11,13,14.
Signalons d'abord,
très brièvement, quelques erreurs de fait dans la position
soutenue par les partisans de la Critique Textuelle (C'est la
position proposée, par Alain-Georges Martin).
"Il est faux
d'affirmer que l'on commence aujourd'hui «depuis peu» à
s'intéresser aux citations bibliques chez les Pères ainsi
qu'aux lectionnaires (recueils de textes liturgiques tirés du
Nouveau Testament). Il n'est que de constater les recherches
impressionnantes dans ce domaine du plus grand adversaire au
XIXe siècle de la nouvelle critique textuelle du
Nouveau Testament, John William Burgon (1813-1888),
collaborateur de F.H.A. Scrivener.
Burgon - à
l'encontre de ses collègues éclectiques, les Tischendorf,
Westcott et Hort et leurs nombreux disciples qui se
rabattaient essentiellement sur les textes de base de la
tradition Alexandrine, (le Sinaïticus et le Vaticanus) -
faisait un usage systématique de tous les documents à sa
disposition, ce qui incluait les citations bibliques des Pères
ainsi que les lectionnaires. C'est sa connaissance exemplaire
de ce dernier domaine qui lui a permis de donner une
explication au fait que le texte de la femme prise en flagrant
délit d'adultère (Jean 7:53-8:11) ne figure pas dans certains
manuscrits anciens de l'évangile de Jean. Comme Burgon l'a
admirablement démontré dans son étude «Pericope de adultera
(J. W. Burgon, «Pericope de adultera» in:
The Causes of the Corruption of the Traditional Text of the
Holy Gospels (The Dean Burgon Society, P. O. Box 354,
Collingswood, NJ 08108, 1998 [1896]), 232-265.), la raison
essentielle de l'absence de ce passage dans certains
manuscrits se trouve dans le fait qu'il provenait de
lectionnaires liturgiques (choix de textes bibliques destinés
à êtres lus pendant le culte) et non du texte suivi de
l'évangile de Jean. Précisons-le, les problèmes auxquels nous
nous adressons ici ne concernent en fait que certains
manuscrits défectueux du Nouveau Testament qui, par contraste
avec la Tanak juive (l'Ancien Testament des chrétiens et non
la Septante) dont le
texte fut remarquablement préservé par la tradition
massorétique, connaissent un nombre impressionnant de
variantes.
Ceci nous amène à un
deuxième point. Il est erroné de faire une opposition
dialectique entre le camp «scientifique» - celui des partisans
de la méthode éclectique - au camp des «fondamentalistes»,
les adhérents dogmatiques du Texte Reçu, ecclésiastique ou
traditionnel du Nouveau Testament. Mais la difficulté est que
cette opposition scientifique-fondamentaliste est tout
simplement fausse. En réalité, il a existé (et il existe
toujours) deux écoles de critique textuelle du Nouveau
Testament, toutes deux ayant des prétentions strictement
«scientifiques», mais dont les principes méthodologiques sont
fondamentalement différents.
La suite de nos
remarques sera essentiellement consacrée à une brève tentative
de combler ce silence sur la méthodologie.
Ceux qui
sont pour la «nouvelle critique textuelle» nous parlent,
d'abord, de la tradition scientifique de l'étude du Nouveau
Testament, accusée de pratiquer une espèce de «terrorisme
intellectuel» par sa prétention à aboutir à des conclusions
intellectuellement contraignantes. Il s'agit ici de la méthode
dite éclectique. Car nous avons affaire à un assemblage de
divers textes établis en théorie sans a priori doctrinal
et provenant d'une variété de manuscrits mis sur pied d'égalité
et dont la lecture correcte serait choisie par les critiques
selon certaines règles dans le dessein de tenter de reconstituer
le texte original (considéré comme perdu) du Nouveau Testament.
Les grandes figures de cette tradition qui, sur le plan textuel
met le Nouveau Testament sur le même plan que n'importe quel
autre livre humain, sont Lachmann, Tischendorf, Tregelles,
Wescott, Hort, Nestle, Aland, Metzger, etc.
Pour cette
tradition, il ne saurait, en aucun cas, être question d'affirmer
que le Saint-Esprit aurait pu objectivement œuvrer dans
l'histoire en vue de la préservation du texte du Nouveau
Testament et le protéger ainsi des défaillances humaines des
copistes et de la malveillance des ennemis de la foi. Cette
méthode, aujourd'hui partout dominante, se rapporte
manifestement à la tradition de l 'esprit des Lumières du XVIIIe
siècle, celle d'une modernité aux tendances résolument
naturalistes, réductionnistes et scientistes.
L'autre
tradition, affublée du titre de «fondamentalisme rationaliste»,
a elle aussi des prétentions à être parfaitement scientifique.
Seulement, elle affirme, sur la base des enseignements de la
Bible, que le texte du Nouveau Testament, par son inspiration
divine et son infaillibilité, possède un caractère qui lui est
propre. Ce fait nécessite, pour son étude, l'utilisation d'une
méthode appropriée au statut épistémologique exceptionnel de ce
livre dont Dieu serait à la fois l'Auteur et le Conservateur.