"Pour obtenir une bonne compréhension du livre de
Daniel, particulièrement du chapitre 11, il est nécessaire d'avoir
connaissance des évènements qui se déroulèrent dans la période
intertestamentaire, et dont cet article en donne un bref exposé".
En -330, le roi de Macédoine Alexandre le Grand achève sa conquête
de l'Orient. Il triomphe du roi des Perses Darius III et coalise
sous une même autorité le plus grand empire que l'Antiquité ait
jusqu'alors connu. Son empire, outre la Grèce, regroupe l'Égypte, le
pays de Canaan et toute la Mésopotamie jusqu'aux rives de l'Indus.
La conquête d'Alexandre n'est pas qu'une opération militaire. On
peut à proprement parler d'une conquête culturelle. Avec Alexandre,
c'est le monde de la culture grecque qui fait irruption dans
l'ancien Orient: philosophie, mathématiques, poésie... sans oublier
la langue. Le grec va devenir la langue commune de tout l'Orient,
nécessaire pour commercer ou entrer en relation avec
l'administration. La cité grecque va devenir le modèle des villes
nouvelles, dont la plus célèbre sera bientôt la fameuse Alexandrie
d'Égypte. Même les anciennes cités se mettent au goût du jour et se
construisent gymnases, théâtres et acropoles. Ce mouvement culturel
est connu sous le nom d'hellénisation.
Tout semblait bien parti pour durer, mais Alexandre décède à 33 ans
le 23 Juin 323. Il meurt jeune et surtout sans héritier évident (un
enfant encore à naître et un demi-frère psychologiquement fragile).
Tant et si bien que ce sont ses officiers qui vont se partager son
empire. Deux d'entre eux vont se partager l'Europe et deux autres
l'ancien Orient. Ces quatre successeurs d'Alexandre sont connus sous
le nom dediadoques (du terme grec qui veut dire "héritier").
En ce qui concerne l'histoire biblique,
deux diadoques vont fonder des dynasties durables:
Les LAGIDES
Les SELEUCIDES
Territoire lors du
partage: Égypte + Canaan
Territoire lors du
partage: Mésopotamie
Les principaux rois:
• Ptolémée I Sôter (dcd 285)
• Ptolémée II Philadelphe (285-246)
• Ptolémée III Evergète (246-221)
• Ptolémée IV Philopator (221-203)
• Ptolémée V Epiphane (203-180)
• Ptolémée VI Philométor (180-145)
• Ptolémée VII Physkon (145-116)
En pratique, tous les rois s'appellent Ptolémée
et seul leur surnom permet de les différencier.
La Judée et la Samarie, autrefois province de l'empire perse
appartenant à la Transeuphratène deviennent une province de l'empire
lagide désormais appelée la Koilé-Syrie (la Syrie de l'intérieur).
L'histoire va se répéter. De même que le pays de Canaan avait été
autrefois objet de litiges entre l'Égypte et les empires
mésopotamiens, la Koilé-Syrie va devenir une terre convoitée aussi
bien par les Lagides que par les Séleucides. Plusieurs générations
de rois vont se battre pour dominer cette province. En 200, le
séleucide Antiochos III Mégas (le Grand) reporte une victoire
décisive sur les Lagides à Panion (aujourd'hui Banias, aux sources
du Jourdain). La Koilé-Syrie passe alors durablement dans le camp
séleucide.
A Jérusalem, le pouvoir est essentiellement entre les mains du
Grand-Prêtre ONIAS III (dont les alliés formeront le groupe des
Oniades). Onias III a ouvert le Temple de Jérusalem à un homme
d'affaires originaire d'Ammon (un royaume voisin d'Israël). Ce
financier, nommé Hyrkan, possède une succursale de sa maison de
banque et de commerce au cœur même des bâtiments du Temple et il
contribue à sa richesse. D'importantes sommes d'argent sont ainsi
mises à la disposition d'Onias.
Mais, pour son malheur, Hyrkan a sept demi-frères (descendants d'un
certain Tobias, si bien que le parti de ces demi-frères d'Hyrkan
formera le groupe des Tobiades). Ceux-ci se sont brouillés avec lui
et ont rejoint le pouvoir séleucide. Lorsque la Koilé-Syrie tombe
aux mains des Séleucides, ceux-ci pourront compter sur le soutien
des Tobiades, alors que Hyrkan reste dans le camp lagide, car son
siège social est en Ammon, toujours sous le contrôle des Ptolémées.
Grâce à l'appui d'Onias, Hyrkan réussit à faire expulser de
Jérusalem ses demi-frères. Ceux-ci préparent avec soin leur riposte.
Ils ont pour allié un certain Simon qui est administrateur d'une
partie du Temple. Comme le nouveau souverain séleucide a de gros
besoins d'argent pour payer un fort tribu aux Romains qui l'avaient
battu à plate couture quelques temps auparavant, Simon va lui
suggérer de faire une descente au temple et de rafler l'argent d'Hyrkan
mis en dépôt auprès d'Onias. Le roi Séleucos IV envoie donc son
ministre des finances Héliodore pour aller chercher le magot dans le
Temple. Sa prétention à entrer dans le Temple entraîne une véritable
émeute dans la ville. Sans que l'on puisse savoir exactement ce qui
s'est passé, intervention miraculeuse ou coup de force des partisans
des Lagides), Héliodore est roué de coups et empêché d'entrer. Onias
devra en personne aller présenter ses excuses au roi pour le mauvais
traitement infligé à son ministre.
En -175, Antiochos IV modestement surnommé "Epiphane", c'est à dire
"manifestation de Dieu" prend le pouvoir sur l'empire séleucide.
C'est vers lui que vont se tourner les Tobiades. Antiochos IV est en
proie à un double souci: d'une part, payer aux Romains de fortes
sommes d'argent afin de s'acquitter de son tribu de vassalité,
d'autre part, assurer la cohérence d'un empire regroupant de
multiples langues et peuples. Pour ce faire, il va chercher à
l'homogénéiser sous la bannière de la culture grecque.
Les Tobiades vont piloter en sous-main un frère d'Onias, un certain
Jésus qui a pris le nom grec de Jason et qui est un partisan de
l'hellénisation à outrance. Jason va revendiquer le souverain
pontificat et plaider sa cause auprès d'Antiochos. Comme Antiochos
doit toujours payer le tribu à Rome, Jason a l'habileté de lui
proposer une forte somme en échange de sa nomination. Gagnant tant
du coté de son programme d'hellénisation que du coté finances,
Antiochos dépose Onias III et nomme Jason Grand Prêtre. Pour la
première fois, mais pas la dernière, le souverain pontificat n'est
plus dans la suite d'une succession régulière mais devient une
charge qui s'achète.
Jason va mettre en oeuvre son programme d'hellénisation à Jérusalem,
notamment la construction d'un gymnase, ce qui va scandaliser une
partie de la population car les athlètes s'y entraînent entièrement
nus. Comme dans ces conditions fort dévêtues la circoncision devient
un signe extérieur gênant, d'habiles chirurgiens proposent des
interventions pour en dissimuler la trace. Le Grand Prêtre Jason ira
jusqu'à utiliser l'argent du Temple pour offrir des sacrifices aux
idoles étrangères.
Trouvant que l'hellénisation ne progresse pas assez vite, Antiochos
va commencer à suspecter Jason qui reste quand même le frère du
Grand Prêtre légitime Onias. Un homme de paille des Tobiades, un
certain Ménélas, frère du Simon de l'affaire Héliodore, va poser sa
candidature au souverain pontificat en offrant une somme encore plus
alléchante. Il obtient sa nomination en 170 et Jason est à son tour
déposé. Notons que pour la première fois, le sacerdoce passe à un
homme étranger à la lignée de Sadoq.
Tout cela indique où en était tombé la hiérarchie sacerdotale à
Jérusalem! Jason ne va pas se décourager et il va devenir chef de
bande. Avec ses troupes, il attaque Ménélas à Jérusalem et le
contraint à s'enfermer dans l'acropole sous la protection des
troupes royales. Cet incident va décider Antiochos à intervenir
directement dans les affaires d'Israël et à prendre en main
personnellement l'hellénisation de la Judée.
Antiochos va agir avec brutalité, en commençant par l'élimination du
parti pro-Lagides et des partisans de Jason. Pour récupérer l'argent
que Ménélas n'avait pu payer, il pille le Temple et emporte tous les
objets de valeur. Puis il confie la suite de l'hellénisation forcés
à son lieutenant Appolonios. Celui-ci va poursuivre les massacres et
démolir l'enceinte de Jérusalem que Néhémie avait fait rebâtir à
grand-peine. Pour s'assurer du calme de la capitale, il fait bâtir
une grande forteresse, nommée l'Akra avec les pierres du rempart, et
il la garnit d'une forte garnison royale. L'hellénisation prend
ensuite une autre tournure avec l'interdiction pure et simple du
culte yahviste. Les livres de la Torah sont saisis et brûlés. La
circoncision devient passible de peine de mort, ainsi que la
pratique du shabbat. Enfin, pour couronner le tout, on érige dans le
Temple une statue de Zeus Olympien (15 décembre 167). Le temple
samaritain concurrent du Garizim subira le même sort et sera
également consacré à Zeus. Ordre est donné à tous les habitants
d'Israël de procéder à des sacrifices païens en faveur d'Antiochos.
L'histoire des Maccabées nous rapporte que bon nombre d'Israélites
ont fait bon accueil à ces mesures. Certains vont être victimes des
persécutions, comme nous les rapporte aussi l'histoire des
Maccabées. Enfin, certains vont fuir les villes où la pression de
l'occupant est trop forte, pour se réfugier dans les steppes et
pouvoir y continuer un mode de vie en accord avec leur foi. Ce
groupe de fidèles va prendre le nom d'Assidéens, de l'hébreu
Hassidim, les Pieux. Les Assidéens se contentent d'une résistance
passive, fuyant le contact avec les zones sous contrôle païen. C'est
sans doute dans ces milieux qu'il faut rechercher l'origine des
Esséniens de la communauté de Qumrân, dont on retrouvera dans leurs
documents à la fois le désir de fuir tout contact avec les impurs et
la non-reconnaissance du sacerdoce de Jérusalem du fait de la
rupture de la filiation sadocite. C'est également à cette époque
qu'il convient de placer la compilation et la rédaction des livres
pseudipigraphes comme: le Livre d'Énoch, le Testament des Douzes
Patriarches, l'Apocalypse d'Abraham, et plusieurs autres.
A coté des Assidéens qui font de la résistance passive va se lever
un autre groupe décidé à l'affrontement armé. Cette révolte va se
focaliser autour de la famille d'un chef de clan de Modin, un nommé
Matathias, dont le fils Judas surnommé Maccabée, (c'est à dire "le
marteau de Dieu" car il tombait comme le marteau sur ses ennemis) va
donner le nom à toute la lignée, les Maccabées. En 166, lors d'une
tournée d'inspection d'un fonctionnaire royal chargé de s'assurer du
bon déroulement du culte païen, Matathias se rebelle et tue le
fonctionnaire, ainsi qu'un de son village qui avait sacrifié aux
idoles. Pour éviter d'immédiates représailles, il prend le maquis
avec ses cinq fils. Décédé peu après, c'est Judas Maccabée qui va
prendre la tête de ce mouvement de rébellion qui va rapidement
attirer à lui un certain nombre de mécontents désireux d'en découdre
avec l'adversaire. Averti de ce coup de force, Apollonios mène au
combat une petite force de représailles. Hélas pour lui, il
sous-estime complètement l'adversité et sa troupe est décimée.
Lui-même trouvera la mort dans le combat. Ce n'est encore qu'une
échauffourée, mais elle a permis à Judas d'armer ses troupes en
dépouillant ses ennemis.
En 165 et 164, des affrontements plus importants vont se dérouler
contre des forces importantes chargées de mater la rébellion
judéenne. Elles tournent en faveur de Judas, d'autant plus
facilement qu'Antiochos est occupé à une expédition sur sa lointaine
frontière orientale. Comme commence à courir le bruit de sa mort,
son général Lysias préfère suspendre les opérations en Judée. Pour
ne pas laisser sur ses arrières un pays non pacifié, il conclut un
pacte avec Judas accordant aux Juifs la liberté religieuse et le
respect de leur mode de vie. Le Grand Prêtre Ménélas, qui a senti de
quel coté le vent soufflait intervient en faveur de Judas et sert
d'intermédiaire pour cet accord. Judas profite de cette trêve pour
établir un lien diplomatique avec Rome, de qui il obtiendra un
soutien de principe, mais bien sûr aucune aide concrète. Profitant
de la trêve, les Assidéens peuvent revenir à Jérusalem, et Judas
entreprend le nettoyage du temple. L'idole est démolie et l'autel
reconsacré le 25 décembre -164. Cette nouvelle dédicace du Temple
est encore célébrée aujourd'hui lors de la fête d'Hanukkah. Mais à
coté du Temple, la forteresse de l'Akra demeure remplie de troupes
fidèles aux Séleucides. Judas profite du calme pour mener des
opérations anti-hellénisme en Galilée et en Transjordanie.
Après la mort d'Antiochos en 163, Lysias prend le contrôle du
royaume contre la volonté du testament du roi, en tant que régent du
jeune Antiochos V, alors que le roi avait désigne Philippe comme
régent. A la nouvelle de la mort du tyran, Judas Maccabée a
entrepris le siège de l'Akra. Les défenseurs appellent au secours et
Lysias décide de reprendre une campagne contre l'agitation en Judée.
Il attaque en force, avec l'arme absolue de l'époque, les éléphants
de guerre. La confrontation avec les troupes de Judas tourne à la
déroute pour les rebelles. Eléazar, un jeune frère de Judas, trouve
la mort en essayant de tuer un éléphant sur lequel il croit à tort
que se trouve le jeune roi. Les forces de Judas sont totalement
mises en déroute. Heureusement pour eux, le régent évincé, Philippe,
a pris les armes et monte contre l'usurpateur Lysias. Celui-ci doit
donc lever le siège et foncer à la rencontre de son rival. Encore
une fois, il signe une trêve avec Judas pour ne pas laisser sur son
arrière garde un pays instable. Comme il faut bien que quelqu'un
paye pour tous ces troubles, c'est le Grand Prêtre Ménélas qui fait
les frais de l'opération et qui est exécuté. Ceci permet de choisir
un nouveau Grand Prêtre, toujours fervent de l'hellénisme, mais à
nouveau de lignée sacerdotale, un certain Alcime.
La confrontation entre Lysias et Philippe se termina mal pour les
deux. Le jeune roi Antiochos a été assassiné par Lysias lui-même
pour mettre sur le trône Démétrios I. C'est vers Démétrios que se
tournent les partisans d'Alcime pour que celui-ci l'installe comme
Grand Prêtre. Cette mission est confiée au général Bacchidès en 161.
C'est donc la reprise des affrontements. Mais Judas est en
difficulté car il est lâché par beaucoup d'Assidéens qui
reconnaissent la légitimité d'Alcime du fait de son lignage. Cette
trahison ne profitera pas à ces Assidéens que Bacchidès fera
massacrer en masse. Après une dernière victoire contre Nicanor, l'éléphantarque
du roi, Bacchidès revient à la charge avec des troupes imposantes.
En avril 160, Judas est abandonné par la plupart de ses soldats. Il
se lance dans une dernière charge dont bien sûr il ne reviendra pas.
Il reste heureusement pour le parti de la rébellion trois frères de
Judas. C'est Jonathan qui prend le commandement après la mort de
Judas. Les rebelles n'ont plus les moyens de mener une guerre de
contact. La rébellion se replie vers le désert et se contente
pendant quelques années de modestes opérations de guérilla aux
frontières. C'est plus ou moins la paix en Israël. Progressivement,
les forces maccabéennes reprennent pied dans le pays, favorisées par
les graves dissensions qui divisent le parti helléniste. Jonathan,
surnommé à juste titre le rusé, ou le dissimulateur, va
admirablement se servir des événements pour faire progresser sa
cause. En -153, un certain Alexandre Balas, qui se dit fils
d'Antiochos Epiphane, conteste la royauté de Démétrios. Il débarque
avec ses troupes à Ptolémaïs (St Jean d'Acre). Pour éviter que
Jonathan et ses forces ne rejoignent Balas, Démétrios lui propose de
le reconnaître comme gouverneur de Judée! Jonathan accepte l'offre
et entre à Jérusalem comme lieutenant du roi. En fait, il travaille
pour sa propre cause et il use de cette toute nouvelle autorité pour
refortifier Jérusalem et isoler la fameuse forteresse d'Akra
toujours aux mains des Séleucides. Alexandre Balas ne va pas rester
inactif. Il fait aussi une offre à Jonathan, beaucoup plus
alléchante que celle de Démétrios. Il propose de nommer Jonathan ami
du roi, de le ceindre de la couronne et de l'établir Grand Prêtre.
Jonathan change immédiatement de camp et c'est en tant que Grand
Prêtre qu'il officie en -152. Il a choisi le bon camp, car Balas
triomphe de Démétrios et prend le pouvoir royal en -150. Pendant la
guerre qui va encore une fois opposer les Lagides aux Séleucides,
Jonathan reste prudemment neutre et soutient alternativement l'un et
l'autre camp. Il en profite surtout pour étendre le territoire sous
sa juridiction. Il en fera cependant un peu trop, et il sera
assassiné après trahison en -143 par Tryphon, le Séleucide régnant
alors.
La direction des opérations militaires et diplomatiques maccabéennes
passe alors à Simon, un des deux frères survivant. Comme Jonathan,
Simon va jouer habillement la carte des querelles de succession
Séleucides et récupérer tous les privilèges dont jouissait Jonathan.
En -141, il réussit même à se défaire de l'Akra. En -140, on
organise une célébration pour donner à Simon une certaine légitimité
en tant que Grand Prêtre alors qu'il n'est pas de lignée sadocite.
Bien qu'il ne porte pas le titre de roi, Simon obtient de fait la
quasi-indépendance d'Israël. Il est tout à la fois Grand Prêtre et
chef politique. Il va rétablir une succession héréditaire dans ces
deux domaines, fondant ainsi la dynastie des Asmonéens.
Le règne de Simon va se dérouler dans un climat de paix et de joie
après ces années d'oppressions. Cependant, Simon va connaître une
fin violente assassiné par un opposant en -134. Cette tentative de
coup d'état échouera et le fils de Simon,Jean Hyrkan, va lui
succéder à la tête d'Israël. C'est vers cette époque que s'achève
les récit des livres des Maccabées et seul l'historien Flavius
Josèphe couvre la période suivante.
Le règne de Jean Hyrkan sera prospère, pratiquement totalement
indépendant des Séleucides. Il va en profiter pour étendre son
territoire, en imposant de force la conversion au Yahvisme des
populations conquises. Ce sera le cas de l'Idumée, le territoire
situé au sud de la Judée. Du fait de cette conversion forcée, les
Iduméens seront dès lors considérés comme faisant partie de la
nation juive. Nous retrouverons ultérieurement un Iduméen célèbre
qui jouera un rôle dans les affaires d'Israël, à savoir Hérode le
Grand.
C'est également vers cette époque que vont se constituer, ou tout du
moins affirmer leurs différences, les deux grands partis religieux
que nous retrouverons dans le Nouveau Testament,les Pharisiens et
les Sadducéens. Les Pharisiens, dont le nom pourrait bien signifier
les "séparés", semblent être la continuation du groupe jusqu'alors
informel des Assidéens, dont on sait qu'ils étaient regroupés en
congrégations. Les Pharisiens vont en tout cas manifester les mêmes
préoccupations que les Assidéens de la période maccabéenne, soucieux
d'une stricte observance de la loi, désireux de se préserver de la
souillure engendrée par le contact avec les tenants de l'hellénisme,
et finalement peu enclins à agir dans le domaine politique, du moins
au début. Leur organisation est laïque, indépendante du clergé
attaché au Temple, mais centrée sur des scribes commentateurs de la
loi, un peu dans la ligne d'Esdras. A l'inverse, les Sadducéens,
dont le nom vient probablement du prêtre Sadoq, se considèrent comme
les détenteurs du sacerdoce légitime. Ils recrutent essentiellement
dans la classe sacerdotale, et possèdent de nombreux alliés
politiques dans l'aristocratie. Dans l'ensemble, ils sont plutôt
ouverts à l'hellénisme, et dès le début, du fait du rôle politique
affirmé du Grand Prêtre, ils jouent un rôle dans le vie politique du
pays. En fait, on ne connaît les Sadducéens pratiquement que par de
la littérature d'origine pharisienne, et cette dernière ne fait pas
d'eux un portrait très élogieux, allant jusqu'à les accuser
d'impiété. Si on considère le comportement des Grands Prêtres de la
période grecque, il est possible que cette accusation ne soit pas
sans fondements.
Quoi qu'il en soit, Jean Hyrkan va adhérer au parti sadducéen et
concevoir une vive hostilité contre les Pharisiens, qui lui
reprochent entre autre de réunir en un seul homme la fonction de
chef politique et militaire et de Grand Prêtre. Par ailleurs, Hyrkan
va se comporter comme la plupart des souverains hellénisés de son
temps, recourant notamment au recrutement de troupes mercenaires
étrangères pour mener ses opérations de colonisation. Selon
Josèphe, Hyrkan alla jusqu'à piller le tombeau de David pour payer
ses mercenaires. Cette anecdote montre le changement qui s'est
opéré en une seule génération depuis Judas Maccabée. Lorsque Jean
Hyrkan meurt en -104, la Judée est à l'apogée de sa puissance depuis
le retour d'exil et possède de fait l'indépendance d'un royaume
autonome.
Après le règne d'Aristobule I, surnommé le philhelène (l'ami de
l'hellénisme, ce qui veut tout dire), nous arrivons au règne
d'Alexandre Jannée (103-76) qui va officiellement prendre le titre
de roi, rompant ainsi définitivement avec l'idée que la royauté en
Juda ne puisse appartenir qu'à la lignée de David. Cette
usurpation du pouvoir royal va exacerber l'hostilité des Pharisiens
qui vont provoquer un esclandre lors d'une cérémonie au Temple que
préside Alexandre Jannée en tant que Grand Prêtre. Le roi répondra
par la manière forte et des soulèvements se produiront un peu
partout dans le pays, stimulés par les Pharisiens qui sont très
aimés dans le peuple. La répression sera terrible, Josèphe parle
d'environ 50000 juifs massacrés par les troupes mercenaires
d'Alexandre. Les Pharisiens vont alors appeler à leur secours le
Séleucide régnant alors, Démétrios III. En -88, celui-ci arrive avec
des troupes et il écrase les forces d'Alexandre Jannée, forçant ce
dernier à fuir dans les montagnes. Mais alors le parti Pharisien
craignit que Démétrios ne reproduise le comportement d'Antiochos
Epiphane, et ils le trahirent après que celui-ci eut battu Alexandre
Jannée. Démétrios dut repartir face à un pays dont tous les éléments
lui étaient désormais hostiles. Sitôt le Séleucide hors de vue,
Alexandre Jannée sortit de sa tanière et fit payer cher aux
Pharisiens et à leurs alliés leur tentative de rébellion. A titre
d'exemple, il en fit crucifier 800 à Jérusalem et fit massacrer
leurs familles devant eux. Alexandre sombra dans l'alcoolisme et
mourut de ce qui pourrait bien être une cirrhose. Dans son
testament, il confia la royauté à sa femme,Salomé Alexandra, avec un
surprenant revirement. En effet, il lui recommandait de faire la
paix avec les Pharisiens et d'associer ces derniers à la vie
politique du pays. Salomé Alexandra (76-67) respecta ce désir et son
règne fut une période de prospérité pour les Pharisiens qui en
pratique assurèrent le gouvernement du pays. C'est alors que les
Sadducéens perdirent la majorité au conseil du Sanhédrin.
A Alexandra succédera son fils cadet Aristobule II qui avait réussi
à évincer son frère aîné Hyrkan. Mais Hyrkan a un ami puissant,
l'Iduméen Antipater, allié du roi nabatéen Arétas. Ces deux rois
vont lever des troupes et marcher contre Aristobule pour placer
Hyrkan sur le trône. Lors du siège de Jérusalem en -65 par les
troupes nabatéennes, le sanhédrin se divisa, les Pharisiens prenant
le parti d'Hyrkan, et les Sadducéens celui d'Aristobule. La
situation semblait sans issue et le siège parti pour durer, quand un
élément extérieur vint bouleverser la donne.
En effet, cette querelle interne servait magnifiquement les affaires
des Romains dont les armées de Pompée se trouvent alors en Syrie.
Pompée délègue un légat pour arbitrer la querelle entre les deux
frères. Ce légat se prononce alors en faveur d'Aristobule et ordonne
aux troupes nabatéennes de lever le siège, ce à quoi elles doivent
bien obéir, ne pouvant évidemment affronter les légions romaines.
Antipater revient à la charge et plaide en faveur d'Hyrkan auprès de
Pompée lui-même. En -63, celui-ci ordonne un arbitrage entre les
deux frères. Pressentant que l'issue de cet arbitrage risque de lui
être défavorable, Aristobule entre en conflit avec Pompée et après
quelques vicissitudes s'enferme dans Jérusalem aussitôt assiégée par
Pompée. A l'automne -63, la ville est prise par les troupes
romaines. Il s'en suit un massacre, dont il semble bien que la
responsabilité incombe davantage aux Pharisiens amis d'Hyrkan qu'aux
troupes romaines. En pratique, cette victoire de Pompée marque la
fin de la période grecque. La dynastie asmonéenne va encore régner
quelques temps. D'abord Hyrkan, qui est intronisé roi et Grand
Prêtre à la place de son frère. Lors du conflit qui opposa César à
Pompée, Aristobule crut pouvoir prendre sa revanche, mais il fut
assassiné ainsi que son fils par les partisans d'Hyrkan. Soutenant
d'abord Pompée, l'Iduméen Antipater sentit rapidement de quel coté
soufflait le vent et il prit fait et cause pour César. Dès lors,
Antipater ne va cesser de montre en puissance, et comme les Iduméens
étaient assimilés à la nation juive, cette dernière en profita pour
avoir un statut privilégié auprès des Romains. Antipater en profite
pour placer ses fils gouverneurs, notamment le jeune Hérode qui se
retrouve à 15 ans gouverneur de Galilée. Après la mort de son père
en -43, Hérode va bénéficier à son tour du soutien des Romains. Il
entrera en conflit avec le dernier Asmonéen Antigone. En -37, Hérode
entre victorieux à Jérusalem. On est à l'aube de l'ère
néotestamentaire, de la naissance miraculeuse du Seigneur
Jésus-Christ en –4, et de son ministère de trois ans et demi en
Israël, soit 490 ans après la prophétie de Daniel (Daniel 9:23-27).