* Les notes (entre
parenthèses, en italiques et en caractère bleu sont celle de BibleTexte.
Elles furent ajoutées dans le but de signaler et de rectifier les
aberrations de la théologie réformée sur la doctrine de l'inspiration des
Saintes Écritures.)
La question du statut des Écritures est sans aucun doute
l'une des plus importantes et des plus déterminantes pour la définition de
la Foi et l'orientation de l'ensemble du discours théologique.
D'aucuns ont vu dans celle-ci la pierre de touche de tout
le système théologique, comme aussi l'une des principales pomme de
discorde entre théologiens de tendances différentes (orthodoxes et
libéraux, catholiques et protestants, etc.).
Poser la question du statut des Écritures, c'est
s’interroger forcément sur le fondement même de la foi chrétienne, sur son
principe formel, en contraste avec son principe matériel qui
est la foi.
La question qui se pose est la suivante: La Bible
est-elle simplement un document humain, une émanation du peuple de Dieu,
un compte-rendu de la vie du peuple de Dieu et de ses expériences
religieuses, ou bien est-elle véritablement la Parole de Dieu qui
s'adresse à l'homme ? Ou encore: En quel sens la Bible est-elle
la Parole de Dieu ?
Dans cette étude nous nous proposons, après avoir mis en
évidence les enjeux de la question et dressé un tableau de la situation
actuelle, de montrer le bien fondé de la position réformée classique au
sujet de l’inerrance de la Bible. Nous considérerons en particulier la
nature divino-humaine de l’Écriture en relation avec la notion d’Alliance,
celle-ci constituant le cadre constitutionnel de la révélation biblique,
et sa raison d'être. Enfin, nous nous efforcerons de répondre aux
principales objections à la doctrine de l’inerrance-infaillibilité de la
Bible.
Les enjeux de la question du statut des
Écritures sont
considérables, car c’est d’elle que dépendent en définitive toute la
théologie et la vie de l’Eglise1. La conception que l’on a de
la nature de l’Écriture a des implications dans des domaines aussi variés
que l’interprétation de la Bible, la valeur du dogme et de la morale
chrétienne, la spiritualité, la certitude de la foi, ou encore la nature
de l’Église.
L’enjeu pour l'interprétation des textes bibliques:
toutes les interprétations sont-elles forcément légitimes, aussi
légitimes les unes que les autres ? Jusqu’où peut-on aller dans
l’acceptation des différentes méthodes d’interprétation de la Bible ?
Peut-on poser des bornes au pluralisme théologique issu de ces différentes
approches de la Bible ?
L’enjeu pour la stabilité du dogmeet de la
morale: au-delà de l'évolution des mœurs qui tend à nous
imposer ses nouveaux schémas, est-il possible d’établir un corps de
doctrines, un Credo, qui puisse constituer le fondement objectif,
pour tous les temps, de la Foi de l’Église ? Est-il légitime de
concevoir un fondement objectif, une norme au droit et à la
morale ?
L’enjeu pour la spiritualité chrétienne:
est-il possible de fonder de façon objective l’expérience religieuse, la
piété, en dehors de nos sentiments humains ? Existe-t-il un critère
de vérité permettant de juger de la valeur d’une expérience religieuse,
d’une spiritualité même " chrétienne ", qui sont par nature
subjective, et donc sujettes à l’erreur ? La vérité existe-t-elle en
dehors des sentiments humains ?
L’enjeu pour la certitude de la foi: la
relation de confiance absolue entre Dieu et le fidèle est conditionnée par
" les faits qui lui servent de fondement, les faits confessés dans le
symbole apostolique comme objets de la foi (ne
faut-il pas au contraire confessé les faits qui se trouvent dans
l'Écriture seule - le Sola Scriptura - qui est à la base de la Réforme
même ?) "2 La véracité
de ces faits dépend à son tour de la nature de l’Écriture, selon que
celle-ci est plus ou moins digne de confiance, plus ou moins sujette à
l’erreur.
L’enjeu pour la nature de l’Église: s’il est
de la vocation de l’Église, de sa nature, de proclamer et de vivre la
" vérité dans la charité ", et de rechercher " l’unité par
le lien de la paix ", dans quelle mesure peut-on concevoir un certain
pluralisme, ou pluralité, au sein de l’Église, tout en maintenant son
caractère confessionnel ? Une Église peut-elle être à la fois
" pluraliste " et " confessionnelle " ?
Il apparaît que la réponse à ces différentes questions
dépend plus ou moins directement de la nature que nous reconnaissons au
texte biblique. La confusion qui règne aujourd’hui dans beaucoup d’Églises
sur toutes ces questions est significative de la diversité de vues
concernant le statut des Écriture.
Si tous les théologiens chrétiens s'accordent pour
reconnaître à la Bible une certaine autorité, tous ne s'entendent pas
forcément sur la nature de cette autorité. Que la Bible ait la prétention
d'être la "Parole de Dieu", cela, nul ne le conteste, mais les choses se
compliquent dès lors qu’il s’agit d’en préciser le sens.
C’est ainsi que pour la théologie moderne, héritière du
libéralisme rationaliste et anthropocentrique d’un Schleiermacher
(1768-1834) – le père du libéralisme –, de la pensée dialectique d’un Karl
Barth (1886-1968), ou du fidéisme subjectif d’un Auguste Sabatier
(1839-1901), c'est à tord que l'on considère la Bible comme étant, à
proprement parler, la Parole de Dieu: la Bible n'est pas la Parole
de Dieu, mais elle est, au mieux, un témoignage humain rendu à la
révélation, à la Parole de Dieu qui est le Christ. Ainsi, la Bible
n’aurait pas, au sens strict du terme, le statut de révélation ou de
Parole de Dieu. La révélation est au-delà de l’Écriture, qui n’en
constitue qu’un humble témoin, faillible, et donc sujet à la critique.
D’où une ample utilisation de la méthode dite
" historico-critique " qui ne signifie rien d’autre que
" l’application aux documents bibliques des méthodes
rationnelles ou scientifiques telles qu’elles s’exercent dans
d’autres domaines de l’étude… " (Ch. DODD)3
Pour ne prendre qu’un seul exemple récent, le dossier
consacré à la Bible dans l’Encyclopédie du protestantisme est
hautement significatif. Dans celui-ci, en effet, le texte biblique est
avant tout " témoignage ", distinct de la révélation:
" la lettre du texte ne saurait être comme telle la vérité, mais elle
renvoie au Christ, à la "doctrine" ou à la "substance" de la vérité
salutaire "4. Henry Mottu, dans un article récent de la
revue Hokhma va dans le même sens lorsqu’il affirme:
" La Bible, comme texte fondateur, témoigne de la Parole de
Dieu; elle est servante de la Parole. "5
Ainsi, il n’est pas étonnant d’assister aujourd’hui a une
dévaluation de l’autorité de la Bible, et conjointement à une véritable
floraison de "grilles d'interprétation" ou de "méthodes de lecture" de la
Bible, toutes plus ou moins contradictoires. Le fait d’approcher la Bible
comme un document humain seulement, en mettant de côté son origine divine,
donc unique, détermine le type de lecture à la fois critique, subjective
et anthropocentrique de la théologie moderne.
Le point de vue évangélique est tout autre, puisqu’il
maintient sur ce point les grandes affirmations de l’Église ancienne, et
de l’orthodoxie en général, qui considère le texte de l’Écriture comme
étant revêtu de l’autorité-infaillibilité de Dieu lui-même, parce
qu’émanant de lui seul6. C’est précisément cette relation
spécifique des " évangéliques " au texte de l'Écriture qui range
ces derniers, dans l’esprit des théologiens modernes, dans la catégorie
des " fondamentalistes " ou " conservateurs " ou
encore " ultra-orthodoxes " – ce qui leur vaut souvent d’être
marginalisés au sein de l’idéologie protestante contemporaine, telle que
représentée notamment dans l’Encyclopédie du protestantisme.
Notons cependant que depuis les années soixante, un
nouveau courant a vu le jour au sein de la mouvance évangélique, qui a
remis en question la doctrine classique de l’inerrance, en proposant un
point de vue plus nuancé – d’où leur nom de
" néo-évangéliques "7. Aux
États-Unis8, le
Fuller Seminary – de tendance " évangélique " – élimine
l’inerrance de sa Confession de Foi, et s’inscrit en faux contre les
positions défendues notamment par J.G. Machen, de la Faculté de Théologie
de Westminster, ou C.F. Henry. Dans les années soixante dix, une réaction
orthodoxe a lieu autour du thème de l’inerrance9, et donne le
jour, en 1977, au Conseil International pour l’Inerrance, auquel on doit
les Trois Déclarations de Chicago: " Sur l’inerrance
biblique " (1978), " Sur l’herméneutique biblique " (1982)
et " Sur l’application de l’enseignement biblique " (1986).
Dans le chapitre qui suit, nous nous proposons d’examiner
le bien fondé du principe externe et formel de la foi réformée confessante
selon lequel l’Écriture est la Parole inspirée de Dieu, revêtue du
caractère d’infaillibilité – ou inerrance –, étant de ce fait reçue comme
la norme souveraine et intangible pour la vie de l’Église et du
chrétien.
Pour le chrétien, soucieux de suivre l'enseignement de
son Seigneur, la manière dont le Christ concevait l'autorité de l'Écriture
est déterminante, plus que toutes autres raisons. Comme l'affirme fort
justement Pierre Marcel: " Pour nous, la pensée du Maître est
canonique. Elle est une autorité extérieure plus haute que toutes les
autorités rabbiniques, ecclésiastiques, scientifiques, les plus vénérables
". Et encore: " Le témoignage de Jésus dans l'histoire dépose
en faveur du canon hébreu, de l’authenticité et de l'historicité de
nombreux faits, et le témoignage du Saint-Esprit dans le cœur dépose en
faveur des affirmations de Jésus. "10
Pour Jésus, l’Ancien Testament est revêtu de l’autorité
divine, de sorte que l’expression qui revient sans cesse dans sa bouche,
" il est écrit ", est synonyme de " Dieu
dit "12: ce que la Bible dit, Dieu le dit. A ce
titre, il est intéressant de noter que les citations de l'Ancien Testament
" se réfèrent toujours à des Écritures canoniques et ne sont jamais
employées par les écrivains du Nouveau Testament pour désigner les
Apocryphes. "13
Au témoignage de Jésus vient s’ajouter le témoignage des
Apôtres pour lesquels les écrivains sacrés ont été comme portés par
le Saint-Esprit dans la rédaction de la Bible (2 Pie. 1 : 19-21), de
sorte que l’Écriture tout entière est theopneustos, " souffle
de Dieu ", c’est-à-dire formée par le souffle divin lui-même (2 Tim.
3 : 16), (Toutefois l'expression signifie
plus proprement que l'Écriture respire de Dieu, qu'elle n'est pas une
lettre morte mais vivante, étant imprégnée de l'Esprit de Dieu qui est
présent en elle).14
Ce qui est vrai pour l’Ancien Testament l’est aussi pour
le Nouveau. Jésus a, en effet, authentifié, de façon prophétique, le
Nouveau Testament, en énonçant à ses Apôtres le principe qui est à la base
de la formation du Canon biblique par l’action de l’Esprit Saint (Jn
14 : 26 ; 16 : 12ss, 17 : 14-19).
La manière dont les théologiens de l’Église ancienne, les
docteurs de l’École, les Réformateurs et les post-Réformateurs ont
considéré le statut de l’Écriture dépose en faveur de l’inerrance
biblique. La théologie réformée confessante entend maintenir sur ce point
l’orthodoxie historique.
" La théologie "évangélique" maintient, sur le
statut et les caractères de l’Écriture, ce qu’ont cru et enseigné les
Pères de l’Église, les Docteurs de l’École et, particulièrement les
Réformateurs du XVIe siècle. "15
" Si le consentement unanime des Pères n'est pas une
chimère (et nous savons que ce l'est car jamais il n'a existé aucun
consentement unanime entre les Pères, et cela est amplement prouvé dans
leurs écrits), si la constance, la perpétuité et l'universalité d'une doctrine
est une règle de foi, il n'est pas de dogme plus solidement établi que
l'inerrance de l'Écriture. "16
C’est sans doute l’une des spécificités de la théologie
réformée que de faire dépendre ultimement la certitude de la foi de ce que
Calvin a désigné comme " le témoignage intérieur du
Saint-Esprit ":
" Ainsi, que ce point nous soit résolu, qu’il
n’y a que celui que le Saint-Esprit aura enseigné, qui se repose en
l’Écriture en droite fermeté; et bien qu’elle porte avec soi sa
créance – autopistos – pour être reçue sans contredit et n’être
soumise à preuves ou arguments, toutefois que c’est par le témoignage
de l’Esprit qu’elle obtient la certitude qu’elle mérite (…) par-dessus
tout jugement humain, nous arrêtons indubitablement qu’elle nous a été
donnée de la propre bouche de Dieu par le ministère des
hommes… "17
Henri Blocher reprend l’argument: " Parole de
Dieu, l’Écriture s’accrédite objectivement elle-même; mais notre
infirmité rend nécessaire pour nous le témoignage intérieur du
Saint-Esprit, pour que nous lui donnions la foi qu’elle mérite, et son
illumination, pour que nous percevions droitement le
sens. "18
La notion d'Alliance19 permet d'appréhender de
façon juste et appropriée la nature à la fois divine et humaine de
l'Écriture. Celle-ci pose en effet le principe de la souveraineté et de la
priorité absolues de Dieu dans l'Alliance, tout autant que de la
responsabilité de l'homme, comme partenaire de l'Alliance – co-ouvrier
avec Dieu (Que l'homme soit co-ouvrier avec Dieu
est une faille sérieuse dans la théologie Réformée. Elle ouvre la voie au
salut par les œuvres et à la souveraineté de l'homme. Puisque l'homme est
mort spirituellement, comment un mort peut-il contribuer quoique-ce soit à
l'Alliance de la grâce, cela serait un non sens et un renversement de
l'Évangile de Christ).
L'Alliance concerne à la fois Dieu et l'homme, tout en
magnifiant la liberté souveraine de Dieu qui agit véritablement dans
l'histoire – il est la Cause première de toutes choses –, et ce, par le
biais de causes secondes réelles (mais ces causes sont tous soumises à
la volonté souveraine et ne peuvent aller au-delà de ce qu'elle a
préétablit de toute éternité. Soit que le Seigneur est Dieu sur tout, ou
il n'est pas Dieu du tout, il ne peut y avoir de juste milieu où l'homme
pourrait jouer un rôle quelconque).
Ainsi en est-il de l'Écriture. Celle-ci est à la fois
pleinement divine et pleinement humaine, elle est la Parole de Dieu dans
la parole des hommes. Autrement dit: Dieu est l'Auteur principal de la
Bible – et à ce titre elle est revêtue de la même autorité et
infaillibilité –, tandis que ses auteurs humains ne le sont qu'à titre
secondaire, et qu'en tant que partenaires de l'Alliance.
Dans le cas de l'Incarnation, comme dans celui de
l'"inscripturation", nous avons affaire à une intervention spéciale de
Dieu, en vue de la rédemption, intervention qui manifeste sa souveraineté
sur le monde dont il est le Créateur et le Sauveur.
Rappelons que l’Alliance, au sens matériel – le
contenu de l’Alliance – équivaut à Loi + Évangile + commandements +
promesses ; la structure formelle de l’Alliance comprenant,
conformément à la structure du Décalogue (Ex. 20): un préambule,
désignant l’identité du Suzerain (Ex. 20 : 2a), un prologue
historique, racontant l’exploit historique du Suzerain vis-à-vis de
son vassal (Ex. 20 : 2b), suivi des stipulations:
énumérations des obligations de gratitude et de confiance du vassal
envers son Suzerain, avec les promesses et les menaces qui lui seront
appliquées selon la fidélité ou l’infidélité aux stipulations du
Traité (Ex. 20 : 3-17). Ainsi, comme l’affirme Pierre Courthial: " Dès son noyau: le Décalogue … l’Écriture
s’est constituée, avec sa pleine autorité de Parole de Dieu, comme
Traité de l’Alliance du Seigneur avec son peuple, du Christ-Époux avec
son Église-Épouse ", et un peu plus loin: " Si la
structure rédactionnelle de telle ou telle partie de l’Écriture … est
exactement en forme de " traité d’alliance ", en tous points
comparable à celle des traités d’alliance du second millénaire avant
notre ère … c’est l’Écriture tout entière qui est, sinon en forme, du
moins en contenu de sens, Traité d’Alliance, si bien que toutes les
parties et tous les genres littéraires de la Bible concourent à
l’expression de l’Alliance que Dieu a établie entre lui et son
peuple. "20
Pour la théologie réformée classique, la doctrine de
l’inerrance de la Bible va de pair avec celle de l’inspiration. Si Dieu-le
Saint-Esprit est bien l’Auteur premier des Écritures, alors celles-ci ne
sauraient nous induire en erreur en quoi que ce soit:
l’inerrance-infaillibilité de la Bible sont celles de Dieu lui-même (Mais
il faut spécifier c'est quoi la théologie réformée entend par
l'inspiration des Écritures. Si, comme le courant moderne dit évangélique,
elle signifie que seulement les autographes - écrits directement de la
main des prophètes et des apôtres - furent inspiré, donc son
inerrance devient faillible et sans valeur car ceux-ci n'existent plus et
sont la quête incessante de la Critique Textuelle qui elle même admet que
le texte original demeure introuvable et qu'il est perdu pour toujours.
N'est-ce pas ici la position de ceux qui disent qu'il n'y a aucune
traduction de parfaite et que nos versions modernes ne sont pas inspirées
ni libres d'erreurs?).
SelonHenri Blocher, " l'inspiration des
prophètes et des apôtres, aux modes divers et mystérieux, leur a permis de
parler et d’écrire sans distorsion aucune comme les porte-paroles mandatés
par Dieu, si bien que leur parole humaine est pleinement Parole de Dieu,
revêtue de sa souveraine autorité. "21
La Déclaration de Chicago est plus explicite
encore: " Nous affirmons que l’Écriture entière et toutes ses
parties, jusqu’aux mots mêmes de l’original, ont été données par
inspiration divine. Nous rejetons l’opinion selon laquelle l’Écriture
serait inspirée comme un tout mais non pas en chaque partie, ou, au
contraire, en certaines de ses parties mais non pas en son
tout (Point fait, l'Écriture n'est donc pas inspiré du tout selon eux
car l'original n'existe plus et personne d'eux ne l'a jamais vu. Les
versions de la Bible que nous avons entre nos mains deviennent ainsi sans
vie et sans valeur sauf au niveau historique. Voila là la triste réalité
de la décadence du christianisme moderne). "22
Trois remarques s'imposent ici.
1. L'inspiration est un don spécial, qui s'inscrit
dans le cadre de l'histoire de la révélation et de la rédemption. En ce
sens, elle appartient au passé et est non reconductible - les écrivains
sacrés en ont bénéficiés, et eux seuls (Mais ce
point de vue est complètement faux et dangereux. La Bible affirme que ce
sont les Écritures qui sont inspirées et non les rédacteurs. Dire le
contraire est une attaque sérieuse à la foi puisque celle-ci vient de ce
qu'on entend de la Parole de Dieu - Rom. 10:17).
Ainsi s'exprime Paul Wells: " La "théopneustie"
est un don spécial qui s’exerce uniquement dans "l’inscripturation"
des textes qui sont Parole de Dieu. Elle est accordée à des personnes
choisies dans ce but, au moment de la rédaction des Écritures sous
l’action du Saint-Esprit (Une telle allégation
est une hérésie du premier ordre). "23
Il nous parait d'autant plus important d'affirmer ce
point que la tendance à l'illuminisme - où chacun se prétend "inspiré" au
même titre que les Apôtres - se fait particulièrement sentir parmi ceux
qui ont rejeté la doctrine classique de l'inspiration de la Bible
(Il est clair ici que la doctrine classique de
l'inspiration autant que celle de l'illuminisme sont des fausses
doctrines).
2. La doctrine de l'inspiration entend rendre compte
d'une réalité qui échappe à notre pleine saisie, la réalité d'un Dieu qui
entre en communication avec les hommes en s'accommodant à leurs
capacités, sous la forme d'une révélation verbale, propositionnelle. Comme
pour tout ce qui a trait aux réalités célestes, il s'agit là d'un
mystère qui demande à être cru, à être reçu par la foi
(Vrai mais il ne faut pas recevoir le mensonge
comme une vérité).
A ce titre, la théologie réformée n'entend aucunement
spéculer sur les modalités de l'inspiration ("mécanique",
"organique", "dynamique", etc.), pas plus qu’elle n'entend le faire pour
la doctrine de la Trinité ou de la double nature du Christ. Ce qui compte,
en définitive, c'est le résultat: les textes ainsi produits du
miracle de l'inspiration, sont tous ensembles et chacun en particulier, la
Parole de Dieu dans la parole des hommes, pleinement dignes de confiance
et non sujets à l'erreur - ils ne sauraient nous tromper en quoi que ce
soit - par rapport au but que Dieu, dans sa Providence, leur a
désigné (Nous faisons face ici à une
contradiction majeure car il est évident selon eux que l'original est le
seul à être inspiré et libre d'erreurs, il est évident aussi que malgré
leur affirmation qu'ils sont eux-mêmes dans l'erreur en ce qui concerne
l'inspiration, donc leur position s'auto détruit elle-même, elle devient
sans crédibilité et ne mérite aucune considération mais doit être
condamnée comme une fausse doctrine).
" Les dogmaticiens calvinistes actuels ont eu…
raison, à notre sens, d'insister sur le caractère organique et
personnel de l'inspiration mieux que ne l'avaient fait, sans doute,
leurs devanciers du XVIIe siècle. Ils ont eu raison, d'autre part, de
revenir sur certaines conceptions hasardeuses de ceux du XVIIIe
siècle, comme Bénédict Pictet, qui réduisait l'inspiration aux idées.
Mais il n'est pas certain, estimons-nous, qu'ils ne soient pas trop
exclusifs en condamnant, en bloc, le procédé automatique. Dieu est
libre, totalement libre dans les modes d'inspiration qu'il lui plaît
d'adopter. Sa sagesse est infiniment variée. Il faut prendre
l'inspiration comme elle se donne. "24 Et encore: "
L'Inspiration s'accommode parfaitement de tous les procédés
littéraires en usage dans le temps où elle
s'exerce. "25
3. Ce qui ressort, en définitive, de la doctrine réformée
classique de l'inspiration, c'est que Dieu est véritablement l'Auteur
premier de l'Écriture, de la même façon qu'Il est, dans tous les sens
du terme, l'Auteur du Salut. Et cependant, comme dans la conversion où la
responsabilité de l'homme est réelle, ce sont des hommes qui ont écrit la
Bible, avec leurs "bagages" culturels, leurs connaissances du moment,
leurs styles et leurs tempéraments. C'est là tout ce qui fait la vraie
humanité de l'Écriture: pleinement divine, et pourtant pleinement
humaine.
" Dans l'inspiration, Dieu est l'auteur
primordial (auctor Primarius). C'est lui qui détermine l'auteur
sacré à parler (respect. à écrire) et à exprimer les vérités
que Dieu veut faire connaître aux hommes. Mais l'auteur sacré est bien
l'auteur secondaire réel de ce qu'il dit ou écrit avec ses moyens
intellectuels, littéraires et philologiques, avec ses souvenirs et
conformément aux résultats, le cas échéant, de ses efforts personnels
de recherches (Luc 1, 3,4). A l'indéfectibilité, à l'inamissibilité de
la grâce dans la conversion, correspond l'inerrance dans le cas de
l'inspiration. "26
Venons-en maintenant au corollaire de la doctrine de
l'inspiration qui est celle de l'inerrance-infaillibilité de la
Bible.
Selon Henri Blocher: " L'infaillibilité-inerrance
signifie ceci: quand les écrivains sacrés, dans l'Écriture, de manière
explicite ou implicite, prétendent énoncer quelque chose de juste
ou vrai, c'est à bon droit qu'ils le font. Tout ce qu'ils affirment (dans
leur situation et selon les conventions de leur langage)
mérite l'entier assentiment du lecteur (oui et amen): aucun progrès du
savoir ne peut conduire à le rejeter ou le rectifier, cela même sous un
seul des aspects impliqués: nul n'aura jamais de quoi s'inscrire en faux
contre une assertion de l'Écriture. (Mais quelle
assertion contradictoire lorsque eux-mêmes font ce qu'ils disent qu'il ne
faut pas faire) "27
Cette dernière définition amène trois remarques.
1. Ce qui est visé dans la doctrine de
l'inerrance-infaillibilité, c'est la qualité des textes produits de
l'inspiration (Vous les avez vu?): ils sont entièrement dignes de confiance; ils sont
sûrs et certains. Ou dit négativement: ils ne sauraient en aucun cas
nous induire en erreur - sur Dieu, sur l'homme, sur la réalité du salut,
le sens de l'histoire, etc.
Il s'ensuit donc que l'Écriture constitue, dans son
ensemble comme dans chacune de ses parties, la Parole-infaillible de Dieu
(Dans quelle versions?),
la norme souveraine en matière de foi et de vie, de sorte que "nul n'aura
jamais de quoi s'inscrire en faux contre une assertion de
l'Écriture."28
2. L’épithète "infaillible", qui a l'avantage de
l'ancienneté, met plus particulièrement l'accent sur le caractère propre
de la Bible comme Parole de Dieu qui communique infailliblement la pensée
de Dieu aux hommes, sans rien laisser de côté. "Inerrance" (du
latin inerrantia) présente néanmoins l'avantage de préciser de quel
genre d'infaillibilité il s'agit, et quelle est son étendue: l'Écriture
est "sans erreur", et c'est pourquoi elle est "infaillible"
(Mais puisque vous associez la Bible aux
Écritures et que vous dites que celle-ci est l'original et que vous n'avez
jamais vu un original, et que celui-ci n'existe plus, n'êtes vous pas
menteur et ne cherchez-vous pas à séduire les gens avec vos assertions
hypothétiques sophistiquées?).
" Nous affirmons que l’Écriture, divinement
inspirée, est infaillible, de telle sorte que, loin de nous égarer
(elle ne le peut puisque l'original n'existe
plus. Mais soyons conséquent un peu quand même), elle
est vraie et sûre sur tous les points qu’elle traite. Nous rejetons
l’opinion selon laquelle la Bible pourrait à la fois être infaillible et
errer dans ce qu’elle énonce. On peut distinguer infaillibilité et
inerrance, mais non les séparer. "
3. Il va de soit que dire que la Bible est inerrante et
infaillible ne prétend aucunement résoudre tous les problèmes, ni statuer
de façon ferme et définitive sur le champ de cette
inerrance-infaillibilité. Comme pour la doctrine de l'inspiration, ce qui
est visé, c'est le résultat, et les conséquences immédiates de
celui-ci (Et les conséquences démontrent
clairement que vous êtes des faux docteurs et que vous raisonner
l'Écriture au point de l'annihiler.)
Que la Bible soit entièrement digne de confiance, quelle
soit véritablement la Parole de Dieu, la communication de la Vérité de
Dieu dans nos mots humains, implique nécessairement que nous traitions
cette Parole avec respect et humilité. L'exégèse se voudra alors servante
de l'Écriture, soucieuse de l'unité-diversité de son message, selon le
principe de l'analogie de la foi selon lequel l'Écriture ne saurait se
contredire (Mais seulement dans l'original selon
vous).
Est-ce à dire qu'il n'y a pas de difficultés dans la
Bible ? Pas de contradictions apparentes ? Sans parler des
" inexactitudes " scientifiques ou chronologiques ?
(Les difficultés ne se trouvent dans la Bible,
mais dans les gens qui cherchent à la discréditer en lui enlevant sa vie
actuelle d'inspiration, sans laquelle aucun de nous ne connaîtrais le
salut par la grâce et le miracle de la régénération. Si la Bible n'est pas
inspirée perpétuellement et actuellement elle est sans puissance pour
accomplir de tels miracles et nous serions tous perdus.)
Il va de soit que le concept même d'infaillibilité ou
d'inerrance, pour être bien compris, implique une juste vision des
critères propres de l'Écriture quant à la notion même de vérité
(bonne idée, faudrait la mettre en pratique)
qui, au regard du plan du salut de Dieu, n'implique pas forcément
l'exactitude mathématique, scientifique - au sens moderne du terme - de
tous les détails qui apparaissent dans le texte. Et ce, d'autant plus que
le but de l'Écriture - lequel but est bel et bien atteint infailliblement
jusque dans les plus petits détails du texte biblique -, n'est pas de nous
fournir un traité de zoologie, de cosmologie, de géologie, ni même une
documentation historique du peuple de Dieu selon les exigences de
l'historiographie moderne, mais bien de nous amener à la foi en
Jésus-Christ Fils de Dieu (Et comment peut-elle
nous amener à une telle foi si elle est une lettre morte sans
inspiration?).
Une juste compréhension de l’inerrance-infaillibilité de
la Bible évite les écueils du maximum – l’Écriture est inerrante
jusque dans les plus petits détails scientifiques et historiques, voire
jusque dans la traduction et la transmission des textes29(mais quand cesserez-vous de vous contredire?)
– et
du minimum – la Bible n’est infaillible qu’eu égard au dessein de
salut de Dieu qui s’accomplit infailliblement dans l’histoire; le
champ de l’inerrance restreint à la foi et aux mœurs. Pour reprendre les
mots d’Henri Blocher: " Parole de Dieu, l’Écriture est sûre en
tout ce qu’elle enseigne ou affirme, c’est-à-dire infaillible ou
inerrante. Ne sont pas exclues les erreurs des copistes, la
non-conformité aux conventions grammaticales et stylistiques, l’usage des
tropes et de tous les procédés de langage admis à l’époque de rédaction au
service d’une communication véridique. "30
Comme l’affirme la Déclaration de Chicago:
" Nous affirmons que le mot inerrance convient, comme terme
théologique, pour caractériser l’entière vérité de l’Écriture. Nous
rejetons la démarche qui impose à l’Écriture des canons d’exactitude et de
véracité étrangers à sa manière et à son but. Nous rejetons l’opinion
selon laquelle il y aurait démenti de l’inerrance quand se rencontre des
traits comme ceux-ci: absence de précision technique à la façon
moderne, irrégularités de grammaire ou d’orthographe, référence aux
phénomènes de la nature tels qu’ils s’offrent au regard, mention de
paroles fausses mais qui sont seulement rapportées, usage de l’hyperbole
et de nombres ronds, arrangement thématique des choses racontées,
diversité dans leur sélection lorsque deux ou plusieurs récits sont
parallèles, usage de citations libres. "31
Nous distinguerons deux catégories d’objections à la
doctrine classique de l’inerrance: celles émanant des différents
courants critiques rationalistes de la Bible, représentés notamment par la
méthode historico-critique, et celles, plus subtiles, émises par le
courant néo-évangélique.
L’objection qui revient le plus souvent à l’encontre de
la doctrine classique de l’inerrance s’appuie sur les difficultés de la
Bible, ses apparentes contradictions. La Bible, dit-on, fourmille de
contradictions et d’erreurs palpables. Il est donc nécessaire de
distinguer l’élément humain de la Bible de son élément divin, en fonction
de certains critères qui varient selon les écoles théologiques.
D’aucuns prétendent que les " résultats
acquis " de la critique biblique ont définitivement remis en question
le dogme de l’orthodoxie protestante eu égard à l’inerrance.
Cependant, sans rejeter en bloc le travail prodigieux de
la critique moderne – tous les " critiques " ne sont pas
forcément mal attentionnés –, observons avec Auguste Lecerf le
" caractère irrémédiablement subjectif de toute critique portant sur
des questions fondamentales en relations avec les principes de la vie
spirituelle. "32 Il convient donc, en pareil domaine,
d’être particulièrement vigilant vis-à-vis d’une " tendance
apologétique inconsciente ", marquée par l’humanisme
subjectiviste et évolutionniste ambiant, pouvant conduire les théologiens
critiques " à opter, dans les cas douteux [les difficultés de
l’Écriture], presque invariablement pour la solution
négative. "33
Il résulte de cela que beaucoup de "faits acquis" ne
le sont, en réalité, " que pour ceux qui acceptent l’idéologie de
Kantienne, Hégélienne ou Comtiste ", qui repose sur " une base
essentiellement subjective ", tandis que le croyant n’a rien à
craindre des résultats d’une critique, d’une " science libérée de
l’idéologie humaniste et évolutionniste (Bravo,
quel beau moyen subtil de lancer du sable dans les yeux!). "34
Sur les "diversités" et divergences de détail
entre deux récits de deux auteurs différents: Nous partageons l’avis
d’Auguste Lecerf selon lequel: " L'essentiel est que les
auteurs s'accordent sur le "principal" qui est le seul objet réel de leur
affirmation. On peut donc reconnaître des inexactitudes de détail dans la
présentation des faits et des décalages chronologiques, tout en maintenant
que les deux auteurs ont joui du privilège de l'inerrance pour atteindre
le but qu'ils se proposaient sous l'impulsion d'une inspiration intégrale.
Cette inspiration, en effet, ne suppose l'inerrance que par rapport au but
qu'elle révèle à celui qui en est l'organe. "35 Cependant que
nous ajoutons avec Henri Blocher: " Au contraire, il y aurait
entorse à l’infaillibilité si l’écrivain sacré fournissait un
renseignement inexact (incorrect), dans son ordre, même s’il ne s’agissait
que d’un point secondaire… ou d’une remarque jetée en passant,
incidemment. "36
Sur les erreurs scientifiques: Il convient
ici de faire valoir le fait que l'Écriture ne donne pas elle-même sa
propre vision scientifique du monde, le langage de la Bible étant celui de
l'expérience sensible et naïve. Les affirmations "scientifiques" de
l'Écriture ne sauraient par conséquent être interprétées dans le sens
d'une vision du monde primitive liée aux conceptions erronées de l'époque.
" Nous n'avons aucun embarras à reconnaître avec
le calviniste H. Bavinck que les auteurs sacrés partageaient sur ces
matières les opinions des hommes de leur temps. Mais nous maintenons
que l'Écriture ne nous impose pas de croyances scientifiques erronées
pour l'excellente raison qu'elle ne se propose pas de présenter un
enseignement systématique sur les sciences. " Que celui qui veut
connaître l'astrologie et les secrets de la nature s'adresse ailleurs
", dit Calvin, commentant le premier chapitre de la
Genèse. " ; " D'une manière générale, nous ferons
observer que l'Écriture, quand elle fait allusion à des faits de
l'ordre naturel, parle le langage toujours vrai subjectivement de
l'apparence sensorielle. "37
Sur les erreurs théologiques ou morales:
Notons qu’il serait bien mal aisé de trouver dans la Bible de véritables
contradictions théologiques ou morales, tant on ne peut que constater
l’unité remarquable de la révélation de Dieu dans les Écritures
(Mais encore, de quelle Écriture parlez-vous, de
l'original ou de la Bible actuel?).
Cependant, " les différences de Points de vue théologiques, quand
elles sont réelles, s'expliquent non par un progrès de l'inspiration qui
est un fait ne comportant pas de degrés, mais bien par un progrès dans la
révélation qui est plus ou moins étendue, même chez des auteurs inspirés
appartenant à la même économie de l'alliance de grâce et qui est toujours
partielle même chez les inspirés les plus
éminents. "38
Pour conclure sur ce chapitre, nous dirons avec Auguste
Lecerf: " Nous ne prétendons nullement, certes, avoir en main une
baguette magique capable de faire disparaître toutes les objections de
détail. Il y a dans l'Écriture des difficultés actuellement insolubles
pour nous et qui resteront probablement telles jusqu'au dernier jour
(surement car vous n'avez jamais vu l'Écriture). Nous
nous contentons de montrer qu'on n'a pas le droit de prétendre qu'il est
désormais impossible à un chrétien au courant des faits de croire à la
vérité du principe formel de la foi réformée, qui est que l'Écriture, dans
toutes ses parties, a été donnée par l'inspiration de Dieu et que la
parole contenue dans les livres sacrés procède de Dieu et non des hommes.
"39
La position des néo-évangéliques sur
l’inerrance-infaillibilité de la Bible se fait particulièrement sentir sur
la question de l’accommodation. En effet, pour G. C. Berkouwer et
G. W. Bromiley, l'accommodation concerne non pas tant l'utilisation par
Dieu du langage humain comme véhicule de sa révélation, mais l'adaptation
nécessaire des écrivains sacrés aux conceptions erronées de leur temps, du
moins pour les vérités d'un autre ordre que théologique - distinction
vérités fondamentales, relatives au salut, et vérités périphériques,
d'ordre historique et culturel. Le caractère culturel et humain de
l'Écriture - timeboundedness - impliquerait la présence dans
celle-ci d'une certaine marge d'erreurs. Ainsi, il y aurait tension,
dualité, entre la forme et le contenu de l'Écriture, entre son autorité
historique et son autorité normative.40
A cela nous répondons que l'humanité et l'historicité de
l'Écriture, loin de compromettre son infaillibilité, en garantissent au
contraire sa compréhensibilité et sa clarté, et donc aussi son autorité
normative pour tous les temps, Dieu étant parfaitement à même d'utiliser
le langage humain ainsi que les représentations historiques et culturelles
de l'homme, pour communiquer de façon infaillible sa volonté aux hommes.
Le caractère normatif de l'Écriture n'est pas limité par
le temps, dans le sens d'un compromis avec l'erreur, mais plutôt
conditionné par celui-ci - la révélation-accommodation revêt la forme
historique et culturelle de son temps, sans pour autant adopter les
conceptions erronées de celui-ci. La distinction - ou dualité - entre
vérité périphérique - historico-culturelle - et vérité fondamentale -
normative - n'a pas lieu d'être. Il n'y a, dans l'Écriture, qu'une seule
vérité, et cette vérité revêt la forme historique et culturelle de
l'époque dans laquelle elle s'est manifestée.
Comme l’affirme la Déclaration de Chicago:
" Nous affirmons que l’inspiration, sans conférer d’omniscience, a
garanti que les énoncés des auteurs bibliques sont vrais et dignes de foi
sur tous les sujets dont ils ont été conduits à parler ou écrire. Nous
rejetons l’opinion selon laquelle la finitude ou la nature pécheresse de
ces auteurs aurait, de manière nécessaire ou non, introduit quelque
fausseté, quelque distorsion, dans la Parole de Dieu. "41
Et encore: " Nous affirmons que l’Écriture dans son intégralité
est inerrante, exempte de toute fausseté, fraude ou tromperie
(Ahhh merveilleux, mais de quelle Écriture,
l'original qui n'existe plus ou la Bible actuelle?). Nous
rejetons l’opinion qui limite l’infaillibilité et l’inerrance aux thèmes
spirituels, religieux, ou concernant la rédemption, et qui exclut les
énoncés relevant de l’histoire et des sciences. Nous déclarons, en outre,
illégitime l’emploi d’hypothèses scientifiques sur l’histoire de la terre
pour renverser l’enseignement de l’Écriture sur la création et le
déluge. "42
L'inspiration plénière de l'Écriture, dont dépend son
autorité normative et son caractère d’infaillibilité, est une doctrine qui
demande à être cru, qui s'offre à notre foi, et non pas à être démontrée
rationnellement.
Le statut que l'on reconnaît à l'Écriture dépend de la
vision que l'on a de Dieu et de son intervention dans le monde, de sa
providence (Évidemment que nous n'avons pas le
même Dieu, car vous attribuez un faux statut à l'Écriture qui fait de la
Bible un livre du passé et non un livre actuel, une lettre morte qui
n'existe plus plutôt qu'une lettre vivante qui a encore la puissance de la
vie de Dieu en elle pour changer les cœurs).
Soit l'on présuppose que Dieu, en contraste avec les
affirmations claires de l'Écriture elle-même, est radicalement différent
du monde et de ses créatures - notion du Dieu Tout Autre, etc.-, et auquel
cas l'Écriture est ramenée à un simple témoignage humain, donc faillible,
à une Parole qui nous transcende absolument, soit l'on part du présupposé
biblique d'un Dieu-providence, à la fois transcendant et immanent, et
auquel cas on reconnaît le caractère divino-humain de l'Écriture, vraie
Parole de Dieu dans la parole des hommes, inerrante, parce que pleinement
inspiré par Dieu (mais uniquement dans
l'original!).
Comme le dit Paul WELLS: " L'Incarnation et
l'inscripturation sont impossibles si Dieu n'est pas le maître de la
nature et de l'histoire, s'il ne mène pas toutes choses selon son
conseil. "43
La bonne attitude nous paraît être celle préconisée par
l'École dite "présuppositionnaliste", dont l'un des chefs de fil
est le théologien américain, décédé récemment, Cornelius van TIL.
Il vaut mieux présupposer la vérité de l'Écriture,
qui maintient dans son entier l'affirmation de la souveraineté absolue de
Dieu tout autant que de sa présence agissante dans le monde, par sa Parole
et par son Esprit.
Conclusion de BibleTexte
Le document que nous venons de
parcourir représente la triste réalité de la décadence spirituelle et
doctrinale qui existe autant dans le christianisme traditionnel que dans
les sectes dites évangéliques. Nous avons l'évidence devant nos yeux que
l'église réformée est une église apostasiée dont l'intellectualisme prend
la place du Saint-Esprit, et qu'elle a besoin elle-même d'être Réformée.
1. Selon Henri Blocher : " l’expérience
montre que les individus (les institutions plus rarement) peuvent souvent
rester fidèles aux autres articles de l’orthodoxie évangélique quand ils
ont abandonné l’inerrance. Mais logiquement cette décision ne peut
passer pour secondaire en importance : elle affecte de principium
cognoscendi externum, le " juge des controverses " dans
l’Eglise, le critère suprême de la pensée chrétienne … dès qu’on admet la
possibilité d’erreurs dans l’Ecriture, on pose ipso facto un autre
critère que l’Ecriture (critère indispensable pour reconnaître l’erreur,
nécessairement présent dans la désignation de l’erreur : méthode
historico-critique, raison scientifique, phénoménologie, etc.). " Et
encore : " La métaphore bien ajustée n’est pas pour nous celle
des dominos, mais celle de la place forte près de la frontière du
pays : son importance est stratégique ; en temps de paix, il est
permis de ne pas s’en soucier, il n’est pas trop grave qu’elle se
délabre ; mais vienne la contestation, la perte de la citadelle rend
difficile de résister aux envahisseurs. " - " Inerrance et
Herméneutique ", Dieu parle !, p. 93. 2. Auguste LECERF, Introduction à la dogmatique
réformée, II, Paris, Je sers, 1938, chap. VI : "Examen de la valeur du
principe externe et formel de la foi réformée. Théorie de l'inspiration",
pp. 154.3. C. H. DODD, La Bible
aujourd’hui, Paris, Desclée de Brouwer, 1980, p. 31 – cité par P.
MARCEL, " Face à la critique, Jésus et les Apôtres ", La
Revue Réformée, supplément au N°147-1986/3, Aix-en-Provence, septembre
1986, p. 48. Comme le dit Paul WELLS, parlant de la méthode
historico-critique : " Ces outils légitimes prennent une
coloration particulière s’ils sont utilisés dans le cadre des présupposés
de la méthode critique que décrivent les quatre mots :
naturalisme, rationalisme, humanisme et
évolutionnisme. Ces attitudes sont issues de l’humanisme des
Lumières et du rationalisme du XVIIIe siècle et partent du principe que
"l’Ecriture sainte est un recueil de documents de l’Antiquité qui doit
être soumis à la même analyse et investigation que toute autre œuvre
littéraire, fut-elle religieuse et théologique" " - Dieu a
parlé, Québec, Ed. La Clairière, 1997, p. 215.4. L'Encyclopédie du protestantisme, Paris
et Genève, Cerf/Labor et Fides, 1995, dossier "Bible", pp. 106.5. Henry MOTTU, "Dix thèses sur le statut des
Ecritures", HOKHMA, N° 60 (1995), pp. 102. Voir de même sur le
sujet : GOUNELLE, A. et VOUGA, F., "Thèses sur l'Ecriture", Etudes
théologiques et religieuses, n° 59 (1984/4), pp. 523ss.6. Comme articles récents sur le statut des Ecritures d’un point de vue " évangélique ", voir en
particulier : Henri BLOCHER, "L'Ecriture et son interprétation, dix
thèses", HOKHMA, N° 60 (1995), pp. 100-101 ; Pierre COURTHIAL,
Le jour des petits recommencements, Lausanne, L'Age d'Homme, 1996,
pp. 164ss. Le texte d’Auguste LECERF sur l’"Examen de la valeur du
principe externe et formel de la foi réformée. Théorie de l'inspiration"
reste d’une étonnante actualité - Introduction à la dogmatique
réformée, II, Paris, Je sers, 1938, chap. VI, pp. 152ss. Voir de même
de même, d'un point de vue catholique conservateur : Catéchisme de
l'Eglise catholique, Paris, Mame/Plon, 1992, pp. 35s. COURTADE,
"Inspiration et inerrance", in Dictionnaire de la Bible, Supplément
IV, 482-553.7. Parmi les théologiens de tendance
néo-évangélique, mentionnons entre autre : F.F. Bruce, H. Ridderbos,
G.W. Bromiley et G.C. Berkouwer. On retrouve ces positions dans The New
International Encyclopedy of the Bible.8. En Grande Bretagne, l’aile néo-évangélique est
représentée notamment par les théologiens G. Goldigay et R. Bauckam, et
par la revue Anvil. R.T. Francese situe sur la
tangente. H. Marshall, président de l’association européenne de
théologiens évangéliques, défend un point de vue contrasté. En Allemagne,
l’aile " inerrantiste " est plus importante, malgré
quelques hésitations sur la notion d’inerrance (G. Meier, etc.). Du côté
catholique, le point de vue inerrantiste n’est pas, à proprement parler,
représenté. Cependant, l’aile droite se caractérise par une position
dogmatique à peu près identique au point de vue évangélique relatif à
l’inerrance, excepté quelques concessions à la Critique (Feuillet,
Carminiac, l’Abbé Lorentin, Congard, etc.). Si l’Encyclique
Providentissimus Deus, à la fin du 19e siècle, affirmait
l’inerrance – en réaction à l’infiltration de la critique rationaliste
venue d’Allemagne, avec Renan, Loisy, Mgr d’Hulst, etc. –, Divino
Afflonte Spiritu (en 1943, avec Pie XII) autorise la pratique de la
critique biblique, telle que pratiquée déjà à l’Ecole Biblique de
Jérusalem. Avec Vatican II, l’Encyclique Deim Verbum reste ambiguë
sur la question de l’inerrance, ce qui explique la forte poussée du
courant moderniste au sein de l’Eglise de Rome. – d’après un cours d’Henri
Blocher à la FLTR d’Aix-en-provence, en février 1993, sur " Inerrance
et herméneutique ".9. Parmi les quelque 250 théologiens ayant
participés au Conseil, mentionnons les théologiens de renom Henri Blocher,
James M. Boice, Edmund Clowney, Roger Nicole, James Packer, etc.10. Pierre MARCEL, Face à la Critique : Jésus et
les apôtres, Genève/Aix-en-Provence, Labor et Fides/Kerygma, 1986, p.
45. Voir de même à ce sujet le livre de J.W. WENHAM, Christ and the
Bible, Londre, Tyndale Press, 1972. 11. Cf. Mat. 21 : 42 ; 22 :
31s ; Jn 5 : 39 ; 10 : 34 ; Luc 24 :
44s ; Mc 12 : 36 ; Act. 1 : 16 ; etc.12. Pierre MARCEL, op. cit., p. 15.13. Voir de même 2 Pie. 3 :1 ; 1 Co.
14 : 37s ; 7 : 10ss, 40 ; 2 Co. 3 : 5s ; 1
Pie. 1 : 10-12 ; etc. 14. Voir de même 2 Pie. 3 : 16 où l’Apôtre
Pierre conjoint les lettres de Paul au Canon de l’Ancien Testament, en
leur conférant de ce fait la même autorité divine. En 2 Co. 3 : 5-6,
l’Apôtre Paul fait état de son autorité épistolaire normative pour les
communauté qu’il fonde : " La charge apostolique est d’origine
divine et peut être comparée à la vocation de Moïse sous l’ancienne
alliance " - Paul WELLS, Dieu a parlé, p. 62 ; cf. Peter
JONES, " L’Apôtre Paul : étude sur l’autorité apostolique
paulinienne ", Foi et Vie 75 (1976 : 1), pp.
36-58.15. Henri BLOCHER, " L’Ecriture et son
interprétation, dix thèses ", Hokhma 60/1995, p. 100.16. F. PRAT, cité par G. COURTADE, "Inspiration et
inerrance", Supplément au Dictionnaire de la Bible IV
(1949), col. 524.17. Jean CALVIN, I.C., I.VII.5.18. Henri BLOCHER, " L’Ecriture et son
interprétation, dix thèses ", Hokhma 60/1995, p. 100.19. Sur la notion d’Alliance dans la Bible, voir en
particulier : Palmer ROBERTSON, The Christ of the Covenants,
Phillipsburg, P&R, 1980 ; M. G. KLINE, The Structure of
Biblical Authority, Grand Rapids, Eerdmans, 1972. 20. Pierre COURTHIAL, " L’Ecriture, Traité
d’Alliance ", Fondements pour l’avenir, p. 45.21. Henri BLOCHER, " L’Ecriture et son
interprétation, dix thèses ", p. 100. Sur la question de
l'inspiration, voir en particulier les deux grands classiques : Louis
GAUSSEN, Theopneustie (1840), réédité en 1988 sous le titre La
pleine inspiration des Saintes Ecritures ou Theopneustie, St Légier,
Ed. Emmaüs), et B. B. WARFIELD, The Inspiration and the autority of the
Bible, Philadelphie, P&R, 1948. 22. 1ère Déclaration de Chicago,
art. VI.23. Paul WELLS, op. cit., p. 74.24. Auguste LECERF, op. cit., p. 162 – c’est
nous qui soulignons.25. Ibid., p. 165.26. Auguste LECERF, op. cit., p.
160s.27. Henri BLOCHER, " Inerrance et
herméneutique ", Dieu parle !, Aix-en-Provence, Ed.
Kerygma, 1983, p.88.28. 1ère Déclaration de Chicago,
Art. XI.29. Sur la préservation du texte biblique, depuis
les origines jusqu’à nos jours, nous partageons l’avis d’Auguste Lecerf
pour qui : " la Providence divine a pourvu à la conservation
substantielle du texte sacré, dans la mesure suffisante pour que
l'intégralité de la vérité dogmatique parvienne à l'Eglise, en vertu de ce
principe de foi que Dieu ne nous manque jamais dans les choses
nécessaires. " - Auguste LECERF, op. cit., p. 161. Voir de
même la Déclaration de Chicago, article X : " Nous
affirmons que l’inspiration, au sens strict, ne vaut que du texte des
autographes bibliques, texte que les manuscrits parvenus jusqu’à nous
(Dieu y a veillé dans sa providence) permettent d’établir avec une grande
exactitude. "30. Henri BLOCHER, " L’Ecriture et son
interprétation, dix thèses ", p. 100.31. 1ère Déclaration de Chicago,
Art. XIII.32. Auguste LECERF, op. cit., p.
155.33. Ibid.34.Ibid., p. 157 et 158. " Le conflit
principiel entre la science critique et la foi n’existe pas, pour cette
raison que les faits qui font l’objet de la " foi croyance " et
qui servent de fondement à la " foi confiance " ne peuvent être
ni prouvés ni improuvés par la critique historique. " Sur l’utilité
d’une saine critique de la Bible, LECERF affirme : " Toute
hypothèse qui ne suppose pas , a priori, la négation de
l’inspiration du texte original, l’exclusion systématique du miracle ou de
la prophétie, qui ne suppose pas l’idéologie humaniste du XVIIIe et du Xxe
siècle ; qui n’implique pas, en un mot, que l’Ecriture soit impropre
à remplir la fonction principale que Dieu lui a assignée, a droit à
l’examen impartial et attentif de l’exégète réformé. " (p.
166).35.Ibid., p. 164s. Nous pourrions ajouter
que " Les Evangiles ne nous ont pas été donnés pour nous permettre de
construire une biographie de Jésus conformément aux exigences de
l’érudition moderne, mais afin de le rendre présent à la foi qu’ils
veulent faire naître (…) Le point de vue de celui qui cherche Dieu, dans
l’Ecriture, n’est pas celui du chronologiste. " 36. Henri BLOCHER, " Inerrance et
Herméneutique ", Dieu parle !, p. 88.37. Auguste LECERF, op. cit., p. 170 et 171.
Voir de même, Greg Bahnsen, "Comment lire la Bible ? Affirmation réformée
sur l'interprétation de la Parole de Dieu", La Revue Réformée,
N° 184-1995/1, p. 39: " Aucune croyance erronée ou
ignorance historique propres à la société dans laquelle ont vécu les
écrivains bibliques, ou leurs erreurs personnelles, ne sont présentées
dans l'Ecriture comme des vérités ; aussi n'ont-elles pas à être corrigées
par les experts modernes en sciences, en histoire, en sociologie,
etc. "
39. Auguste LECERF, op. cit., p.
166.40. Cf. G. C. Berkouwer, Holy Scripture, pp.
177ss ; G. W. Bromiley, "Accommodation", in The New International
Encyclopedy of the Bible, pp. 24ss.41. 1ère Déclaration de Chicago,
Art. IX.42. 1ère Déclaration de Chicago,
Art. XII. Sur la question des théories scientifiques en opposition
évidente avec l’enseignement clair de l’Ecriture, nous partageons l’avis
de Paul WELLS selon lequel : " En cas de conflit persistant, la
vérité de la Parole, du message clair, a le pas sur l’hypothèse
scientifique. " - Dieu a parlé, p. 120.43. Paul WELLS, Dieu a parlé, pp.
18s.
KLINE, M. J., The Structure of Biblical Authority, Grand Rapids,
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Voir de même, d'un point de vue catholique
conservateur :
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